Mag-log inÀ midi, je me présente devant la salle des cérémonies. C'est une pièce que je n'ai jamais vue auparavant, située dans une aile reculée du palais. La porte est monumentale, en bois de cèdre sculpté, gardée par deux eunuques qui s'écartent à mon approche.— Entrez, dit l'un d'eux. Le maître vous attend.La salle est petite, intime, éclairée par un unique rayon de soleil qui tombe d'une lucarne percée dans le plafond. Les murs sont couverts de mosaïques aux motifs géométriques, bleues et or, qui scintillent doucement. Il n'y a pas de meubles, pas de sièges, pas de spectateurs. Rien qu'un autel de marbre blanc au centre de la pièce, et debout devant cet autel, Tariq.Il est vêtu de blanc, lui aussi. Une tunique de lin immaculée, un pantalon de soie blanche, et sur ses épaules, un mante
Quand l'aube se lève enfin, Tariq s'effondre sur le lit, épuisé, le corps tremblant, le souffle court. L'effet de l'épice semble s'estomper peu à peu, et je vois la lucidité revenir dans ses yeux.— Zorah, murmure-t-il d'une voix brisée. Qu'ai-je fait ?— Rien que je n'aie accepté, dis-je, et c'est presque vrai.— J'étais... ce n'était pas moi. Cette épice, ce poison... Laila. C'est Laila qui a fait cela.— Oui. Elle m'a piégée. Elle m'a fait assaisonner le plat sans me dire ce que c'était.Il se redresse sur un coude et me regarde, et dans ses yeux, je vois une rage froide qui remplace peu à peu la fièvre du désir.— Elle paiera pour cela, dit-il d'une voix dure. Je te le jure. Elle paiera.— Non, dis-je. Laissez-la. Si vous la punissez, elle saura que son plan a &eac
Elle me met le pot dans la main et s'éloigne. Je regarde le pot. C'est celui de tout à l'heure. Le petit pot de porcelaine fine avec son étiquette "Mélange spécial - Attention". L'épice du désir.— Ce n'est pas... dis-je.Mais Laila est déjà à l'autre bout de la cuisine, et la servante qui m'a amenée me presse de faire vite. Le doute m'envahit. Peut-être que ce n'est pas le même pot. Peut-être que Laila a vraiment un assaisonnement de secours. Peut-être que je me fais des idées.Je saupoudre une pincée du mélange sur le plat, comme elle me l'a demandé. Puis je repose le pot et je cherche le safran, que je finis par trouver derrière une pile d'assiettes. Je le tends à Laila, qui me remercie d'un sourire trop éclatant pour être sincère.— Parfait, dit-elle. Tu peux retour
ZorahLes cuisines du palais sont un royaume à part entière. Un royaume de chaleur, de bruits et d'odeurs, où règne une armée de cuisiniers et de marmitons qui s'affairent du matin au soir pour nourrir le maître et sa maison. Je n'y suis jamais venue avant ce jour. Les épouses n'ont pas leur place dans les cuisines. Elles sont servies, elles ne servent pas.Mais aujourd'hui, Laila m'a demandé de l'y accompagner.C'est une requête si étrange que j'ai d'abord cru à un piège. Laila ne me parle plus que par obligation, et jamais sans une pointe de mépris dans la voix. Alors pourquoi m'inviter dans les cuisines ? Pourquoi me montrer les coulisses de son pouvoir domestique ?— J'ai besoin de ton avis, a-t-elle dit avec un sourire qui m'a glacé le sang. Le dîner de ce soir est important. Tariq m'a annoncé qu'il me ferait l'honneur de partager
Elle se rapproche de moi dans l'eau, et sa main se pose doucement sur mon genou.— Mais toi, tu as changé la donne, reprend-elle. Tu es arrivée avec tes yeux de feu, et Tariq a été fasciné. Laila a senti son pouvoir vaciller, et elle a paniqué. C'est pour ça qu'elle t'a attaquée si vite, si méchamment. Elle avait peur. Et elle a raison d'avoir peur.— Pourquoi ? dis-je dans un souffle.— Parce que tu es différente. Tu ne cherches pas le pouvoir. Tu ne cherches pas à manipuler. Tu cherches juste à survivre, et à trouver un peu de paix. C'est cela qui te rend dangereuse. Parce que Tariq, lui aussi, cherche la paix. Et il l'a trouvée en toi.Sa main remonte le long de ma cuisse, légère comme une plume, et je retiens mon souffle.— Amina, dis-je, que fais-tu ?— Je te touche. Cela te déplaît ?
Karim.Il est jeune, peut-être vingt-cinq ans, avec des cheveux bruns bouclés et des yeux verts d'une intensité rare. Il est grand, élancé, et son uniforme de garde ne parvient pas à cacher l'élégance naturelle de ses mouvements. Quand je passe devant lui, nos regards se croisent brièvement, et je comprends immédiatement ce que Yasmin a vu en lui. Il y a dans ses yeux une douceur, une tristesse, qui contrastent avec la dureté de sa fonction.Je continue mon chemin jusqu'aux bains, puis, au retour, je m'arrange pour passer quelques pas derrière ma servante. D'un geste rapide et furtif, je glisse la lettre dans le creux de l'arbre que Yasmin m'a montré. Le cœur battant, je reprends ma place dans le cortège comme si de rien n'était.Le soir même, Yasmin vient me trouver, le visage illuminé par un sourire que je ne lui avais jamais







