Se connecterAliceJe repars à l'aube.Berthilde m'a préparé un baluchon avec du pain, du fromage, deux pommes, une gourde d'eau. Je la paie. Elle ne veut pas d'argent. Je pose les pièces sur son comptoir quand même. Elle hoche la tête sans un mot. C'est une femme qui a compris beaucoup de choses en une nuit et qui ne posera jamais aucune question.Le ciel de juillet est déjà clair à cinq heures. Une brume basse traîne sur les prés d'Argentel. Un premier merle chante. Mon cheval — un cheval de louage, tranquille et solide — piaffe doucement à l'attache.Je monte. Je pars au pas sur la route de Valombre.Je ne me retourne pas.Je ne regarde pas les tours d'Argentel derrière moi. Je ne regarde pas les bannières bleu et argent qui doivent flotter dans la brume à cette heure. Je ne regarde pas les silhouettes des gardes de nuit qui
Elle inspire.— James. Isabella n'est plus là. Elle a été bannie il y a trois lunes. Le château, la meute, ta vie , tout est à toi maintenant. Sans elle. Sans ombre. Sans chantage. Il n'y a plus rien qui te retienne , plus rien qui t'empêche de venir me chercher. Je sais que tu y as pensé. Je le sais parce que je te connais assez maintenant pour savoir comment ton esprit fonctionne. Depuis trois lunes, tu te dis : maintenant qu'elle n'est plus là, peut-être qu'Alice reprendra sa place. Peut-être qu'elle acceptera de revenir. Tu ne me l'as pas demandé — parce que tu as compris que je devais partir librement — mais tu y as pensé. Tu y penses encore. C'est pour cela que je suis venue. Pour te répondre.Je ne dis rien. J'attends.— Ma réponse est non, James.Elle marque une pause. Elle me laisse le temps de la recevoir. Elle cont
JamesElle est revenue.Je ne m'y attendais pas. Personne ne s'y attendait. Cela fait trois lunes qu'elle est repartie à Valombre après l'audience d'Isabella, trois lunes pendant lesquelles je n'ai reçu qu'un seul pigeon — un pigeon de Darius, qui me disait qu'elle avait quitté Valombre pour les montagnes au début de mai. Depuis, plus rien. Silas ne l'a pas suivie — j'ai donné l'ordre formel de ne plus jamais la faire surveiller. Elias ne m'écrit pas — pourquoi le ferait-il ? Elle a disparu dans les Montagnes de l'Oubli comme le nom du massif l'annonçait.Puis, ce matin, un cavalier a franchi la herse. Un cavalier discret, sans bannière, monté sur un cheval de louage. Il a demandé à parler au Chancelier — pas à moi. Il a remis une lettre. Il est reparti sans manger.La lettre était courte. Trois lignes.Alpha. Je s
Sur le seuil, je m'arrête. Je ne me retourne pas.— James.— Oui.— Bonne route.— Bonne route, Alice.Je sors.JamesIls sont partis à l'aube.Alice d'abord — deux gardes discrets qui l'ont escortée jusqu'à la limite du domaine d'Argentel, puis un cheval de relais qui l'attendait sur la route de Valombre, puis un autre relais à Belleville, puis Valombre à la fin du deuxième jour. J'ai reçu un pigeon ce matin : elle est arrivée saine et sauve chez le libraire Verne. Elle repartira vers les montagnes dès que ses affaires seront prêtes — une semaine, peut-être deux.Isabella ensuite — six gardes de la garde d'argent, ceux que j'ai choisis moi-même, hommes de Darius que je connais depuis vingt ans. Ils partent vers le Nord. Ils atteindront la frontière des Steppe
AliceLe procès a lieu le lendemain matin.C'est une simple audience , pas une audience publique comme celle des sept pendus, pas une grande cérémonie. Juste une salle du conseil, James, Darius, deux prêtres anciens, moi comme témoin, et Isabella au centre, entre deux gardes de la garde d'argent , celle qui n'agit que sur ordre direct de l'Alpha.Isabella a un pansement au front. Elle est propre, coiffée, calme. Elle porte une robe grise sans ornements. Elle a l'air de ce qu'elle est ce matin , une femme qui a perdu, qui le sait, qui ne se débat plus.James est en tenue de justice , la robe noire à revers de fourrure grise, la chaîne d'argent, l'épée courte à la ceinture. Il ne me regarde pas , il regarde Isabella. Sa voix, quand il parle, est calme et sans hésitation.— Isabella de Sanguemont. Vous avez tenté hier soir, en déb
Elle me regarde longuement.Le sang coule de son front sur ses lèvres. Elle passe la langue dessus, machinalement.Elle ne se lève pas. Elle ne prend pas le stylet. Elle s'assied, elle aussi, dos contre le mur. Nous sommes toutes les deux assises par terre dans le couloir, nos jambes étendues devant nous, deux ennemies épuisées.Elle rit.Un petit rire sec, court, sans joie. Un rire qui n'est presque pas un rire.— Alice.— Oui.— Tu es une drôle de personne.— Peut-être.— Je crois que tu as gagné.— Peut-être.— Ce n'est pas peut-être. Tu as gagné. Deux fois ce soir. Trois fois si on compte le fait que je viens de tenter de te tuer et que tu m'as lâchée.Je souris à peine. Un sourire pincé , le mouvement me fait mal, la griffure sur ma joue me t







