LOGINLe hurlement d’Isadora perce la maison comme un coup de tonnerre. Son cri est à la fois paniqué et paniquant, vibrant de peur et de colère. Nora, la jeune ménagère, entend le vacarme depuis l’étage inférieur. Son cœur bat déjà à tout rompre, et une panique instinctive la pousse à courir vers la source du bruit. Les pas de ses chaussures frappent le parquet avec urgence, chaque écho renforçant l’angoisse qui la saisit.
Elle débouche dans le couloir et s’arrête net. Ses yeux s’écarquillent, son souffle se coupe lorsqu’elle voit sa patronne allongée au sol. Claire, immobile, la tête heurtant le marbre, ses cheveux blonds éparpillés autour d’elle. La scène est figée, terriblement silencieuse malgré le chaos apparent. Nora avance à petits pas, le visage pâle, les mains tremblantes. Elle se penche sur Claire, appelle son nom, mais le son de sa voix lui semble ridicule, inutile. Ses yeux se brouillent de larmes alors qu’elle touche la peau froide, tentant de percevoir un signe de vie. L’horreur la submerge. Son corps réagit avant même sa conscience : elle sent une douleur fulgurante dans sa poitrine, un étau invisible qui se resserre autour de son cœur. Ses mains se crispent sur ses côtes, sa respiration devient saccadée. La jeune femme s’effondre, incapable de retenir la réaction de son corps face à ce choc extrême. Une violente douleur l’attaque, irradiant dans son bras gauche, dans sa poitrine, jusqu’à lui couper le souffle. Son cœur s’emballe, chaque battement résonnant dans ses tempes comme un tambour insoutenable. Elle s’écroule à côté de Claire, frappée par une crise cardiaque soudaine. Ses genoux touchent le sol, ses mains cherchent à se maintenir mais glissent. Le monde devient flou, tournoyant, et un voile noir commence à recouvrir sa vision. Pendant ce temps, Marc se relève en panique. Son visage est blême, ses yeux trahissant un mélange de peur et de calcul. Il se précipite vers le téléphone de la chambre, ses doigts tremblants composent rapidement le numéro des urgences. Sa voix est tendue, rapide, presque hystérique. — « Allô… ambulance… vite… ma femme… elle… elle est tombée on l’a assassiné… » Chaque mot est ponctué par des mouvements frénétiques, comme pour masquer quelque chose, comme pour contrôler la situation avant qu’elle ne lui échappe. Marc jette un coup d’œil vers Isadora. Ses gestes sont nerveux, et il sent le poids de la culpabilité se poser sur ses épaules. « —- Isadora… Sa voix est faible, presque implorante. Que… qu’est-ce qui s’est passé ? Isadora, qui est accroupie non loin de Claire, le visage toujours marqué par la stupeur, relève enfin les yeux. Elle secoue la tête, comme pour chasser toute pensée, et ses lèvres tremblent alors qu’elle murmure : « — C’était un accident… juste un accident, Marc. Je… je ne voulais pas… » Sa voix est un mélange de peur et de justification, tentant de convaincre autant qu’elle-même. Marc la regarde fixement, cherchant la moindre faille dans son regard, le moindre indice qui pourrait trahir la vérité. Il ne dit rien, mais ses poings se crispent, son souffle devient plus rapide. Les secondes s’étirent, chaque tic-tac du temps est un rappel cruel de l’urgence et de l’imminence du désastre. Pendant ce temps, Nora est toujours étendue au sol, son corps tremblant et incapable de soutenir sa propre tension. La douleur dans sa poitrine devient lancinante, ses jambes se dérobent sous elle. Ses yeux cherchent encore Claire, l’angoisse de ne pas pouvoir l’aider la consume. La maison entière semble se rétrécir autour d’elle, chaque mur se rapprochant, chaque meuble devenant une menace silencieuse. Marc, sentant la gravité de la situation, jette un dernier regard vers Isadora, ses yeux noirs d’angoisse et de colère contenue. — Appelle quelqu’un… » dit-il brusquement, la voix tremblante. Mais Isadora secoue encore la tête, répétant : —C’est un accident c’est Nora qui l’a tué… personne ne peut savoir… » Ses mains se crispent sur le drap du lit, sur le sol, cherchant un ancrage dans ce chaos qu’elle a