Share

Chapitre 5.

Author: Kester
last update publish date: 2026-08-05 12:27:51

Le téléphone dans la main de Charlie émit une longue tonalité.

La communication avait été coupée.

— Bon sang !

Dans un accès de rage, Charlie projeta l'appareil contre le mur. Le téléphone éclata en une multitude de morceaux. Sa respiration était rapide et désordonnée.

Pour la première fois de sa vie, il se sentit insignifiant.

Il avait été ignoré.

Bloqué.

Par cette femme qui, autrefois, tremblait de peur au moindre soupir de déception de sa part.

La porte du bureau s'ouvrit brusquement.

Sarah entra, les yeux rougis et le visage encore baigné de larmes.

— Charlie, qu'est-ce qui te prend ?! cria-t-elle d'une voix perçante. Tu m'as humiliée devant tout le monde ! Tu prends la défense de cette traînée ?!

Charlie ne se retourna même pas.

Il resta face à la fenêtre, observant son propre reflet dans la vitre obscure.

— Rentre chez toi, Sarah. Je suis fatigué.

— Non ! Je refuse !

Sarah se jeta contre son dos et l'enlaça avec force, agrippant désespérément sa veste.

— Cet enfant... cet enfant est forcément le fruit d'une liaison qu'Elena a eue avant de partir ! Elle essaie encore de te manipuler, Charlie ! Tu dois me croire !

Au mot « manipuler », un souvenir frappa Charlie de plein fouet.

Cette nuit, cinq ans auparavant...

La nuit où il avait lancé les papiers du divorce au visage d'Elena, convaincu qu'elle avait saboté les freins de la voiture de Sarah et provoqué sa paralysie.

Pourtant, ce soir, il avait vu Elena revenir, droite et digne.

Et il avait aussi vu Sarah, qui prétendait n'avoir retrouvé l'usage de ses jambes que grâce à un miracle médical, courir jusqu'à son bureau sans montrer la moindre faiblesse.

Quelque chose n'allait pas.

Le sentiment de culpabilité qui l'avait lié à Sarah pendant toutes ces années lui apparut soudain comme une chaîne enserrant son propre cou.

Charlie se retourna.

Il écarta doucement mais fermement les bras de Sarah et plongea son regard dans le sien.

— Sarah... étais-tu réellement paralysée à cette époque ? demanda-t-il d'une voix presque inaudible, tremblante d'un doute qu'il avait enfoui au plus profond de lui durant cinq longues années.

Le visage de Sarah devint livide.

— C-Charlie... Qu'est-ce que tu racontes ? Tu... tu doutes de moi ?

— Rentre chez toi.

Cette fois, son ton ne souffrait aucune contestation.

La simple présence de Sarah lui donnait soudain la nausée.

Le lendemain matin.

La salle principale du conseil d'administration de Vane Corp baignait dans une tension étouffante.

Tous les membres du conseil étaient assis autour de la longue table, le front couvert de sueur froide.

À son extrémité, le siège réservé à la PDG d'Aethel Corp était encore vide.

À neuf heures précises, les portes s'ouvrirent.

Elena entra, vêtue d'un tailleur ivoire parfaitement coupé.

Sa démarche était assurée, imposante.

Derrière elle, Aria portait une pile de dossiers noirs.

Charlie se redressa immédiatement.

Ses yeux restèrent rivés sur le visage d'Elena.

De profonds cernes marquaient son regard, preuve qu'il n'avait pas fermé l'œil de toute la nuit.

Sans même lui accorder un regard, Elena prit place et s'adressa directement aux membres du conseil.

— Commençons.

— Madame Elena..., toussota l'un des directeurs les plus anciens. Au sujet de l'annulation unilatérale de notre partenariat logistique hier...

— Je ne suis pas venue pour négocier un contrat logistique, l'interrompit-elle avec froideur.

Elle claqua légèrement des doigts.

Aria distribua aussitôt de nouveaux dossiers à chacun des participants, y compris à Charlie.

— Je suis ici pour exercer mes droits en tant que nouvelle actionnaire majoritaire de votre filiale.

Charlie ouvrit le document.

À mesure que ses yeux parcouraient les chiffres, son visage se décomposa.

Aethel Corp avait secrètement racheté l'intégralité des obligations de Vane Logistique auprès d'une banque étrangère.

— Tu... Tu veux détruire mon entreprise ? demanda Charlie d'une voix rauque, rompant le silence.

Pour la première fois depuis son arrivée, Elena leva les yeux vers lui.

Son regard ne contenait aucune haine.

