LOGINStacy prit rapidement un taxi pour rentrer chez elle. Elle s'assit à l'arrière.
Sa mâchoire se crispa tandis qu'elle fixait le message sur l'écran lumineux de son téléphone. Ses mains tremblaient. Tout semblait normal dans la ville tandis qu'elle regardait par la fenêtre.
Elle ne pouvait s'empêcher de repenser aux derniers mots de Gerard : « Et peut-être toi aussi. »
Au même instant, elle relut le message toujours ouvert sur son écran : « Tu ne sais pas dans quoi tu t'es embarquée. » Elle ne pouvait détacher son regard.
« Qui est-ce ? Comment connaît-il ou elle ma position et ma situation à ce moment précis… ? » se demandait-elle sans cesse.
Elle continuait de regarder la ville par la fenêtre. Perdue dans ses pensées. Son téléphone, écran vers le bas, était posé sur le siège à côté d'elle.
Elle ne répondit pas. Ne supprima pas le message. Elle le laissa tel quel.
Elle arriva chez elle. Elle prit un bain chaud. S'habilla et alla se préparer une tasse de thé. Elle se tenait devant l'évier de la cuisine, sa tasse de thé intacte, enveloppée par le silence de son appartement.
« Deux choses se sont produites aujourd'hui. Un homme que je déteste serait mon mari. Et quelqu'un que je ne connais même pas épie déjà ma vie en secret », pensa-t-elle.
Elle se dirigea lentement vers sa chambre et prit son ordinateur portable, un carnet et un stylo.
Elle fit des recherches sur Crestline Holdings. Puis Vantex. Puis acquisition hostile. Puis mouvements d'actions. Elle lisait attentivement ce qu'elle ne comprenait pas et prenait des notes dans la marge de son carnet de travail. Afin de ne pas se perdre dans tout cela et de mieux comprendre ce qui se passait autour d'elle.
Elle songea à faire des recherches sur Gerard Blackwood. Mais elle ferma son ordinateur portable et se ravisa. Elle s'allongea sur son lit, fixant le plafond.
Elle resta ainsi quelques secondes. Puis elle se réveilla. Elle ouvrit son ordinateur portable et fit une recherche.
Gerard Blackwood.
Une photo. À Londres. Vêtue d'un tailleur élégant et le visage impassible, elle se tient devant un immeuble luxueux.
Elle le fixe quelques secondes, immobile. Puis elle ferme son ordinateur portable et retourne se coucher. Son téléphone, face cachée, repose sur sa table de chevet, dans l'obscurité.
À la même heure, Gerard se trouve dans le hall de son bureau. Un verre à la main, il observe l'animation de la ville depuis la fenêtre. Il pense. À Daniella. À un accord forcé. Aux dernières volontés de son père malade.
Soudain, son téléphone sonne.
C'est Noah Price.
« Vantex a contacté le groupe Hartley ce matin », annonce Noah. « Une offre formelle. Des conditions plus avantageuses que le contrat actuel de Crestline. Hartley étudie la proposition. »
Le groupe Hartley. Quinze ans. Le compte de son père, tenu personnellement.
« Le calendrier », dit Gerard.
« Si Hartley se retire, deux semaines plus tard, trois autres suivront. Après cela, le conseil d'administration se divise et nous savons tous les deux ce que cela signifie. »
Gérard pose son verre.
« Trouve-moi tout sur Stacy Mills. »
« La fiancée ? »
« L'inconnue », répond Gérard d'un ton neutre. « Je dois savoir exactement à qui j'ai affaire. »
Il raccroche.
Puis il envoie un message à Eleanor.
« Les deux familles doivent être à mon bureau après-demain. En soirée. N'oublie pas. C'est non négociable. »
Il reste un long moment près de la fenêtre. Il repense à ses paroles, comme si un mur avait déjà été érigé entre eux.
Mais il décide de chasser cette pensée.
Ce même soir, Daniella est assise dans sa suite d'hôtel. Immobile. Calme. Parfaitement vêtue comme toujours. Son ordinateur portable est grand ouvert. Un verre de vin rouge à côté d'elle pour fêter quelque chose.
Deux messages. Tous deux envoyés et lus.
Toutes ces années passées avec Gérard Blackwood lui avaient appris beaucoup de choses. La méticulosité en faisait partie. Et la patience en était une autre.
Son téléphone sonne. Mais elle le laisse sonner un bon moment avant de décrocher. Imperturbable.
« Monsieur Cole. »
La voix d'Adrian Cole est sèche et posée. Comme celle de quelqu'un qui attend depuis si longtemps un accomplissement.