créé. —qu’est-ce que tu racontes ? Demande Marc un pet remonté —oui, on va simplement accuser cette salle fille, fait moi confiance Marc. Les sirènes de l’ambulance résonnent au loin, mais pour Marc et Isadora, le temps semble suspendu. Le bruit devient un compte à rebours dans leur tête. Chaque seconde est une menace, chaque instant passé près de Claire, allongée au sol, est un rappel cruel de leur trahison et de l’impuissance à corriger ce qui vient de se produire. Nora halète, incapable de parler, incapable de bouger. Sa vision se brouille davantage, des taches noires apparaissent dans son champ de vision. Elle tente de s’asseoir, de se redresser, mais son corps refuse. Elle sent que la vie s’échappe de son corps, comme si l’air même lui était retiré. Chaque inspiration est une lutte, chaque battement de cœur une douleur. Marc, réalisant que l’ambulance est proche, commence à donner des instructions précises aux secours. Ses mains bougent rapidement, il tente de maintenir un semblant de contrôle. —« D’abord la femme… Claire Durnel… », dit-il, en jetant un coup d’œil à Isadora. Elle ne répond rien, mais son silence en dit long. La culpabilité, la peur, et le désespoir se lisent sur son visage. Lorsque les ambulanciers arrivent enfin, la tension dans la chambre est palpable. Deux hommes en combinaison médicale avancent rapidement, évaluent la situation avec efficacité et rapidité. Ils se penchent sur Claire, puis sur Nora, qui continue de trembler et de suffoquer au sol. Ses mains cherchent un appui, ses yeux cherchent Claire, mais tout devient flou. Un ambulancier l’attrape doucement, la soulève et lui demande de respirer profondément. Le souffle est court, saccadé, presque inaudible, mais il continue. Isadora reste en retrait, toujours figée, incapable de bouger. Marc, lui, suit les secours avec des gestes mécaniques, la peur transformant ses mouvements en routines automatiques. Chaque pas qu’il fait est chargé de tension, chaque respiration trahit son anxiété. La maison, silencieuse quelques instants plus tôt, est maintenant un lieu de panique, de confusion et de trahison.Claire rentre chez elle, les nerfs tendus, le visage fermé. La nuit est tombée sur Madrid, une pluie fine trace des sillons sur les vitres de sa voiture. Elle gare le véhicule devant son immeuble, reste quelques secondes immobile, les mains crispées sur le volant. Son cœur bat vite, trop vite.Marc sait.Elle le sentait venir, mais pas si tôt. Il avait ce regard, cet air froid et interrogateur dans son bureau celui qu’il prenait toujours quand il flairait un mensonge.Il a parlé du patriarche Durnel.Il sait qu’elle a été hébergée là-bas. Et s’il fouille un peu plus, il découvrira tout le reste.Claire sort de la voiture, remonte lentement l’allée. La pluie colle ses cheveux à son front. Dans sa tête, tout se bouscule : la colère, la peur, et cette brûlure dans la poitrine chaque fois qu’elle pense à Marc.Il ne se doute pas qu’il parle à celle qu’il a aimée, trahie, enterrée de ses propres mains.En entrant, elle retire ses talons, laisse tomber son sac sur la console de l’entr
Isadora est installée dans son bureau, un verre de vin à la main, les jambes croisées, l’air pensif. Les rideaux sont à moitié tirés, la lumière du soir filtre à travers la pièce dans une teinte dorée qui donne à son visage une allure presque douce, trompeuse. Sur la table basse devant elle, une enveloppe brune, scellée, encore tiède du trajet. Mike vient tout juste de la lui déposer.Elle saisit l’enveloppe, la retourne entre ses doigts fins. Son cœur bat plus vite que d’habitude elle le sent. Cette femme, cette Nora Valere, occupe son esprit depuis des semaines. Son nom résonne trop souvent dans les conversations de Marc, son parfum flotte parfois encore dans le couloir de l’entreprise. Il y a quelque chose chez elle qu’Isadora ne supporte pas… quelque chose d’inquiétant.Elle déchire le papier, lentement, comme pour savourer chaque seconde de sa découverte. À l’intérieur : plusieurs feuillets, des photocopies de documents administratifs, quelques photos floues, et une petite not
