MasukSur scène, l’homme s’approcha du bord, captant l’attention générale. Il lança un clin d’œil exagéré à une autre table, déclenchant des rires hystériques, puis, sans prévenir, son regard revint vers moi.
Insistant et plus qu’assumé. Il avait du cran. Un sourire étira ses lèvres. Je levai un sourcil, presque défiante. Chéri, toi et moi, on ne joue clairement pas dans la même cour. « Il est canon, avoue », insista Connie. Je soupirai. « D’accord. Il est… esthétiquement agréable. » Elle éclata de rire. « Esthétiquement agréable ? Sérieusement ? La dernière fois que t’as baisé, c’était quand ? » Je lui lançai un regard noir avant de me repencher sur les corps tout droit sortis d’une revue pour adultes. Le spectacle continua, les danseurs se synchronisaient, chacun avec son style. Certains jouaient la provocation à outrance, d’autres préféraient la suggestion. Je me surpris à comparer, à observer, à apprécier la chorégraphie, la maîtrise, la confiance. Ce n’était pas si vulgaire, finalement. Pensai-je. C’était… grisant. « Des shots ! » cria soudain Connie en levant la main. Avant même que je puisse protester, une serveuse déposa une rangée de verres devant nous. « Connie… » « Allez, juste un », coupa-t-elle. « Tu ne peux pas analyser la soirée comme un rapport annuel. » Je pris le verre entre mes doigts, observant le liquide transparent. « À quoi on trinque ? » demandai-je. Elle me sourit, malicieusement. « À la femme que tu étais avant que le monde te tombe sur les épaules. » Je roulai des yeux… puis levai mon verre. « À nos années à l’université ! » ria-t-elle. « À la mauvaise influence. » La tequila brûla ma gorge, m’arrachant une grimace que Connie accompagna d’un rire sonore. « Voilà ! » s’exclama-t-elle. « Elle est vivante ! » La musique s’intensifia. Les lumières pulsaient désormais au rythme des basses. Autour de nous, les femmes se levaient, applaudissaient, criaient des encouragements sans la moindre honte. Je sentais la tension se relâcher. Mes épaules s’abaissaient. Mon esprit ralentissait. Connie avait réussi à me sortir, au moins un peu, de ma routine. Sur scène, le même danseur s’approcha à nouveau du bord. Cette fois, il tendit la main vers une femme au premier rang… puis, au dernier moment, la retira et fit signe du doigt dans ma direction. Je restai immobile. Connie me donna un coup de coude brutal. « Kate, vas-y ! » Je secouai la tête, amusée malgré moi. « Absolument pas. » Il rit, haussa les épaules, puis s’éloigna en adressant un salut théâtral à la foule. Et pourtant… je souriais. L’alcool, probablement. Je me surpris à battre la mesure du pied. À rire plus facilement et à me pencher vers Connie pour commenter le spectacle. « Celui-là se prend beaucoup trop au sérieux. » « Mais regarde les abdos, tu lui pardonnes tout », répondit-elle sans détour. Je levai les yeux au ciel… mais sans nier. Je n’avais pas vu autant de corps nus depuis… depuis l’université. Quand la deuxième tournée de shots arriva, je ne protestai même plus. La soirée m’emportait enfin. Je n’étais plus Kate Burrows, PDG, ni une épouse ni une mère. Seulement une femme, assise dans un club bruyant, entourée de rires, de musique, de corps en mouvement… et étonnamment légère. Effectivement, je n’avais pas baisé depuis des lustres, pensai-je.Point de vue de Calvin Sheila avait débarqué dans mon bureau sans frapper, presque essoufflée. Je m’étais redressé d’un coup et j’avais comme un mauvais pressentiment.Quand elle m’expliqua, je n’avais pas hésité une seconde. Elle n’avait même pas fini sa phrase que je me levais déjà.« L’adresse est dans votre mail, Monsieur Hayas. Daryl vous attend en bas. »Évidemment qu’il m’attendait.Je récupérai ma veste, mon téléphone, et traversai l’open space sous quelques regards curieux. Je les ignorais.Kate pouvait me mettre en colère. Elle pouvait me laisser seul sous des flashs. Mais son fils n’y était pour rien. En bas, la voiture noire était déjà là. Daryl descendit immédiatement pour m’ouvrir la portière arrière.« Monsieur Hayas. »Sa voix était calme, respectueuse. Aucune trace de curiosité dans le regard. Je hochai la tête. « Merci. »La voiture démarra dans un silence feutré. Je regardais la ville défiler derrière la vitre teintée.Elle m’avait laissé sur ce trottoir. Et pourt
Point de vue de Kate Je n’avais pratiquement pas fermé l’œil de la nuit. Pas seulement à cause de la presse ou du comité, mais à cause de lui. Il n’avait jamais été aussi distant.Un rapide coup d’œil à mon réveil. Bien trop tôt pour se lever. Mais je n’arriverai pas à me rendormir. Je m’assis au bord du lit. Tant pis. J’irai plus tôt au bureau. En bas, Susan était déjà dans la cuisine. Elle fut surprise de me voir.« Bonjour Madame Burrows, vous êtes bien matinale. Le petit-déjeuner sera prêt dans vingt minutes. »« Insomnie. Ne vous inquiétez pas, faites comme d’habitude. Je vais prendre une douche. »Sous l’eau, les pensées partaient dans tous les sens. Peut-être que nous pourrons parler ce soir. Liam ne rentre que samedi de chez son père, ce qui me laisse une soirée avec Calvin. Il pourrait peut-être venir ici. Pour changer.Aujourd’hui, j’avais décidé de porter la robe que je portais la première fois où on s’est vus au club. À l’époque où il enfilait le costume de Dean. Et mes L
