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Chapitre 110– Le dernier tableau de Manon 2

Author: Déesse
last update publish date: 2026-08-10 08:33:35

Elle ferme les yeux, et nous restons silencieux autour d'elle. Le vent souffle au-dehors, faisant grincer les volets. La mer gronde au loin, rythmée, éternelle. Théo a sorti son carnet de croquis et dessine, sans bruit, le visage de Manon endormie.

Elle s'éteint dans la nuit, paisiblement, sans souffrir. Le docteur Le Bihan nous dit qu'elle est partie en dormant, avec un sourire sur les lèvres. Je veux le croire. Je choisis de le croire.

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    ThéoLe jour de la rentrée, je me réveille avant l'aube, le ventre noué par une angoisse que je n'avais plus ressentie depuis mon entrée au collège. La faculté de médecine. J'y suis. Après des années de travail acharné, de nuits blanches, de doutes et d'espoirs, j'y suis enfin. Et pourtant, ce matin, je ne peux m'empêcher de trembler.Papa Raphaël est déjà levé quand je descends dans la cuisine. Il est assis à la table, une tasse de café à la main, le journal ouvert devant lui. Il porte déjà sa blouse blanche, prêt à partir pour l'hôpital. À soixante-neuf ans, il a ralenti son activité, mais il continue à opérer deux jours par semaine, et il supervise toujours la Clinique des Sens avec la même passion qu'au premier jour.— Tu n'as pas dormi, constate-t-il sans lever les yeux de son journal.— Pas beaucoup, non.— C'est normal. La veille d'une grande bataille, on ne dort jamais bien.— Ce n'est pas une bataille, Papa. C'

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    LéandreLa longère n'a pas changé. Elle est toujours là, accrochée à la falaise comme un coquillage à son rocher, avec ses volets bleus délavés par le sel et son toit d'ardoises moussues. Le vent de l'Atlantique souffle sans relâche, faisant grincer les girouettes et frissonner les herbes folles du jardin. Nous revenons chaque année, comme promis, pour cultiver nos racines. Mais cette fois, c'est différent. Cette fois, nous sommes venus pour vider la maison.Manon est morte il y a deux ans. Nous avons repoussé ce moment autant que possible, par peur, par chagrin, par superstition peut-être. Mais il faut bien s'y résoudre. La longère doit être vendue, ou louée, ou transmise à quelqu'un qui saura l'habiter et l'aimer comme elle l'a été. Alors nous sommes là, Raphaël, Théo et moi, avec des cartons, des sacs-poubelle, et le cœur lourd.— Par où on commence ? demande Théo, les bras ballants au milieu du salon.Il a quatorze ans maintenant, et

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    RaphaëlLa nuit est tombée sur la villa des Cèdres, et nous sommes dans l'atelier. Cet atelier que nous avons créé il y a vingt ans, ce lieu de fusion où nos deux mondes se rencontrent depuis deux décennies. Les bocaux d'anatomie sont toujours là, sur leurs étagères, témoins de mes années de chirurgie. Les toiles de Léandre sont toujours là, sur leurs chevalets, témoins de ses années de création. Rien n'a vraiment changé, et pourtant tout est différent.Léandre est debout devant une toile vierge, un pinceau à la main, les yeux fixés sur la surface blanche. Il a soixante-deux ans aujourd'hui, et il est toujours aussi beau. Ses cheveux sont poivre et sel, ses épaules se sont un peu voûtées, ses mains portent les traces de décennies de peinture. Mais son regard, ce regard noir et intense qui m'a transpercé il y a quarante ans, est resté le même. Brûlant. Insondable. Éternel.— Qu'est-ce que tu vas peindre ? je demande en m'approchant.— Je

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