« Je crois que vous êtes toujours à New York. »
« Oui. »
« Gerard est au courant ? »
« Gerard pense que je suis restée pour lui. » Un silence. « Il n'a pas tout à fait tort. »
« Vous avez accès à tout. »
Ce n'était pas une question.
« J'ai tout. » Sa voix est parfaitement calme. « Quatre ans, c'est long pour connaître quelqu'un. Ses habitudes. Ses mots de passe. Ses points sensibles. La version de lui-même qui n'existe que lorsqu'il est seul. »
Un silence s'installe entre eux.
« Et la fille ? »
Daniella referme lentement son ordinateur portable. Le téléphone collé aux yeux.
« Elle est déjà en train de lire mes messages. » Elle lève son verre. « Elle a supprimé le premier. Mais elle l'a lu deux fois avant. »
« Vous en êtes certaine ? »
« J'ai construit le traceur moi-même. »
Adrian reste silencieux un instant. Puis…
« Que voulez-vous en échange, Mademoiselle Cross ? »
Daniella regarde son reflet dans la vitre sombre de l'autre côté de la pièce.
La femme qui la fixe est impassible. Impénétrable. Complètement déterminée.
« Je veux le voir se tenir au milieu des décombres de tout ce que son père a choisi à ma place », dit-elle doucement. « Et je veux qu'il sache que j'en ai tout construit. »
Un silence de trois secondes s'installe.
« Bienvenue à bord. »
Elle raccroche et pose son téléphone.
Elle regarde son téléphone. Hésite. Puis le reprend. Elle tape le deuxième message.
« Il enquête déjà sur vous. Croyiez-vous avoir le choix ? Vous n'avez jamais eu le choix. »
Elle l'envoie immédiatement au numéro de Stacy.
Elle pose son téléphone face contre table et finit son verre de vin.
Le matin est arrivé bien trop vite.
Stacy part travailler. Pour ses deux emplois, comme d'habitude. La tête baissée, les mains affairées, elle constate que les messages anonymes se sont multipliés pendant son service. Elle les lit en cachette, sous la table, hors de portée de son patron.
« Il parle de tout le monde comme d'une transaction. Tu ne feras pas exception. »
Elle les supprime sans cesse.
Le lendemain, toujours au travail, son père appelle quatre fois. Elle décroche au quatrième appel.
« Stacy… »
« Non », répond-elle.
Elle raccroche.
Le soir même, elle rentre chez elle et retrouve son ordinateur portable. Elle reprend ses recherches. Elle comprend mieux la situation qu'hier. Elle reconstitue le tableau petit à petit, et le résultat ne lui plaît pas.
Son téléphone vibre à onze heures.
Numéro inconnu.
« L’annonce du mariage sera publiée dans soixante-douze heures, que vous soyez d’accord ou non. C’est comme ça que fonctionnent les hommes comme lui. Ils ne demandent pas l’avis. Ils annoncent. Il vous détruira. »
Elle fixait l’écran. C’en était trop. Elle n’arrivait pas à dormir. Son cœur battait la chamade.
Le lendemain matin, la nouvelle tombe avant même qu’elle n’arrive au travail.
Vantex Corporation. Hartley Group. Offre de rachat formelle. Trois publications. Une chaîne de télévision. Le tout avant neuf heures.
Ses pieds tremblaient. Elle était glacée.
Ses yeux se sont creusés tandis qu’elle lisait l’annonce sur son téléphone dans le taxi.
Assise sur le perron de la boutique du tailleur, transie de froid, elle la relut trois fois.
« C’est vrai », murmura-t-elle.
Son téléphone vibra.
Numéro inconnu. Dernier message.
« Aujourd'hui, ils viennent chercher votre réponse. Quoi qu'ils vous proposent, souvenez-vous que vous n'êtes pas une solution pour eux. Vous êtes un sacrifice. Et une fois ce papier signé, il n'y a pas de retour en arrière. »
Eleanor appela trente secondes plus tard.
« Mademoiselle Mills. Ce soir. Les deux familles. L'adresse est sur votre téléphone. Rendez-vous au bureau. »
Stacy fixa le trottoir.
« Mademoiselle Mills ? »
« Je vous ai entendue. »
Elle raccrocha.
Elle resta assise un instant de plus dans le froid. Ses jambes tremblaient. Elle resta quelques secondes, puis se leva.
Elle prit son sac et entra pour terminer son service.
Ce soir-là.
Les familles Mills et Blackwood étaient réunies dans la même pièce pour la première fois.
