LOGINRésumé : "Sang et Chagrin" Sofia est l'âme damnée de Lorenzo Rossi, parrain de la pègre. Elle incarne sa perfection, son trophée, son unique faiblesse. Leur amour est une tempête de passion et de possession, baignant dans un luxe criminel. Mais chaque baiser de Lorenzo porte l'odeur du sang, chaque caresse le souvenir de ses victimes. L'arrivée de Luca, un procureur intègre, fait office de séisme. Chargé de détruire l'empire Rossi, il voit en Sofia la faille. Leurs rencontres, d'abord tactiques, s'enflamment en un interdit brûlant. Avec Luca, elle respire. Avec lui, elle entrevoit une rédemption, une vie où elle n'aurait pas à choisir entre aimer et avoir peur. La découverte de leur liaison transforme Lorenzo en bête blessée. Sa jalousie devient une arme. Il la séquestre dans leur demeure, muraille dorée devenant cage. "Tu es à moi, jusqu'à la mort", lui murmure-t-il, une promesse et une menace. Le point de rupture fuse lors d'une nuit lourde de pluie. Sofia, déchirée entre sa loyauté malade et son désir de liberté, choisit de trahir son mari pour Luca. Mais Lorenzo, le roi des ombres, les attend au bout du chemin. Le face-à-face est violent, chargé de haine et d'un amour perverti.
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Le parfum de Lorenzo m’enveloppe avant même qu’il n’entre dans la pièce. Un mélange de cuir, de cigare et de cette eau de Cologne âcre qui colle à ma peau même en son absence. Je suis devant le miroir de ma coiffeuse, un diamant à l’oreille tremblant entre mes doigts. Mes mains refusent de rester stables.
Il apparaît dans le reflet, immense, comblant l’encadrement de la porte. Son regard sombre se pose sur moi, un examen de propriétaire.
— Tu es magnifique, Sofia.
Sa voix est un râle bas, caressant et dangereux. Il s’approche, ses mains se posent sur mes épaules nues. Je sens la force contenue dans ses doigts, la même qui peut briser une vertèbre aussi facilement qu’elle me caresse. Un frisson me parcourt l’échine. Je ne sais plus, depuis longtemps, s’il est fait de désir ou de peur.
— La réception chez Mancini est importante. Je veux que tu sois à mes côtés tout le temps.
Ce n’est pas une demande. C’est un ordre. Dans son monde, je suis à la fois la reine et l’otage. Je hoche la tête, incapable de trouver ma voix. Son pouce trace un arc sur ma peau, puis il se penche, dépose un baiser sur mon cou. Un geste qui sent la possession, pas la tendresse.
— Je t’aime, mia moglie.
Les mots résonnent comme une sentence. Je ferme les yeux, m’efforçant de sourire.
— Je t’aime aussi, Lorenzo.
Le mensonge a le goût du sang sur ma langue. Je l’ai mordu trop fort.
La soirée est un étourdissement de lumières, de rires trop forts et de regards qui glissent sur moi avec une pitié masquée. Tout le monde sait. Tout le monde sait qui est Lorenzo, et ce que je suis devenue : un accessoire de luxe, un trophée vivant.
Je sers le bras de mon mari, un sourire figé collé aux lèvres. Je sens les regards des autres hommes, un mélange de convoitise et de crainte. Personne n’ose soutenir mon regard trop longtemps. Personne, sauf lui.
Un homme, près du bar. Il ne porte pas de smoking, mais un costume sobre. Il est différent. Son regard est franc, direct. Il me regarde, moi, pas la femme de Lorenzo Rossi. Et dans ses yeux, je ne vois ni peur ni convoitise. Je vois de la curiosité. Et une étrange tristesse.
Lorenzo, sentant mon hésitation, suit mon regard. Son bras se raidit sous ma main.
— Qui est-ce ? murmure-t-il, la voix soudain un couteau.
— Je ne sais pas.
— Luca Conti. Un procureur, crache-t-il. Un chien qui croit pouvoir mordre. Il ne mérite pas ton attention.
Il m’entraîne de l’autre côté de la pièce, mais c’est trop tard. L’image de l’inconnu, de Luca, est déjà gravée derrière mes paupières. Son regard m’a traversée, comme une première bouffée d’air dans une pièce sans fenêtre.
Plus tard, alors que Lorenzo est absorbé dans une conversation animée avec un homme aux mains tatouées, je me retrouve seule un instant près des terrasses. La fraîcheur de la nuit me mord les bras nus.
— La soirée vous plaît, Signora Rossi ?
La voix me fait sursauter. Je me retourne. Luca Conti est là, à quelques pas, un verre d’eau à la main. Il ne sourit pas. Ses yeux scrutent les miens, comme s’il cherchait une faille, un indice.
— Elle est… comme les autres.
— J’imagine. Ça doit être épuisant.
Ses mots sont simples, mais ils me frappent en plein cœur. Personne ne m’avait jamais dit ça. Personne n’avait jamais vu l’épuisement derrière les diamants.
— Épuisant ?
