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Chapitre 98 — Les doutes d'Anoush

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-12 08:56:43

Je ne peux pas m'empêcher de le désirer.

C'est ça le pire.

C'est ça qui me tue.

C'est ça qui me damne.

Je le désire.

Je désire mon ennemi, je désire mon geôlier, je désire l'homme qui a ordonné la mort de mes parents, je désire l'homme qui m'a pris tout, je désire l'homme qui m'a pris moi, je le désire et je ne peux pas m'arrêter, je le désire et je ne veux pas m'arrêter, je le désire et c'est tout, c'e
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    Je veux tout de lui. Je veux ses mains, je veux sa voix, je veux sa chaleur, je veux sa force, je veux sa possession, je veux tout, je veux tout ce qu'il peut me donner, je veux tout ce qu'il peut me prendre, je veux tout et je ne peux pas l'avoir, je veux tout et je ne veux pas l'avoir, je veux tout et c'est tout, c'est tout ce que je sais, c'est tout ce que je peux savoir, c'est tout ce que je veux savoir. Je me lève. Je marche. Je vais vers la fenêtre, je regarde dehors, le jardin, les arbres, les fleurs, le ciel, le ciel gris, le ciel triste, le ciel qui me ressemble, le ciel qui ne sait pas, le ciel qui ne veut pas savoir, le ciel qui est là, juste là, comme moi. Je pose ma main sur la vitre. Le verre est froid, glacé, presque brûlant, je le sens sous ma paume, je le sens contre ma peau, je le sens et je ne bouge pas, je le sens et je ne veux pas bouger, je le sens et c'est

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    Je ne peux pas m'empêcher de le désirer. C'est ça le pire. C'est ça qui me tue. C'est ça qui me damne. Je le désire. Je désire mon ennemi, je désire mon geôlier, je désire l'homme qui a ordonné la mort de mes parents, je désire l'homme qui m'a pris tout, je désire l'homme qui m'a pris moi, je le désire et je ne peux pas m'arrêter, je le désire et je ne veux pas m'arrêter, je le désire et c'est tout, c'est tout ce que je sais, c'est tout ce que je peux savoir, c'est tout ce que je veux savoir. Je me mens. Je me mens à moi-même. Je me dis que je le déteste, je me dis que je le hais, je me dis que je ne veux plus le voir, je me dis que je ne veux plus le toucher, je me dis que je ne veux plus rien de lui, mais c'est faux, c'est faux et je le sais, c'est faux et je le sens, c'est faux et je le vis. Je veux le voir. Je veux

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    Et puis il me prend dans ses bras.Ses bras se referment sur moi comme un étau, forts, possessifs, inévitables, et il me serre contre son corps, contre sa chaleur, contre tout ce que je devrais haïr, contre tout ce que je hais, contre tout ce que je ne hais plus, et je ne résiste pas, je ne peux pas, je ne veux pas, je m'abandonne, je me laisse prendre, je me laisse voler, je me laisse posséder.— Tu n'es plus à lui.Sa voix est basse, grave, presque douce, presque tendre, presque cruelle, et elle résonne dans ma poitrine, dans mon ventre, dans mes os, elle résonne partout, elle résonne trop.— Tu es à moi.Je ferme les yeux.Je ferme tout, je ferme mes paupières, je ferme mes poings, je ferme mon cœur, je ferme tout ce que je peux fermer, mais ses mots sont là, ses mots sont en moi, ses mots me remplissent et me vident et me tuent et me sauvent, et je ne peux pas les arrêter, je ne peux pas les ignorer, je ne peux pas les oublier.Je pleure.Enfin.Les larmes coulent, chaudes, salées

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    Aram La porte claque. Le bruit me traverse comme une balle, un craquement sec et violent qui résonne dans la chambre, dans ma poitrine, dans ma tête, et je reste là, debout, les bras ballants, le souffle coupé, à regarder l'endroit où il se tenait il y a encore une seconde, à regarder le vide qu'il a laissé derrière lui, ce vide qui sent la colère, la trahison, le sang, ce vide qui me regarde et qui m'accuse et qui me condamne. Vahan est parti. Il est parti et il a emporté quelque chose avec lui, quelque chose de moi, quelque chose que je ne retrouverai jamais, quelque chose qui ressemble à de l'innocence, à de la loyauté, à tout ce que j'étais avant, avant lui, avant cette maison, avant ce lit, avant ces lèvres, avant ce baiser, avant ma trahison. Je ne bouge pas. Je ne peux pas. Mes jambes tremblent sous moi comme des branches mortes prêtes à céder, mes mains tremblent comme si elles portaient le poids de tout ce que j'ai fait, tout en moi tremble comme une feuille accrochée

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    AramVahan est fou.Je le vois. Je le vois dans ses yeux. Je le vois dans ses mains. Je le vois dans tout son corps qui tremble. Il est fou de rage. De haine. De douleur. De tout. Il regarde Levon. Il le fusille. Il le condamne. Il attend son heure. Il attend son heure.— Qu'est-ce que tu lui as fait ?Sa voix est rauque. Dangereuse. Impitoyable. Elle ne pose pas de question. Elle exige une réponse.Levon ne répond pas.Il reste là. Assis. Calme. Serein. Impassible. Il ne dit rien. Il ne bouge pas. Il ne cille pas. Il attend. Il attend que Vahan se calme. Il attend que Vahan comprenne. Il attend que Vahan parte. Il attend toujours. Il attend tout. Il attend trop.Vahan ne se calme pas.Vahan ne comprend pas.Vahan ne part pas.Il avance.D'un pas. De deux. De trois. Il avance vers Levon. Vers son maître. Vers son ennemi. Vers l'homme qui a marqué son frère. Vers l'homme qui a

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