Seulement un vide si profond qu'il était plus douloureux encore que la colère.

— Ce n'est que du commerce, Monsieur Vane, répondit-elle avec calme. Les faibles disparaissent toujours. C'est vous qui m'avez enseigné cette leçon il y a cinq ans.

Une douleur aiguë traversa la poitrine de Charlie.

Il se revit réduire volontairement l'argent de poche d'Elena ou la laisser mourir de faim dans le manoir pour la punir de la moindre erreur.

Aujourd'hui, ces mêmes paroles revenaient le frapper de plein fouet.

— La réunion est terminée. Monsieur Vane, j'ai besoin de votre signature pour le transfert de ces actifs. Immédiatement.

Elena se leva.

Pris de panique, les membres du conseil quittèrent rapidement la salle, laissant Charlie seul avec elle.

Charlie se leva à son tour.

Il s'approcha jusqu'à ce que quelques centimètres seulement les séparent.

Le délicat parfum de rose qu'Elena portait désormais remplaçait le parfum bon marché au jasmin qu'elle utilisait lorsqu'elle était encore son épouse.

— Elena... Je t'en supplie... Cet enfant..., souffla Charlie en s'agrippant au bord de la table pour s'empêcher de la toucher. C'est mon fils, n'est-ce pas ? Pourquoi me punis-tu en me le cachant ?

Elena rajusta tranquillement la veste immaculée de son tailleur avant de relever la tête.

Un sourire presque imperceptible effleura ses lèvres.

— Il n'est pas ton fils, Charlie, murmura-t-elle d'une voix douce mais tranchante. L'enfant que tu traitais d'assassin est mort sous la pluie il y a cinq ans. Le petit garçon que tu as vu hier s'appelle Leo. Il n'a qu'une mère.

— Je suis son père ! Tu ne peux pas effacer mon sang qui coule dans ses veines ! s'écria Charlie, les yeux rougis.

Elena fit encore un pas vers lui.

Charlie en resta figé.

Elle se pencha légèrement et murmura tout près de son visage :

— Alors... où était ce père lorsque je pleurais des larmes de sang sur le sol de ta chambre, Charlie ? Où était-il lorsque ta chère petite sœur a tenté de tuer mon bébé ?

Ses mots s'arrêtèrent là.

Avant même que Charlie puisse répondre, Elena lui tourna le dos et quitta la salle.

Elle le laissa seul, prisonnier d'un tourbillon de panique et de regrets qui commençait lentement à consumer jusqu'à sa raison.

Continue to read this book for free
Scan code to download App

Latest chapter

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 97.

    Deux semaines s’écoulèrent dans un calme relativement fragile. Aujourd’hui, le séjour d’Elena à l’hôpital international touchait officiellement à sa fin. L’équipe médicale chargée de son rétablissement avait donné son feu vert à la dirigeante d’Aethel Corp pour regagner son domicile. Bien que ses souvenirs à long terme soient toujours inexistants, son état physique et la stabilité de son système nerveux avaient connu des progrès considérables.Elena poussa un soupir de soulagement en sortant du hall de l’hôpital. Une immense joie envahit le fond de son cœur à la pensée qu’elle pourrait enfin serrer Leo dans ses bras à la maison.Quant à ses soupçons concernant l’identité de Charlie, qu’elle avait entendus par hasard deux semaines plus tôt, Elena choisit de les garder précieusement pour elle pour le moment. Elle avait l’intention d’enquêter elle-même sur la vérité sans éveiller les soupçons de qui que ce soit.Aria conduisit la berline noire qui transportait Elena à travers les rues de

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 96.

    Les deux paires d’yeux restèrent rivées l’une à l’autre dans un tourbillon de silence qui semblait devenir de plus en plus étouffant. La distance entre eux avait complètement disparu. Le souffle de Charlie parvenait même à traverser le tissu fin de la robe de malade portée par Elena, provoquant une vibration subtile et étrangère le long des nerfs de la jeune femme. Pendant ce temps, le cœur de Charlie résonnait violemment dans sa poitrine, battant à un rythme effréné qu’il n’était désormais plus capable de dissimuler.Charlie fut le premier à sortir du charme qui avait failli lui faire perdre tout contrôle de sa conscience. Avec le peu de maîtrise de lui-même qui lui restait, il desserra lentement son étreinte, puis soutint les deux bras d’Elena afin de l’empêcher de perdre l’équilibre.« Madame Elena… Vous allez bien ? » demanda Charlie. Sa voix était rauque et grave.Elena sursauta. La chaleur qui embrasa soudain ses deux joues la poussa à se redresser précipitamment. Elle retira se

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 95.

