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Chapitre 2

Author: dainamimboui
last update Last Updated: 2025-10-18 00:21:49

Claire ravale ses larmes d’un mouvement sec, comme si les sanglots pouvaient la trahir devant eux. Sa gorge est serrée ; un goût amer lui remonte à la bouche. Elle fixe Marc un instant, cherche dans ses yeux une explication, une clarté qui n’est pas là. Au lieu de ça, il fouille à la hâte sur le sol pour ramasser ses vêtements, ses gestes rapides, mécaniques, comme s’il voulait effacer la scène avant qu’elle ait le temps de la voir.

Il enfile sa chemise en douce, évite son regard, puis se dirige vers la porte avec une précipitation maladroite. «

— Je… je dois y aller, » bafouille-t-il sans conviction. Son visage est pâle, tendu, mais il n’y a pas de panique seulement la fuite d’un homme pris au piège. Il passe devant Claire sans un mot et sort, la porte claquant derrière lui comme une sentence.

Isadora se lève lentement du lit, ses cheveux en désordre, une serviette serrée autour d’elle comme une armure fragile. Elle regarde Marc partir, puis tourne ses yeux vers Claire. Un rictus se dessine sur ses lèvres ; elle a l’air à la fois triomphante et nerveuse. Elle esquisse un pas pour suivre Marc, comme s’il fallait réparer ce qui vient d’être brisé par sa fuite.

Claire n’accepte pas qu’on l’abandonne une fois de plus. D’un réflexe qu’elle ne se reconnaît pas, elle saisit le poignet d’Isadora. Sa main se pose sur la peau chaude, et l’instant est chargé d’une volonté nouvelle : elle retient sa sœur, elle ne la laissera pas s’échapper

—. « Non, tu restes ici, » dit-elle d’une voix qui tremble mais qui porte.

Isadora la regarde, surprise d’abord, puis méprisante. Son sourire se durcit.

— « Tu es pathétique, Claire. Toujours la même. Toujours à jouer les grandes patronnes du monde. Idiote. Tu crois que tout t’appartient ? » Sa voix est glaciale ; chaque mot est une lame. Elle parle comme si elle énonçait un verdict, comme si elle déclarait que Claire n’a jamais rien compris à la vie.

Les mots percent Claire comme des éclats. La honte et la colère se mêlent ; la pièce tourne autour d’elle. Elle sent la trahison comme une brûlure vive sur la peau. Tout ce qu’elle a construit, sa carrière, son foyer, se dissout en une seconde devant les yeux de sa sœur. Elle pense à Sophie sa fille et la douleur devient insupportable, aiguisée par la crainte de la laisser entre les mains de ces deux-là.

La colère devient une force qu’elle n’a pas l’habitude de laisser parler. Elle repousse la petite voix qui l’ordonne d’être raisonnable, respectueuse, de garder le contrôle. Cette fois, il n’y a plus de place pour la retenue. Sans réfléchir, sans calcul, elle lève la main et claque la joue d’Isadora. La gifle résonne sèche, nette comme une vérité violente rendue au visage de celle qui l’a trahie.

Isadora chancelle, ses yeux s’emplissent d’une surprise mêlée de rage. Elle bredouille quelque chose d’inintelligible, sa main venant instinctivement frotter sa joue. Le rire qui sort de sa bouche est amer, un mélange de défi et de blessure. «

— Tu penses vraiment que me gifler change quelque chose ? » crache-t-elle. « Regarde-toi… tu es ridicule, Claire. Toujours sûre de toi, et voilà où ça te mène. Tu es faible. »

Les mots frappent, plus tranchants que la gifle. Claire recule d’un pas, la vision floue, les membres lourds. La pièce semble se rapprocher tout à coup : le lit, le marbre, le cadre de la fenêtre, tout devient brutalement concret. Les insultes d’Isadora résonnent encore quand, sans qu’elle sache pourquoi, Claire avance encore, comme attirée par quelque chose d’invisible.

Isadora, sur la défensive, agit par réflexe. Un mouvement rapide, une poussée de colère, et sa main s’abat sur le buste de Claire. Ce n’est pas une injure, pas un mot ; c’est un geste qui se veut éloignement, une tentative de la faire taire, de rompre le contact.

Le monde bascule.

Claire perd l’équilibre. Le plancher se détache sous ses pieds ; un vertige la saisit. Elle tente de reprendre appui, de trouver quelque chose à quoi se raccrocher, mais ses mains ne touchent que l’air. Elle tombe en arrière, son dos heurte d’abord le bord d’un meuble puis glisse, incontrôlable, vers le sol en marbre qui brille dans la pénombre.

La chute est courte. Le bruit de l’impact sourd, définitif remplit la chambre et emplit tout son corps d’un froid qui ne vient pas du sol. Claire voit au-dessus d’elle le visage d’Isadora, figé, paniqué, et celui de Marc se profilant à la porte, où il a hésité puis s’est arrêté. On pourrait croire que tout va ralentir, que le monde va suspendre sa respiration pour un dernier instant de compréhension. Mais le souffle lui manque ; ses oreilles bourdonnent et des taches noires viennent danser aux bords de sa vision.

Elle tente de parler, de dire quelque chose une accusation, un nom, un ordre mais les sons se meurent avant d’atteindre ses lèvres. La douleur explose dans sa nuque, puis quelque chose de plus profond, plus grave, la traverse : un voile épais qui arrête tout. Elle sent le sang peut être, un goût métallique ; elle sent aussi l’air qui se raréfie autour d’elle, comme si le monde décidait qu’elle n’a plus sa place.

Isadora recule, hystérique maintenant, appelant Marc d’une voix aiguë :

—« Marc ! Marc ! » Il accourt, blême, les mains déjà tremblantes. Il se penche au-dessus d’elle, ses doigts cherchent le pouls, mesurent l’absence. Le visage de Marc est une étude de peur et de calcul il sait ce qui vient de se produire.

Sophie, étant chez sa grand-mère n’a aucune idée de la tempête qui vient d’éclater. Le silence dans la maison est rompu par les appels d’Isadora et le bruit précipité des pas. La réalité se reconstruit en hâte pour ceux restés debout : un accident, un malaise, un instant tragique qui peut encore être contenu.

Claire sent que tout s’éteint autour d’elle. Les couleurs deviennent floues, le son s’amenuise. Une dernière image lui revient : le regard vide d’Isadora, la silhouette de Marc qui se penche et la plaque froide du marbre contre laquelle sa tête a heurté. Puis l’obscurité. Tout devient silence. Tout devient calme.

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