LOGINElle ouvre les yeux. Ils sont noirs de désir.
— Hicham...
Sa voix est à peine un murmure.
— Oui ?
— Je... je ne peux pas.
Elle recule, ouvre la porte, disparaît.
Je reste là, le souffle court, le goût d'elle sur mes lèvres.
Elle est partie. Mais elle reviendra.
Elles reviennent toujours.
Leïla
Je marche vite dans la rue, sans sa
Hicham vient me voir ce soir-là, son visage est fermé, ses yeux sont fatigués, ses épaules sont voûtées comme sous un poids qu’il n’arrive plus à porter. Il a perdu des contrats, des partenaires, des amis. Les rumeurs ont atteint son entreprise, ses associés, ses clients. On dit qu’il a utilisé son pouvoir pour séduire une employée, qu’il a payé son mari pour qu’il ferme les yeux, qu’il a détourné des fonds pour financer sa vie de débauche.— Je suis désolé, Leïla, dit-il en s’asseyant à côté de moi, en prenant mes mains dans les siennes. Je suis désolé de t’entraîner dans cette histoire, de te faire subir ces rumeurs, de te faire souffrir.— Ce n’est pas ta faute, Hicham. C’est la leur. C’est Nadia, c’est Karim, c’est tous ceux qui veulent nous détruire, nous séparer, nous anéantir.— C’est ma faute, Leïla. J’aurais dû divorcer plus tôt, j’aurais dû te protéger, j’aurais dû te défendre. Au lieu de ça, je t’ai laissée seule, exposée, vulnérable. Je t’ai abandonnée face à leurs rumeurs
LeïlaJe n’ai pas vu les premières fissures apparaître. Elles sont venues doucement, insidieusement, comme l’eau qui s’infiltre dans les murs et qui, un jour, fait s’effondrer ce qui semblait solide. Les regards d’abord, ces regards que les gens posent sur vous quand ils savent quelque chose que vous ignorez encore, ces regards chargés de jugement, de curiosité, de mépris parfois. Les silences ensuite, ces silences qui tombent quand vous entrez dans une pièce, ces conversations qui s’arrêtent net, ces sourires qui se figent. Et puis les murmures, ces chuchotements que vous n’entendez pas vraiment mais que vous devinez, ces mots que vous ne saisissez pas mais que vous sentez, ces secrets qui ne sont plus des secrets mais des armes que tout le monde brandit.Au travail, d’abord, c’est Souad qui m’aborde un matin, son visage fermé, ses bras croisés sur sa poitrine, son regard qui ne cherche plus le mien comme avant. Nous avons partagé tant de pauses-café, tant de rires, tant de confidenc
Elle a raison. Je le sais. Elle a raison sur tout. Elle est libre, elle ne m'a rien promis, elle ne me doit rien. Je l'ai laissée partir, je lui ai dit d'attendre, de se reconstruire, de se retrouver. Je ne peux pas lui reprocher de vivre, de voir d'autres hommes, de se laisser aimer par quelqu'un qui est là quand je ne suis pas là, qui est présent quand je suis absent, qui est fidèle quand je suis infidèle.Mais je souffre. Je souffre comme un damné, comme un homme qui voit ce qu'il aime lui échapper, ce qu'il a construit s'effondrer, ce qu'il espérait disparaître. Je souffre de savoir qu'elle est là, dans cet appartement, que Karim vient la voir, lui parler, la toucher peut-être, et que je ne peux rien faire, que je n'ai aucun droit, que je ne suis personne.— Je t'aime, Leïla, dis-je, la voix brisée par l'émotion, par la peur, par la rage, par cet
