MasukLe point positif d’avoir un chauffeur privé, c’est qu’on ne se demandait jamais si c’était le verre de trop.
Comme à son habitude, Connie avait laissé la femme au foyer au placard ce soir-là. Elle était ravissante dans une petite robe verte qui rappelait la couleur de ses yeux et contrastait parfaitement avec ses cheveux cuivrés. Quant à moi, je portais quelque chose de plus… moi. Une robe noire Cavalli et une paire de Louboutin, avec la pochette assortie. « J’ai appelé pour prévenir de notre arrivée. Hors de question que je me mêle à la populace de bas étage. » Connie leva les yeux au ciel, mais je m’en fichais. Si elle voulait m’entraîner dans ce genre d’endroit qu’elle qualifiait de branché, c’était la seule condition. J’avais réservé l’endroit le plus à l’abri possible de la classe moyenne, m’assurant de ne pas être importunée. Le club était déjà bondé lorsque nous arrivâmes, et deux gros malabars nous escortèrent aussitôt jusqu’à notre table. L’endroit n’était pas vraiment luxueux. Bien loin des lieux que je fréquentais habituellement. « Où est-ce que tu m’as traînée, Connie ? » demandai-je, agacée. « Oh, ne fais pas ta mijorée. C’est une soirée spéciale ! J’avais envie de voir ça de mes propres yeux », répondit-elle, visiblement surexcitée. Je fis un signe de la main à l’un des serveurs, un petit Barman en costume noir bon marché qui accourut immédiatement. « Madame Burrows », balbutia-t-il. « C’est un plaisir de vous accueillir dans notre établissement. Que puis-je faire pour vous ? » Des courbettes. Toujours des courbettes. « Votre meilleur champagne. Si tant est que vous en ayez un de collection ici. » Connie me donna un léger coup de coude, m’invitant à me détendre un peu. Mais manifestement, je ne me sentais pas à ma place. Il hocha la tête et s’exécuta sans discuter. Le champagne arriva peu de temps après. Et contre toute attente, il n’était pas si mauvais. En trinquant avec Connie, je balayai la salle du regard. Je n’y avais pas prêté attention jusque-là, mais un détail me frappa soudain. Il n’y avait que des femmes. Pas un seul homme à l’horizon. « Ça va commencer ! » hurla-t-elle, excitée. Je fronçai les sourcils. Qu’est-ce qui allait commencer ? C’était quoi, ce délire ? Les lumières s’éteignirent brusquement, arrachant un cri collectif à la salle. Dans quoi j’avais accepté de m’embarquer. Un battement sourd emplit l’espace. La musique monta lentement, vibrante, faisant trembler les verres sur notre table. Je me redressai malgré moi en croisant les jambes. Un projecteur s’alluma. Puis un autre. Les silhouettes masculines apparurent sur scène, découpées par la lumière, révélant peu à peu des corps sculptés, maîtrisés, presque irréels. Les cris redoublèrent autour de nous. Connie, elle, avait déjà perdu toute retenue et tapait dans ses mains avant de mimer d’un geste de la main qu’il faisait chaud tout d’un coup. « Oh mon Dieu… Kate. Kate, regarde celui-là ! » Je suivis son regard sans grande conviction… et m’arrêtai net. D’accord. Je comprenais l’enthousiasme, effectivement. L’homme était grand, épaules larges, sourire insolent, le genre parfaitement conscient de son effet. Il bougeait avec une assurance provocante, ses gestes précis, calculés. Et surtout il me regardait. Pas Connie. Moi. Je détournai les yeux, agacée. « Il joue un rôle », marmonnai-je. « C’est littéralement son travail. » « Ne sois pas rabat-joie », répliqua Connie en m’attrapant le bras. « Il te mate clairement. » Je pris une gorgée de champagne, tentant d’ignorer la chaleur qui montait doucement sous ma peau.LUXEN CORE était déjà bien réveillé quand je franchis les portes. Le hall était toujours impeccable et chacun était à son poste.Sheila se plaça immédiatement à ma gauche.« Réunion stratégique à neuf heures. BlackCrown a demandé un ajustement budgétaire. Et la presse souhaite confirmer votre présence au gala Athena. »« Qu’ils confirment. »« Bien. »Je retirai mon manteau en entrant dans mon bureau.« Calvin est arrivé ? »« Depuis huit heures. »Évidemment.Je déposai mon sac, consultai brièvement mon agenda, puis me dirigeai vers son bureau.La porte était entrouverte.Il était penché sur son écran, chemise blanche impeccable, lunettes en place. Concentré.Je frappai légèrement et il releva la tête immédiatement.« Bonjour, Madame Burrows. »Je restai dans l’encadrement une seconde de plus que nécessaire.« Nous allons avoir une semaine chargée. Je veux que tout soit verrouillé avant jeudi. Veillez à ce qu’il n’y ait aucun imprévu. »« C’est déjà en cours. »Bien sûr que ça l’étai
