LOGINLAURENCE
Puis je me lève. Je prends mes sacs. Je ferme la porte derrière moi.
Je rends les clés au gardien.
— Vous partez, madame Laurence ?
— Oui, monsieur Roger. Je pars.
— Vous reviendrez ?
— Non. Je ne crois pas.
Il me regarde. Ses vieux yeux fatigués. Il a vu tant de locataires partir. Tant d
Il me regarde. Longtemps. Intensément. Ses yeux parcourent mon visage, cherchent la vérité, trouvent l'évidence. Puis il sourit. Un sourire fragile, incertain, mais vrai.--- Alors on est deux fous.--- On est deux amoureux.Je l'embrasse. Longuement. Profondément. Un baiser qui dit tout ce que je ne sais pas dire avec des mots. Un baiser qui promet, qui espère, qui construit. Un baiser qui scelle un pacte.Quand on s'écarte, on est essoufflés, tremblants, vivants. Plus vivants que jamais.--- Il faut qu'on lui parle, dis-je. Tous les trois.--- Oui.--- Mais pas tout de suite. Il faut qu'on soit prêts. Il faut qu'il soit prêt. Il faut qu'on apprivoise l'idée, qu'on la laisse grandir, qu'on l'arrose comme une plante fragile.--- On va le préparer. Doucement. Par petites touches. On va lui montrer que c'est possible. Qu'on peut ê
MChloéLa porte a claqué. Le bruit résonne encore dans le loft, rebondit contre les murs, contre les toiles, contre mon cœur. Matthias est parti. Emportant avec lui sa douleur, sa jalousie, et ce regard. Ce regard qui m'a traversée comme une lame, qui a ouvert des brèches là où je croyais tout avoir refermé.Je suis restée au lit, paralysée. Mes membres refusent de bouger. Mon cœur refuse de se calmer. Raphaël est assis à côté de moi, immobile, les mains posées sur ses cuisses nues, le regard perdu dans le vide. Le silence est si épais qu'on pourrait le couper, le toucher, le respirer. Il pèse des tonnes.Dehors, Paris s'éveille lentement. Les bruits de la rue montent jusqu'à nous, étouffés, lointains. Des rires d'enfants, un moteur qui tousse, une musique qui passe. La vie continue. Indifférente à notre naufrage.--- Qu'est-ce qu'il y a ? demande Raphaël.Sa voix est douce, trop douce. Fragile. Comme s'il avait peur de me briser, comme si j'étais de verre.--- Rien.--- Ne mens pas.
ChloéLa lumière du matin entre par les grandes fenêtres, dorée, douce, pleine de promesses. Je me réveille contre lui. Il dort encore, un bras passé sous ma nuque, l'autre posé sur mon ventre, possessif même dans le sommeil.Son visage est apaisé, détendu, plus jeune quand il dort. Ses longs cils reposent sur ses joues, ses lèvres sont entrouvertes, un souffle léger s'en échappe.Je le regarde longtemps. Je mémorise chaque détail. La petite cicatrice sur son sourcil, souvenir d'une chute à vélo enfant. Les taches de rousseur sur son nez, discrètes, adorables. La façon dont ses cheveux tombent sur son front, en désordre parfait.Je me penche. Je l'embrasse doucement sur les lèvres.Il remue. Un sourire naît sur ses lèvres sans qu'il ouvre les yeux.--- Encore
Il se penche. Ses lèvres effleurent mes cheveux. Un baiser à peine posé, léger comme une promesse. Puis ma tempe. Puis ma joue. Il remonte doucement, inexorablement, vers le coin de mes lèvres.Il s'arrête à un millimètre. Je sens son souffle sur ma bouche. Chaud. Léger. Tremblant.--- Dis-moi si tu veux que j'arrête, murmure-t-il.Je ne dis rien. Je tourne la tête. Juste assez pour que nos lèvres se rencontrent.Le baiser est doux d'abord. Exploratoire. Ses lèvres sont chaudes, douces, un peu tremblantes. Il goûte les miennes avec précaution, comme s'il avait peur de les abîmer. Puis le baiser s'approfondit. Sa langue cherche la mienne. Je réponds. Mes mains montent dans ses cheveux. Ils sont soyeux, épais. Je les attrape, je l'attire plus près.Il est doux, tendre, exactement comme je l'imaginais. Comme je
Je soupire. Je regarde Raphaël. Ses yeux clairs, pleins d'espoir, brillants comme un ciel d'été. Je regarde Matthias. Sa douleur à peine cachée derrière le masque de contrôle. Sa peur de perdre. Sa jalousie qu'il tente désespérément de contenir.--- Je choisis Raphaël.Les mots tombent dans le silence comme des pierres dans l'eau.Matthias blêmit. Son visage perd toute couleur. Raphaël sourit, mais avec retenue, comme s'il n'osait pas y croire.--- Pour l'instant, je précise très vite. Pour la colocation forcée. Pour le travail. Pour voir. Rien n'est décidé. Rien n'est joué. Je ne choisis pas un mari, je choisis un toit. Mais pour vivre au quotidien, pour être proche de la fondation, pour pouvoir travailler sereinement sans perdre deux heures par jour dans les transports... c'est plus logique.Matthias hoc
Les verres se vident. Je ressers. La bouteille descend. On s'en fout.--- On peut pas la partager, dit Raphaël.--- Je sais.--- Mais on peut pas la perdre non plus.--- Je sais pas.Il se lève brusquement. Il pose son verre d'un geste un peu trop brusque. Le liquide tressaute, manque de déborder. Sa veste est sur le dossier du canapé. Il l'enfile machinalement, les gestes saccadés.--- Je vais rentrer.--- Reste.Il s'arrête. Se retourne. Me regarde.--- Il est tard. Les transports sont finis. Il est plus de deux heures du matin. Et on a encore des choses à se dire, je crois. Des choses importantes.Il hésite. Je vois le combat dans ses yeux. La méfiance d'une vie, l'habitude de me considérer comme l'ennemi, le rival, celui qui a tout eu pendant que lui n'avait rien. Mais derrière cette méfiance, je vois autre chose. De la curiosit&e
DamonL'invitation est là, incandescente sur l'écran noir. 18h30. Bureau de D.E. Sujet : Revue du dossier Berthel. Chaque pixel de ce mensonge administratif grésille de promesse. Un piège si grossier qu'il en devient sublime. Elle l’a vue. J’ai senti l’onde de choc traverser les cloisons, ce matin,
LaurenceDans la chambre, je claque la porte, pas trop fort. Je m’adosse contre le bois, les yeux fermés, luttant pour respirer. Le lit, large, accueillant, est un champ de mines. Notre lit. Où, ce soir, il voudra sans doute me toucher. M’aimer. Et moi…Je me déshabille, évitant de regarder mon cor
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