Point de vue de CalvinQuand les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur le hall de LUXEN CORE, j’avais l’impression que ma cravate m’empêchait de respirer.Je traversai le hall à grandes enjambées. L’air frais me gifla presque immédiatement. Je desserrai ma cravate et marchai quelques minutes avant de rejoindre ma voiture. En m’installant au volant, tout me retomba dessus.« Putain. »Je frappai le volant du plat de la main.Elle m’a laissé planté sur le trottoir comme un con. Juste après qu’on se soit dit qu’on gérerait ça ensemble. Juste après qu’on ait décidé qu’on ne fuirait pas. Et elle avait fui.Je restai immobile quelques secondes, les mains crispées sur le cuir. À quoi je pensais en m’engageant là-dedans ?Ce poste, c’était une stratégie. Une sortie. Une façon d’assurer à ma mère un peu de stabilité. Et j’étais en train de tout risquer, pour quoi ?Pour finir seul sous des flashs pendant qu’elle disparaît dans une voiture avec chauffeur.Cette femme peut avoir n’importe qui. P
Le lendemain, en montant dans la voiture, j’avais la boule au ventre. Le silence médiatique était presque plus inquiétant que les flashs de la veille mais je savais que ce n’était qu’une question de temps. Comme une vague retenue trop longtemps, prête à rompre sans prévenir.Daryl déclara en me jetant un regard compatissant dans le rétroviseur.« J’ai appelé mon contact dans la presse. Il va bloquer les articles le temps que vous trouviez une solution. Rien ne devrait filtrer pour le moment. »Je le remerciai d’un signe de tête et d’un sourire qui n’arriva pas jusqu’à mes yeux. Putain de paparazzi, putain de comité. Putain de timing surtout.À LUXEN CORE, l’air semblait plus léger. Ou peut-être étais-je simplement plus lourde. Comme si chaque regard pouvait devenir une question silencieuse. Calvin était déjà arrivé quand je franchis les portes vitrées. Il discutait avec Sheila, dossier sous le bras, posture impeccable. Il s’interrompit à peine quand je passai à leur hauteur.« Madame
Je soupirai doucement. Sa question me prit de court. Nous n’avions jamais parlé de ce que nous étions l’un pour l’autre. Jamais vraiment.« C’est une très bonne question », répondis-je en faisant tourner mon verre entre mes doigts.« Puisque nous n’avons jamais abordé le sujet. »Il pencha la tête, presque amusé.« Le sujet ? »Je le fixai sans sourire. « Tu vois exactement où je veux en venir, Calvin. Cesse de faire l’idiot. » Un sourire passa sur ses lèvres.« L’idiot ? » Il se pencha légèrement vers moi « J’aimerais que tu précises. » Je croisai les bras, plus par réflexe que par froideur, il évitait la question.« Qu’est-ce qu’on est exactement ? »Le serveur déposa les assiettes. Nous nous écartâmes légèrement pour lui laisser de l’espace. Dès qu’il s’éloigna, le silence revint, plus dense cette fois.« Tu veux une définition ? » demanda-t-il.« Peut-être que j’aimerais savoir ce que je risque. »Il me regarda longtemps, sans détourner les yeux.« Tu me risques, moi, pour commenc
____________________Mail interne – Service IT.Audit trimestriel des correspondances – procédure standard de conformité.____________________Standard mon cul, ouais !Je relus le message une seconde fois. Puis une troisième. L’audit nous permettra d’y voir plus clair.Je pris mon téléphone.« Mark ? »Sa voix fatiguée répondit après deux sonneries.« Madame Burrows. »« Les audits trimestriels des correspondances… sont déclenchés comment ? » Il y eut un court silence au bout du fil.« En théorie, aléatoires. Pourquoi ? »« En théorie ? » Il hésita un instant avant de reprendre : « Ils peuvent être initiés à la demande du comité en cas de… vigilance accrue. »Je souris légèrement. Quels bande de vautours.« Merci, Mark. » Je raccrochai sans ajouter un mot.Très bien. Ils cherchaient. J’avais raison.Je restai quelques secondes immobile dans mon fauteuil, puis j’appuyai sur l’interphone.« Monsieur Hayas, pourriez-vous passer à mon bureau, s’il vous plaît ? » Sa réponse fut immédiate.
Point de vue de Calvin Les bureaux se vidaient lentement et à dix-neuf heures passées, l’étage était presque silencieux. Les néons des open spaces s’éteignaient les uns après les autres et les lumières de la nuit se reflétaient dans les vitres.Je savais pourtant qu’elle était encore là.Quand je
Je restai debout quelques secondes après son départ.Le silence dans mon bureau était devenu presque trop net. Comme si rien d’étrange ne venait de se produire.Je retournai derrière mon bureau, m’assis, posai les mains à plat sur le bois.Respire, Kate.Mon regard tomba sur ma main gauche. Mon all
Le lendemain matin, en passant les portes de LUXEN CORE, j’étais étrangement de bonne humeur.Sheila, comme à son habitude, me détaillait les rendez-vous de la journée.J’aperçus Calvin dans son bureau. Chemise claire. Pantalon marine. Je passai rapidement la tête par la porte.« Dans mon bureau da
Le silence s’étira encore quelques secondes.Je soutins son regard une dernière fois, puis je me redressai lentement. Le drap glissa le long de ma peau. Je me levai sans précipitation.« C’était… agréable », dis-je. Le mot était volontairement banal.« Agréable ? »Il m’agrippa par le bras avant de