Le dimanche qui suivit s’écoula avec une simplicité presque déroutante.Doug emmena Liam visiter l’appartement en début d’après-midi. J’en profitai pour ranger quelques papiers, déplacer deux ou trois objets sans réelle nécessité. Je crois que j’avais besoin d’occuper mes mains. Le silence de la maison n’avait rien d’oppressant cette fois. Il était… neuf.Quand ils revinrent, Liam débordait d’énergie.« Il y a un balcon ! Et je pourrai voir le parc ! »Doug me lança un regard en coin. Il avait choisi un endroit intelligent, pratique et stable.Je hochai la tête, sincèrement soulagée.« C’est une bonne nouvelle. »Nous avons parlé organisation autour de la table du salon, presque comme une réunion d’entreprise : calendriers ouverts, semaines paires, semaines impaires. Susan resterait principalement ici. Doug engagerait quelqu’un pour les jours où Liam serait chez lui. Tout était méthodiquement clair.Et pourtant, sous cette structure, je sentais autre chose. Une forme de respect retrou
___________________________________De : Calvin HayasÀ : Kate BurrowsObjet : Athena InitiativeLa fondation Athena Initiative attend votre confirmation pour le gala de jeudi prochain.Ils souhaitent également savoir si vous serez accompagnée.C.H.___________________________________Je restai immobile une seconde. Je crois l’avoir relu à plusieurs reprises, d’ailleurs.Athena Initiative.Leadership féminin. Mentorat du financement de bourses pour des jeunes femmes en écoles de commerce, pour lesquelles je fais de généreuses donations chaque année. J’en suis l’invitée d’honneur depuis sa création. Évidemment que j’y allais. J’y avais toujours été avec Doug.Ce serait une première cette année. Quoique. Calvin avait toutes les compétences pour ce type d’événement et je n’aurais aucune honte à l’avoir à mon bras.Je me penchai en arrière dans mon fauteuil en réfléchissant à la réponse que j’allais rédiger.___________________________________De : Kate BurrowsÀ : Calvin HayasObjet : R
Point de vue de Kate La lumière du samedi matin entrait doucement dans la cuisine. Elle n’était ni nerveuse ni chargée comme les matins de semaine.J’enfilai un peignoir, glissai une pince dans mes cheveux et descendis les escaliers. Doug était déjà là, appuyé contre le plan de travail, une tasse de café à la main. Liam, lui, était installé à table, concentré sur son bol.Malgré ce que nous nous apprêtions à lui dire, l’image qui se dressait devant moi me remplit de fierté. Doug leva les yeux vers moi et son regard était rempli de compassion et de soutien.Je déposai un baiser sur les cheveux de Liam.« Bien dormi ? »« Oui. Mais papa a encore brûlé les pancakes. »Je laissai échapper un petit rire et Doug soupira théâtralement. Je pris place en face de mon fils puis posai mes mains à plat sur la table pour qu’elles cessent de trembler. Doug posa sa tasse et prit les devants. À ce moment précis, je le remerciais intérieurement.« Liam… on a quelque chose à te dire. »Il nous regarda
Point de vue de Calvin Les bureaux se vidaient lentement et à dix-neuf heures passées, l’étage était presque silencieux. Les néons des open spaces s’éteignaient les uns après les autres et les lumières de la nuit se reflétaient dans les vitres.Je savais pourtant qu’elle était encore là.Quand je sortis enfin de mon bureau avec ma veste sous le bras, elle refermait le sien. Nous échangeâmes un regard bref, professionnel. Trop professionnel.Nous étions toujours les derniers à partir.L’ascenseur arriva dans un léger ding métallique. Elle entra la première. Je la suivis.Les portes se refermèrent et le silence s’imposa de lui-même. Pendant les réunions, on avait tant à se dire. Mais en dehors, on était incapables de s’adresser un mot.L’espace devenait trop étroit. L’air trop dense.Elle fixait les numéros lumineux au-dessus de la porte et moi, je fixais son profil. Sa nuque.Une mèche parfaitement alignée contre sa peau. Sa respiration était plus rapide que d’habitude. Elle aussi, el
Je restai debout quelques secondes après son départ.Le silence dans mon bureau était devenu presque trop net. Comme si rien d’étrange ne venait de se produire.Je retournai derrière mon bureau, m’assis, posai les mains à plat sur le bois.Respire, Kate.Mon regard tomba sur ma main gauche. Mon alliance. Une fine bague en platine sertie d’un diamant de quatre carats. Élégante et parfaitement à sa place depuis des années.Je la fis tourner une fois autour de mon doigt, deux fois. Puis je l’enlevai. Le geste fut plus simple que prévu.Je la posai dans le tiroir du haut. Celui où je range les choses temporaires. Puis je le refermai doucement.La matinée reprit son cours comme si ma vie personnelle n’était pas en train d’imploser de l’intérieur.Appel du cabinet juridique. Je parvins à garder un ton posé et à prendre des décisions claires. Mon avocate fut surprise que je cède autant à Doug. Mais c’est le père de mon fils.Liam a toujours eu l’habitude d’un certain mode de vie, je ne voula







