MasukOn reste comme ça, longtemps.
La tasse de thé refroidit. La lumière de l'après-midi traverse la fenêtre, dessine des ombres sur le sol, sur les murs, sur nos corps enlacés.
Mario n'ose pas rentrer. Il attend dehors. Il écoute, peut-être. Il rapporte, sûrement. Mais je m'en fous. Pour l'instant, je m'en fous.
Dehors, le monde continue. Les gens vivent, aiment, meurent. Les voitures passent. Les nuage
SofiaLa photo est en morceaux sur la table de la cuisine. Des confettis de mémoire. Un puzzle impossible à reconstruire. Mais dans la tête de Lorenzo, elle est intacte. Vivace. Brûlante. Je le vois à la façon dont ses pupilles se dilatent encore quand il regarde les fragments, comme s'il pouvait voir à travers le papier déchiré l'image fantôme de Luca et moi.Il n'a pas bougé depuis une heure. Assis, les mains à plat sur le bois, la tête penchée en avant. La veine sur sa tempe bat, régulière, obstinée. Un métronome de colère rentrée. La cuisine est silencieuse. Même le réfrigérateur semble retenir son ronronnement. L'horloge murale égrène les secondes avec une lenteur cruelle. Chaque tic-
Elle s'assoit. Ses mains tremblent autour de sa tasse. La bouilloire siffle. Personne ne l'arrête. Elle finit par s'éteindre toute seule. Le silence revient. Lourd. Épais. Insoutenable.— On s'est rencontrés à la fac. Il était en droit, moi en arts. On était différents. Lui, sérieux, appliqué, carriériste. Moi, libre, insouciante, rêveuse.— Tu l'as aimé ?— Oui.Le mot me frappe comme un coup de poing. En pleine poitrine. Je sens l'impact. La douleur. Le vide.— Combien de temps ?— Deux ans. Puis on s'est séparés. Il voulait que je sois quelqu'un d'autre. Plus rangée. Plus prévisible. Plus sage. Il voulait une femme qui corresponde à son image, à son statut, à ses ambitions.— Et toi ?— Je ne savais pas qui j'étais. Je ne savai
Chacun attend que l'autre baisse les yeux. Chacun attend que l'autre flanche.Puis il baisse les yeux le premier.— Va-t'en, Sofia. Va-t'en avant que je change d'avis. Va-t'en pendant que je te laisse partir.Je me lève. Mes jambes tremblent. Mon cœur bat la chamade. Mes mains sont moites.Je traverse son bureau. Je sens son regard dans mon dos. Je sens sa haine, son admiration, sa fascination.Je sors. La porte se ferme derrière moi.Dehors, le soleil est éclatant. Il me frappe les yeux. Je cligne. Je plisse. Je lève la main pour me protéger.J'ai gagné. Cette fois.Mais le poison est injecté. Le doute est là. Dans sa tête. Dans la mienne. Partout.Il va envoyer la photo. Pas ce soir, peut-être. Pas demain. Mais un jour. Quand je m'y attendrai le moins. Quand je serai heureuse. Quand je baisserai ma garde.Je rentre &agr
Mon cœur s'arrête.Je le sens. L'arrêt. Le vide. Puis le redémarrage, plus fort, plus vite.— Tu es fou.— Je suis réaliste. Lorenzo est un poids mort. Il t'étouffe. Il te détruit. Tu es son otage, pas sa femme. Chaque jour passé avec lui, tu meurs un peu. Tu le sais. Tu le sens. Pourquoi tu restes, sinon ?— Parce que je l'aime.— Tu aimes l'idée de lui. Tu aimes le danger. Tu aimes te dire que tu peux le sauver. Mais tu ne peux pas. Personne ne peut. Il est trop profondément enfoncé dans l'ombre.— Je ne te ferai pas confiance.— Tu n'as pas besoin de me faire confiance. Tu as besoin de survivre.Il sort son téléphone. La photo. L'écran éclaire son visage. Les ombres creusent ses traits. Il ressemble à un démon. Un démon en costume.— Tu as ju
On reste comme ça, longtemps.La tasse de thé refroidit. La lumière de l'après-midi traverse la fenêtre, dessine des ombres sur le sol, sur les murs, sur nos corps enlacés.Mario n'ose pas rentrer. Il attend dehors. Il écoute, peut-être. Il rapporte, sûrement. Mais je m'en fous. Pour l'instant, je m'en fous.Dehors, le monde continue. Les gens vivent, aiment, meurent. Les voitures passent. Les nuages défilent. Les saisons changent.Mais ici, dans cette cuisine, il n'y a que nous.Pour l'instant.Pour toujours, peut-être.Je n'en sais rien.Mais pour l'instant, ça suffit.Chapitre 40 : La Proposition IndécenteSofia22 heures.Le jardin est noir. Pas une lumière. Pas une étoile. Les nuages ont recouvert le ciel. L'air est lourd, chargé d'hu
LorenzoElle est rentrée, ce soir-là, avec un visage nouveau.Un visage de guerrière. Un visage de femme qui a traversé quelque chose. Qui a combattu. Qui a vaincu.Je n'ai pas posé de questions. Je n'ai pas voulu savoir. La peur de la réponse était plus forte que le besoin de connaître.Mais le lendemain, j'ai fouillé.Je sais que c'est mal. Je sais que j'ai promis. Je sais que je devrais lui faire confiance. Mais je n'ai pas pu m'en empêcher. Le doute me rongeait. Le ver était dans le fruit. Et je voulais voir jusqu'où il avait creusé.J'ai fouillé sa chambre. Ses tiroirs. Ses affaires. Sa commode. Ses étagères. Ses boîtes à chaussures.J'ai cherché des heures. Patiemment. Méthodiquement.Et j'ai trouvé.Une photo. Vieille, jaunie, les bords abîmés. E
SofiaJe n'ai pas dormi.Allongée dans mon lit, j'ai écouté les bruits de la maison. Les craquements du bois, le vent contre les vitres, la chaudière qui s'allume dans la cave. Et par-dessus tout, le silence de sa chambre, à l'a
LorenzoElle le reçoit comme on reçoit un coup. Son visage se ferme, mais ses yeux s'ouvrent, plus grands, plus brillants. Elle vacille, presque imperceptiblement.— Tu ne m'as jamais eue, Lorenzo. Tu as eu
LorenzoSon visage est lisse, fermé. Mais ses yeux... ses yeux me dévorent, cherchent à comprendre. Elle regarde le paquet, puis moi, puis le paquet à nouveau.— Qu'est-ce que c'est ?— Ouvre.—
SofiaLa nuit tombe. Lorenzo n’est toujours pas revenu. Son absence est un rappel constant. Il me laisse mariner dans le silence qu’il a ordonné. C’est la première phase de mon châtiment. La solitude au milieu des siens.Ce n’est que tard, bien après minuit, que j’entends la Ferrari gronder dans l’