— De jouer un rôle. Tout le temps.
SofiaJe n'ai pas dormi.J'ai passé la nuit à regarder le plafond. À compter les fissures. À écouter les battements de mon cœur. À repenser à la proposition de Marco. Donner le code, ou perdre Lorenzo. Perdre tout.J'ai pesé le pour et le contre. J'ai imaginé les scénarios. J'ai vu la colère de Lorenzo, sa déception, sa violence. J'ai vu Marco triomphant, les mains sales de mon silence.À 5 heures du matin, j'ai pris ma décision.Je vais jouer double jeu.Je vais faire croire à Marco que j'accepte. Je vais lui donner un faux code, une fausse piste, un leurre. Je vais le laisser croire qu'il a gagné. Et en réalité, je vais prévenir Lorenzo. Je vais tout lui dire. Je vais le protéger. Par tous les moyens.C'est dangereux. C'est risqué. Si Marco découvre la supercher
Je suis restée à la maison. Seule. Mais je ne suis pas tranquille.La maison est silencieuse. Trop silencieuse. Les murs respirent. Le parquet craque. Chaque bruit me fait sursauter. Chaque ombre me semble menaçante.L'atelier. J'y vais. C'est le seul endroit où je me sens moi-même. Où je ne suis ni la femme de Lorenzo, ni la cible de Marco, ni l'otage d'aucun jeu.J'ouvre la porte. L'odeur de fusain, de papier, de craie. Une odeur d'enfance, de liberté, de vérité. La lumière est grise à travers les grandes vitres. Les chevalets sont vides. Les crayons sont rangés dans des pots de verre.Le fusain traîne encore sur la table, là où Lorenzo a dessiné. Je le prends. Il est plus petit que la dernière fois, usé par son usage maladroit. Je le sens entre mes doigts. Il est doux, poudreux.Je prends le carnet. Je l'ouvre
LorenzoElle est rentrée avec une odeur.Pas son parfum habituel. Pas la vanille et le bois de cèdre qu'elle porte depuis toujours, depuis le premier jour où je l'ai vue. Non. Une autre. Plus âcre, plus masculine. Du cuir et du tabac froid. Et quelque chose d'autre, plus subtil. Du café, peut-être. Ou de la sueur. De la peur.Luca. Je le sais. Mon instinct ne me trompe jamais. Je l'ai senti dès qu'elle a franchi la porte. Dès qu'elle a posé les yeux sur moi.Toute la nuit, je tourne dans le lit. Je compte les secondes. Je compte les battements de mon cœur. À côté d'elle, elle respire doucement, fait semblant de dormir. Mais je sais qu'elle ne dort pas. Son souffle est trop régulier, trop maîtrisé. Une comédienne. Ma comédienne.Moi, je rumine. Les pensées défilent, s'enchaînent, se rép&egr
SofiaMon téléphone vibre dans ma poche. La vibration est discrète, mais elle me traverse comme une décharge. Je suis dans la salle de bains. L'eau coule dans la baignoire, épaisse, fumante, chargée d'huiles essentielles que j'ai ajoutées sans y penser. Lavande, camomille. Des odeurs censées apaiser. Elles ne servent à rien.Lorenzo est en bas, occupé à passer des appels. Des affaires, dit-il. Des affaires propres, jure-t-il. Je l'entends parfois, sa voix qui monte, qui descend, qui négocie. Il y a des mots que je ne comprends pas. Des noms. Des chiffres.Je sors le téléphone. L'écran est éclatant dans la pénombre de la salle de bains. Luca.Un SMS. Je le lis une fois. Deux fois. Trois fois.« Il faut qu'on se voie. J'ai des informations sur Marco. Il prépare quelque chose. »Mon cœur s
SofiaJ’achète mes pigments. Des ocres, des terres de Sienne brûlée, du noir d’ivoire. Des couleurs de cendre et de blessure. Puis, au lieu de rentrer, je m’assois sur un banc dans un square déserté par l’hiver. Je sors le carnet que j’ai glissé dans mon sac. Un nouveau. Il est vierge.J’ouvre une
SofiaLe jour s’infiltre entre les lames des persiennes, découpant des barres de lumière pâle sur le parquet. Je suis éveillée depuis longtemps. Immobile. J’écoute la maison. Le silence a changé de nature. Il n’est plus chargé de la tension explosive de la nuit dernière, mais d’une froideur minéral
SofiaLe plafond est un désert de stuc blanc. Je le fixe, les bras en croix, mes poignets brûlant là où ses doigts se sont incrustés. Le poids de son corps, l’odeur de l’alcool et de la fureur, tout s’est évaporé d’un coup, laissant un vide électrique dans l’air.Je ne tremble pas. Une étrange rigi
LorenzoLe sujet est un test. Une petite braise qu’elle jette sur l’essence de ma colère. Elle parle de ses parents, de leur exclusion, de l’isolement que j’ai soigneusement orchestré. Elle le nomme, tranquillement.— C’est sans doute mieux ainsi, dis-je, ma voix plus rauque que je ne le voudrais.
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