Marc est déjà dans son bureau quand Claire frappe à la porte. L’atmosphère est lourde, tendue, presque électrique. Le tic-tac de l’horloge semble frapper dans sa tête comme un rappel constant de sa colère.— Entrez, dit-il d’une voix sèche.Claire pousse la porte, élégante comme toujours, le pas mesuré. Elle s’avance sans savoir à quoi s’attendre, mais elle sent déjà dans son regard quelque chose d’inhabituel, de dur, de soupçonneux.— Vous vouliez me voir, monsieur ?Marc se lève lentement, contourne le bureau et s’approche d’elle. Son ton est calme, mais son regard brûle d’un feu inquiétant.— Oui, Nora. J’ai quelques questions. Et j’aimerais que tu me répondes honnêtement, cette fois.Claire fronce les sourcils, feignant la surprise.— Bien sûr, je n’ai rien à cacher.Marc la fixe longuement avant de sortir un dossier du tiroir. Il le jette sur le bureau. Des photos s’en échappent : elle, plus jeune, dans une grande maison espagnole, le sourire discret, aux côtés d’un vieil
Elle inspire profondément. Alors c’est décidé. Helena entrera dans la villa, officiellement, comme ménagère. Elle fouillera, discrètement. Nous devons absolument trouver ces preuves. Pour laver mon nom, pour récupérer mon honneur… et pour protéger Sophie.Miguel pose une main sur son épaule, ferme et rassurante. — Je resterai sur la piste financière. J’ai encore des contacts. Si je peux mettre la main sur des relevés complets, je trouverai la faille.Helena, elle, sort un petit carnet de son sac et note rapidement : « Villa Durnel surveillance documents caméra. » Puis elle lève la tête, déterminée. — On va leur faire payer. Mais intelligemment.Claire les regarde tous les deux, le cœur serré d’émotion. Pour la première fois depuis longtemps, elle ne se sent plus seule. La peur est toujours là, mais la solidarité l’apaise.— Alors nous sommes trois, murmure-t-elle. Trois contre eux.Miguel et Helena échangent un bref regard. Ce n’est pas une alliance naturelle, mais chacun co
Le sérieux de sa parole réchauffe Claire d’un réconfort presque filial. Elles passent en revue les risques juridiques, comment éviter d’être prises sur le fait, comment conserver l’intégrité d’une preuve emballer, mettre dans une pochette scellée, ne pas diffuser. Ce langage protecteur apaise Helena qui, malgré son tempérament impulsif, sait être méthodique quand il le faut.Quand elles se lèvent enfin, tard, la fatigue pèse mais leur détermination est intacte. Helena sourit, un petit sourire courageux. — Et si je tombe sur la vidéo, murmure-t-elle, je te la ramène en pièce d’or.Claire rit, un rire bref, presque hystérique. Elle sait que chaque geste est une mise en jeu. Elle sait que la route sera dangereuse, que des erreurs peuvent coûter cher. Mais dans la petite lumière du salon, avec l’amie fidèle à ses côtés, elle sent une force nouvelle la traverser : l’espoir que la vérité, enfin, puisse être vue.Dehors, la nuit est silencieuse. À l’intérieur, deux femmes tracent le c
La nuit est tombée sur l’appartement quand Claire ferme doucement la porte derrière elle. Helena est déjà assise à la table de la cuisine, une tasse de thé tiède entre les mains, les yeux vifs malgré la fatigue du voyage. Le petit salon est envahi d’une lumière tamisée ; l’atmosphère, après la confession, est devenue lourde d’un pacte qui ne dit pas encore son nom.Claire s’assied en face d’elle, respire profondément, comme on prend la mesure d’un saut. Elle passe une main tremblante dans ses cheveux, puis pose la photo jaunie de Sophie sur la table, entre elles deux témoin muet de tout ce qui les lie. Helena la regarde, attentive, prête à écouter jusqu’au bout.— Helena, commence Claire, la voix basse mais décidée, j’ai besoin de toi. Pas seulement comme amie… comme complicité. J’ai une revanche à prendre. Et je ne peux plus la mener seule.Helena fronce les sourcils, ferme les yeux une seconde, puis les rouvre. —Dis-moi tout, dit-elle. Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?Cla







