ログインRaphaëlLe café est vide maintenant. La vieille dame est partie, emportant son journal et son indifférence. Le couple qui se disputait a disparu, réconcilié ou séparé, on ne saura jamais. Le garçon range les chaises, les retourne sur les tables, prépare la fermeture. Le monde continue de tourner, indifférent à ce qui vient de se jouer ici, dans ce petit café discret de la rue de Rivoli.Nous sommes restés longtemps, Chloé, Matthias et moi. Des heures. Le temps a glissé sur nous comme l'eau sur des pierres. À parler. À nous taire. À pleurer parfois. À rire aussi, de ce rire fragile qui naît quand on a touché le fond et qu'on remonte lentement vers la surface, les poumons brûlants, les yeux grands ouverts.Chloé est partie la première. Elle avait besoin de sommeil, de calme, de solitude. S
RaphaëlDeux jours passent.Deux jours à flotter dans un brouillard d'incertitude. Les heures s'étirent, se confondent, perdent leur sens. Le jour et la nuit se mélangent. Je ne sais plus quand je dors, quand je veille.Chloé dort dans mon lit, se réveille, me regarde, sourit, pleure parfois. Elle a des moments de tendresse explosive où elle se jette dans mes bras, m'embrasse partout, me dit qu'elle m'aime. Et des moments de silence où elle regarde par la fenêtre, perdue, ailleurs, chez lui.On ne parle pas de lui. On fait comme s'il n'existait pas. Comme si cette nuit n'avait pas eu lieu. Comme si Matthias n'était qu'un cauchemar, une illusion, une erreur.Mais il existe.Il est là, dans ses yeux quand elle me regarde. Dans la façon dont elle hésite avant de m'embrasser, comme si elle comparait. Dans ses silences, plus lourds qu'avant, plus
ChloéLa salle de bains est plongée dans une pénombre bleutée. La lumière de l'aube filtre à travers le store en bambou, dessine des ombres fines sur le carrelage blanc, sur la baignoire, sur le miroir. L'air est frais, presque froid. Mes pieds nus sont glacés sur le sol. Je frissonne.Raphaël ouvre le robinet. L'eau chaude jaillit dans un bruit de cascade, remplit la pièce de vapeur, de bruit, de vie. La buée monte, couvre le miroir, efface nos reflets. On ne voit plus que des ombres, des silhouettes, des corps flous.Il se tourne vers moi. La vapeur entoure son visage, caresse ses épaules. Ses yeux clairs brillent dans la pénombre.--- Je peux ?Sa voix est hésitante, presque timide, comme s'il avait peur de ma réponse. Comme s'il avait peur d'être refoulé, rejeté, remplacé.--- Oui.Il enlève son t-shirt. Le tissu noir glisse sur sa peau, se froisse à ses pieds. Son corps apparaît dans la lumière tamisée, dans la buée, dans la pénombre. Les muscles de ses épaules, larges, puissants
ChloéLe petit matin gris sourd sur Paris quand je pousse la porte du loft. La ville s'éveille à peine, des bruits lointains de livraisons, de moteurs qui toussent, de pigeons sur les rebords des fenêtres. La lumière est blême, sans chaleur, sans couleur. Tout semble suspendu, en attente.Mes jambes tremblent encore. Chaque pas est un effort. Mon corps porte les marques de la nuit comme un vêtement trop serré. Les doigts de Matthias sur mes hanches , là, je sens encore la pression, la marque de son emprise. Sa bouche sur ma peau , là, sur mon cou, un suçon qu'il a laissé en partant, comme une signature, comme un "je suis passé par là". Son sexe en moi , je le sens encore, profond, immense, comme s'il avait laissé un vide impossible à combler.Je sens tout cela comme une seconde peau, comme un souvenir brûlant incrusté dans ma chair, comme une brûlure qui ne veut pas s'éteindre.Je referme la porte derrière moi sans bruit. Mes doigts tremblent sur la poignée. Je voudrais me fondre dans
Il pose sa main sur ma joue. Sa paume est chaude, rugueuse, réconfortante. Il me regarde avec une tendresse que je ne lui ai jamais vue. Matthias Delacroix, l'homme de glace, le roi de la finance, le manipulateur, le stratège, est là, vulnérable, offert, amoureux.--- Dis-moi de m'arrêter.Sa voix casse sur les derniers mots.--- Dis-le, et je m'arrêterai. Je te le promets. Je te laisserai partir, et je ne te reparlerai plus jamais de ce que je ressens. Je retournerai dans ma prison de verre et d'acier, et je t'oublierai. Ou j'essaierai. Ou je ferai semblant.Je ne dis rien.Il se penche. Il m'embrasse.Ce n'est pas comme avec Raphaël. Ce n'est pas doux, pas tendre, pas exploratoire. C'est intense. Profond. Possessif. Désespéré.Sa langue prend possession de ma bouche comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait attendu ce
RaphaëlLe lendemain matin, je suis dans l'atelier. Je peins. Je peins Chloé. Encore. Toujours. Comme depuis treize ans.Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, je la peins entre nous deux. Matthias et moi.La toile est immense. Deux mètres sur trois. Elle occupe tout un mur. Je l'ai commencée il y a trois jours, sans réfléchir, poussé par une urgence que je ne m'explique pas.Trois visages. Les siens, le mien, celui de Matthias. Trois corps enlacés. Une seule histoire. La nôtre.Les couleurs sont chaudes, vibrantes, presque violentes. Des rouges, des oranges, des ors. La couleur de la passion. La couleur de l'amour. La couleur du danger.Je peins depuis des heures. Je ne vois pas le temps passer. Je ne vois qu'eux. Qu'elle. Que nous.Mon téléphone vibre. Je sursaute. Je regarde l'écran. Ce n'est pas le mien. C'est
DamonJe ne prends pas le temps de la contempler. Le besoin est trop pressant, trop animal. Je détache ma ceinture, la fais glisser. Elle regarde, hypnotisée, les yeux pleins d’une terreur exaltée. Je la retourne brutalement, face au mur de verre. Elle pose ses paumes à plat contre la surface froid
LaurenceLe couloir est un tunnel blanc et froid qui semble s’étirer à l’infini. Mes pieds nus sur le marbre résonnent comme des battements de cœur précipités. Mes talons , mes armes , sont restés dans son bureau, près de la baie vitrée où le monde entier aurait pu nous voir. L’étoffe déchirée de m
LaurenceJe martèle le bouton. Les portes se referment avec une lenteur cruelle, emprisonnant son regard. L’ascenseur remonte. Mon cœur bat à tout rompre, chaque pulsation résonnant entre mes jambes, là où la sensation humide et chaude persiste, indélébile.L’open space est désert. L’heure du déjeu
DamonAprès une nuit paisible , le lendemain, je suis déjà d'attaque .La salle d’attente du quarante-sixième étage est un espace de silence tendu, presque chirurgical. L’air y est immobile, filtré, d’une température parfaite qui ne parvient pas à masquer la transpiration froide de l’homme assis en