Cette nuit-là, je ne dors pas. Je tourne dans mon lit, les draps s'emmêlent autour de mes jambes, l'oreiller est trop chaud, trop froid, trop dur, trop mou. Je pense à Hicham, à ses promesses qui n'arrivent jamais, à ses mensonges qui m'ont tant fait souffrir, à cet amour qui me consume et me détruit à la fois. Je pense à Karim, à sa douceur qui m'apaise, à sa sincérité qui me rassure, à cet amour simple qui ne demande rien, qui n'attend rien, qui est juste là, patient, fidèle, constant.Est-ce que je fais une erreur en attendant Hicham ? Est-ce que je devrais laisser une chance à Karim, à cette vie simple, à cet amour sans complication, à ce bonheur tranquille qui m'attend au bout du chemin ? Est-ce que je devrais renoncer à Hicham, à cette passion qui me consume, à cet amour qui me fait mal mais qui me
LeïlaKarim est revenu. Il est revenu avec des fleurs, des sourires, des attentions. Il est revenu comme si rien ne s'était passé, comme si je n'avais pas dit non, comme si mon refus n'avait été qu'un caprice, une hésitation, un moment de faiblesse. Il est revenu, et je l'ai laissé entrer, parce que c'est Karim, parce que je ne sais pas lui dire non, parce que sa présence est douce, apaisante, rassurante.Je suis surprise, troublée, un peu perdue. Je lui avais dit que je ne l'aimais pas, que mon cœur était à Hicham, que je ne pouvais pas lui donner ce qu'il voulait, ce qu'il espérait, ce qu'il méritait. Mais il est là, à la porte de mon appartement, avec un bouquet de roses rouges, un sourire qui me désarme, des yeux qui me supplient, une présence qui me rassure et me trouble à la fois.— Karim, qu'est-ce que tu fa
Je le regarde, ce jeune homme brisé par l'amour, perdu dans ses sentiments, prêt à tout pour conquérir celle qu'il aime, pour posséder celle qu'il désire, pour garder celle qu'il veut. Je le regarde et je vois en lui l'arme parfaite, l'instrument idéal, le complice dont j'ai besoin pour gagner cette guerre, pour remporter cette bataille, pour reconquérir ce qui m'appartient.— Écoutez-moi, Karim. Ne la laissez pas partir. Ne la laissez pas retourner vers Hicham. Ne la laissez pas vous échapper encore une fois. Vous l'aimez, elle vous aime peut-être sans le savoir, sans oser se l'avouer, sans vouloir se l'avouer. Alors battez-vous. Conquérez-la. Faites-la vôtre. Montrez-lui que vous êtes l'homme qu'il lui faut, l'homme qu'elle mérite, l'homme qui ne la trahira jamais.— Et vous ? Qu'est-ce que vous y gagnez, Nadia ? Pourquoi est-ce que vous m'ai
LeïlaUn nouveau frisson. Parle-t-il de notre mariage ? Ou de quelque chose d’autre ? A-t-il des soupçons sur la dynamique dans cette maison ? Sur la présence de Karim ? « Sentimental ». Le mot est lâché, empoisonné.— Youssef est un homme d’honneur. Il sait séparer les choses, la voix un peu raide
LeïlaLa voiture s'arrête dans un silence électrique. Le moteur cesse de romonner, et soudain, il n'y a plus que le bruit de ma propre respiration, trop rapide, et le poids du bras de Youssef sur le dossier de mon siège.Je lève les yeux.La villa n'est pas une tour. C'est pire. Une demeure basse,
LeïlaUn besoin viscéral me prend. Meubler. Remplir. Combattre le vide glacé de ces murs lisses avec des objets, des couleurs, des odeurs qui seront miennes. Même si c’est une illusion. Même si tout, ici, lui appartient. Il faut des coussins, des tapis, des plantes vertes qui retiendront un peu de
LeïlaJe choisis des coussins couleur terre, épais, lourds. Quelque chose qui ancre. Des tapis aux motifs berbères, complexes, qui gardent en mémoire des mains anciennes. Des lanternes en métal percé qui projetteront des ombres dansantes, pour brouiller les lignes trop nettes de la villa.Il pousse







