MasukAlors pourquoi on se bat ?
Je le regarde. Vraiment. Pour la première fois, je le vois. Pas le rival. Pas l'ennemi. Pas le frère que j'ai toujours jalousé. L'homme. L'homme qui aime la même femme que moi. L'homme qui a souffert en silence aussi, peut-être autant que moi. Différemment, mais autant.
--- Parce qu'on a peur, dis-je.
--- Peur de quoi ?
--- De la perdre. De l'autre. De nous. De ce qu'on ressent. De ce
ChloéDeux jours après la conversation au café, j'ai fui.Je n'ai pas pu rester à Paris. Pas une minute de plus. Dans ce loft, tout me rappelait Raphaël — ses toiles, son odeur, sa façon de marcher pieds nus sur le parquet. Dans cette ville, tout me rappelait Matthias — ses tours de verre, ses rues qu'il traverse en costume, ses restaurants où il m'emmenait.J'avais besoin d'air. D'espace. De vide. J'avais besoin de respirer sans eux, sans leurs regards, sans leurs mains, sans leurs désirs. J'avais besoin de me retrouver seule avec moi-même, de faire le tri, de décider ce que je voulais vraiment.Je suis partie à Saint-Tropez. La maison de papa. La maison de tous nos étés. La maison des souvenirs.La route a été longue. Huit heures de voiture, les mains crispées sur le volant, les yeux fixés sur
RaphaëlLe café est vide maintenant. La vieille dame est partie, emportant son journal et son indifférence. Le couple qui se disputait a disparu, réconcilié ou séparé, on ne saura jamais. Le garçon range les chaises, les retourne sur les tables, prépare la fermeture. Le monde continue de tourner, indifférent à ce qui vient de se jouer ici, dans ce petit café discret de la rue de Rivoli.Nous sommes restés longtemps, Chloé, Matthias et moi. Des heures. Le temps a glissé sur nous comme l'eau sur des pierres. À parler. À nous taire. À pleurer parfois. À rire aussi, de ce rire fragile qui naît quand on a touché le fond et qu'on remonte lentement vers la surface, les poumons brûlants, les yeux grands ouverts.Chloé est partie la première. Elle avait besoin de sommeil, de calme, de solitude. S
RaphaëlDeux jours passent.Deux jours à flotter dans un brouillard d'incertitude. Les heures s'étirent, se confondent, perdent leur sens. Le jour et la nuit se mélangent. Je ne sais plus quand je dors, quand je veille.Chloé dort dans mon lit, se réveille, me regarde, sourit, pleure parfois. Elle a des moments de tendresse explosive où elle se jette dans mes bras, m'embrasse partout, me dit qu'elle m'aime. Et des moments de silence où elle regarde par la fenêtre, perdue, ailleurs, chez lui.On ne parle pas de lui. On fait comme s'il n'existait pas. Comme si cette nuit n'avait pas eu lieu. Comme si Matthias n'était qu'un cauchemar, une illusion, une erreur.Mais il existe.Il est là, dans ses yeux quand elle me regarde. Dans la façon dont elle hésite avant de m'embrasser, comme si elle comparait. Dans ses silences, plus lourds qu'avant, plus
ChloéLa salle de bains est plongée dans une pénombre bleutée. La lumière de l'aube filtre à travers le store en bambou, dessine des ombres fines sur le carrelage blanc, sur la baignoire, sur le miroir. L'air est frais, presque froid. Mes pieds nus sont glacés sur le sol. Je frissonne.Raphaël ouvre le robinet. L'eau chaude jaillit dans un bruit de cascade, remplit la pièce de vapeur, de bruit, de vie. La buée monte, couvre le miroir, efface nos reflets. On ne voit plus que des ombres, des silhouettes, des corps flous.Il se tourne vers moi. La vapeur entoure son visage, caresse ses épaules. Ses yeux clairs brillent dans la pénombre.--- Je peux ?Sa voix est hésitante, presque timide, comme s'il avait peur de ma réponse. Comme s'il avait peur d'être refoulé, rejeté, remplacé.--- Oui.Il enlève son t-shirt. Le tissu noir glisse sur sa peau, se froisse à ses pieds. Son corps apparaît dans la lumière tamisée, dans la buée, dans la pénombre. Les muscles de ses épaules, larges, puissants
ChloéLe petit matin gris sourd sur Paris quand je pousse la porte du loft. La ville s'éveille à peine, des bruits lointains de livraisons, de moteurs qui toussent, de pigeons sur les rebords des fenêtres. La lumière est blême, sans chaleur, sans couleur. Tout semble suspendu, en attente.Mes jambes tremblent encore. Chaque pas est un effort. Mon corps porte les marques de la nuit comme un vêtement trop serré. Les doigts de Matthias sur mes hanches , là, je sens encore la pression, la marque de son emprise. Sa bouche sur ma peau , là, sur mon cou, un suçon qu'il a laissé en partant, comme une signature, comme un "je suis passé par là". Son sexe en moi , je le sens encore, profond, immense, comme s'il avait laissé un vide impossible à combler.Je sens tout cela comme une seconde peau, comme un souvenir brûlant incrusté dans ma chair, comme une brûlure qui ne veut pas s'éteindre.Je referme la porte derrière moi sans bruit. Mes doigts tremblent sur la poignée. Je voudrais me fondre dans
Il pose sa main sur ma joue. Sa paume est chaude, rugueuse, réconfortante. Il me regarde avec une tendresse que je ne lui ai jamais vue. Matthias Delacroix, l'homme de glace, le roi de la finance, le manipulateur, le stratège, est là, vulnérable, offert, amoureux.--- Dis-moi de m'arrêter.Sa voix casse sur les derniers mots.--- Dis-le, et je m'arrêterai. Je te le promets. Je te laisserai partir, et je ne te reparlerai plus jamais de ce que je ressens. Je retournerai dans ma prison de verre et d'acier, et je t'oublierai. Ou j'essaierai. Ou je ferai semblant.Je ne dis rien.Il se penche. Il m'embrasse.Ce n'est pas comme avec Raphaël. Ce n'est pas doux, pas tendre, pas exploratoire. C'est intense. Profond. Possessif. Désespéré.Sa langue prend possession de ma bouche comme si elle avait toujours été là, comme si elle avait attendu ce
DamonElle a tort. Et elle a raison, d’une certaine manière tordue. J’étais là, oui, mais pas comme elle le croit, pas dans une connexion romantique ou spirituelle. J’étais là dans la furie brute, dans la volonté farouche d’oubli total, de noyer mon vide dans la tempête physique. Pas dans l’amour,
LAURENCELa lumière me brûle les paupières.Je me tourne dans le lit, la main tendue vers l'autre côté, vers la chaleur qui devrait s'y trouver.Rien.Le drap est froid. L'oreiller est froid. La place de Damon est vide depuis des heures.Mes doigts se referment sur le vide, et quelque chose se serr
DamonJe ne me souviens pas avoir jamais fait l'amour comme ça.Sans stratégie. Sans performance. Sans ce petit compteur mental qui évaluait, comparait, jaugeait le plaisir de l'autre pour mieux le monnayer plus tard.Ses ongles labourent mon dos. Mes mains meurtrissent ses hanches. Nos souffles se
LAURENCE— Laurence... je... ce n'est pas ce que tu crois...Les mots de Mathieu flottent dans l'air comme des bulles de savon prêtes à éclater. Ridicules. Absurdes. Dérisoires.Je l'observe. Lui. Dans notre lit. Avec cette femme. Cette blonde aux jambes interminables qui se recouvre maintenant d'u