    Charlie poussa doucement un soupir, s’efforçant de calmer le tumulte des émotions qui lui brûlait la poitrine. Il tira la chaise placée à côté du brancard, puis s’assit après avoir pris une profonde inspiration. Son regard se posa sur le visage pâle d’Elena, laissant transparaître à la fois une profonde compassion et un désir ardent de la retrouver.« William Vanguard est votre partenaire commercial, Madame », expliqua calmement Charlie, veillant à conserver une intonation professionnelle. « Il est le PDG du Vanguard Group. »Elena hocha lentement la tête. Cependant, le léger pli qui apparut sur son front témoignait de son insatisfaction face à une réponse qu’elle jugeait trop générale.« Et alors... quelle est la nature de notre relation personnelle ? » insista Elena en fixant Charlie droit dans les yeux. « Je veux dire... notre relation plus précisément, Charlie. »« Il n’y en a aucune », répondit Charlie sans la moindre hésitation.Il était contraint de tisser un mensonge afin de p

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 94.

    La porte de la chambre VIP de William était hermétiquement fermée, isolant du monde extérieur la conversation secrète entre les deux descendants du clan Vanguard.Stevani croisa élégamment les jambes sur le canapé en cuir, son regard perçant fixé sur William, qui était toujours assis, raide, dans son fauteuil roulant.« Tu vas être surpris en apprenant cette nouvelle, William », déclara Stevani. Sa voix était calme, mais une pointe de surprise qu’elle s’efforçait délibérément de dissimuler y transparaissait.« Quelle nouvelle ? » demanda William avec impatience. Son front se plissa profondément, trahissant une curiosité qui commençait à se mêler à l’inquiétude.« Charlie Vane… cet homme qui occupe ton esprit depuis quelque temps est l’ex-mari d’Elena. La femme dont tu t’acharnes à conquérir l’amour. »Le silence envahit instantanément la luxueuse chambre.Les yeux de William s’écarquillèrent. Il lui fallut plusieurs secondes pour assimiler le fait que sa cousine venait de lui révéler

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 93.

    Le doux parfum caractéristique d’un bébé, imprégné sur le corps de Leo, flottait délicatement dans l’air. Même si la moitié des souvenirs de son esprit avaient été totalement effacés à la suite de sa grave blessure à la tête, l’instinct profond d’une mère ne pouvait jamais être trompé.Elena esquissa un sourire empreint d’une émotion et d’une sincérité infinies. À plusieurs reprises, elle embrassa le sommet de la tête de Leo, puis serra encore plus fort ce petit corps contre elle, dans la chaleur de son étreinte.« J’ai l’impression d’être née une seconde fois », murmura doucement Elena. Son regard se leva vers le plafond de la chambre VIP, tandis que ses yeux limpides brillaient d’une émotion profonde. « Je ne sais pas si ma vie passée était sombre ou magnifique. Mais une chose est certaine… je suis infiniment reconnaissante d’avoir un enfant comme toi, Leo. »Leo, assis sur ses genoux, leva les yeux vers elle. Ses deux yeux limpides fixèrent sa mère avec une innocence dénuée de tout

  • Son Plus Grand Regret, C'était Moi   Chapitre 92.

    Charlie tira une chaise face à Stevani, puis s’assit bien droit derrière la petite table ronde en acajou. L’homme ne toucha même pas la tasse de boisson posée devant lui. Il dirigea immédiatement son regard perçant vers Stevani, sans la moindre formalité.« Dites-moi ce que vous voulez ? » lança Charlie. Le ton de sa voix était froid, chargé d’une menace qu’il retenait de toutes ses forces.Stevani esquissa un léger sourire. Elle sirota le café qu’elle tenait entre ses mains avec une élégance qui semblait délibérément destinée à mettre à l’épreuve la patience de l’homme assis en face d’elle. Son joli visage affichait une profonde satisfaction, comme si, à présent, elle était celle qui détenait entièrement le contrôle de cette partie.« Détendez-vous d’abord, Monsieur Vane. Ne soyez pas si pressé », répondit Stevani d’un ton subtilement moqueur.« J’ai beaucoup d’autres affaires bien plus importantes à régler, Mademoiselle Stevani », l’interrompit froidement Charlie. Il n’avait absolum

More Chapters
Explore and read good novels for free
Free access to a vast number of good novels on GoodNovel app. Download the books you like and read anywhere & anytime.
Read books for free on the app
SCAN CODE TO READ ON APP
DMCA.com Protection Status