Richard et Victor étaient assis l'un en face de l'autre, comme de vieux amis. Un poids ancien pesait entre eux, lié à l'accord qu'ils avaient conclu.
Gerard se tenait à la fenêtre.
De retour dans la pièce. Les mains dans les poches. La ville en contrebas était exactement comme toujours.
Stacy entra la dernière. Tous les regards se tournèrent vers elle tandis qu'elle s'asseyait. Précise et imperturbable.
Gérard se détourna de la fenêtre. Leurs regards se croisèrent aussitôt. Ils se fixèrent quelques secondes.
Richard fit glisser deux documents sur la table.
L'un vers Gérard.
L'autre vers Stacy.
Les deux noms étaient déjà imprimés. Sur la même page.
Gérard hésita, puis prit le document.
Stacy baissa les yeux sur le sien sans le toucher. Elle releva les yeux vers Gérard.
Il la regardait déjà. Tous les regards étaient braqués sur elle, y compris celui de son père.
Le mot « non » résonnait encore en elle. Elle le sentait.
Elle devait prendre une décision définitive sur-le-champ.
Gerard ne lui demanda pas d’entrer. Après le « chapitre cent sept », il s’était promis de ne plus jamais lui faire cette demande, attendant qu’elle prenne elle-même l’initiative.Elle appela à midi.« Je viens à Crestline », dit-elle, sans préambule. « Pas parce que tu me l’as demandé. Mais parce que je veux voir l’ensemble réuni dans une même pièce, tel que Noah va le présenter ; je ne veux plus en entendre parler par bribes, au bout du fil. »« Très bien », répondit Gerard.« Ça ne signifie pas que je reviens », précisa-t-elle. « Je tiens à ce que ce soit clair. »« Je sais », dit-il. « Je ne l’interprète pas comme ça. »À son arrivée, Noah avait élaboré une frise chronologique matérielle sur le mur du bureau de Gerard : des pages imprimées, de la ficelle, des dates… ce chaos analogique propre à un homme qui travaille plus efficacement en manipulant des objets concrets qu’en ayant un écran entre lui et les éléments de preuve.Stacy resta un long moment immobile devant le mur, avant
Noah travaillait toujours sur la piste liée à Thomas Cross quand quelque chose, de moindre envergure, attira son attention… une incohérence signalée par son système quelques heures plus tôt, sur laquelle il n’était pas revenu.Le manifeste de vol de Daniella Cross. Genève, six semaines plus tôt. Une confirmation que tout le monde avait prise pour argent comptant — Gerard, Victor, et même Noah lui-même —, car un numéro de confirmation de compagnie aérienne n’est généralement pas le genre de chose que l’on remet en question.Il consulta la liste réelle des passagers, et non la confirmation de réservation.Son nom figurait bien sur la réservation.Mais il n’apparaissait pas sur la liste des passagers ayant embarqué. Il vérifia deux fois. Il effectua des recoupements avec le système interne de la compagnie aérienne, grâce à un contact qui lui devait une faveur. Il obtint une troisième confirmation via les registres douaniers, côté Genève.Aucune trace de l’entrée de Daniella Cross en Suis
Noah a appelé à neuf heures, la voix plus assurée qu’elle ne l’avait été depuis des jours — avec cette clarté propre à celui qui a travaillé toute la nuit et qui en a tiré quelque chose de concret.Gerard a pris l’appel dans son bureau. À sa demande, il a intégré Stacy sur une ligne séparée… elle écouterait, lui avait-elle confié une heure plus tôt, mais elle ne viendrait pas à Crestline aujourd’hui. Pas encore.« Dis-nous tout, » dit Gerard. « Depuis le début. »« Les communications de Kessler ont été entièrement récupérées, » explique Noah. « Des messages chiffrés, acheminés via trois serveurs intermédiaires ; mais le chiffrement n’était pas aussi sophistiqué que ses concepteurs l’imaginaient. J’ai l’intégralité des échanges sur les quatre derniers mois. Des instructions. Des confirmations. Y compris pour la nuit de l’intrusion, avec un horodatage à la minute près. »« Et la société écran ? » demande Gerard.« Confirmé, » répond Noah. « Vantex a versé les fonds à Kessler par le biai
Il entra, et la première chose qui le frappa fut à quel point les lieux ne rappelaient en rien ce qu’il associait à elle.Rien de cette maîtrise de soi soignée, rien de cette prestance qu’elle affichait dans le monde des affaires. Un petit canapé, avec une couverture pliée sur l’accoudoir. Une unique lampe. La photographie de son père, posée contre le bureau, exactement là où elle l’avait laissée deux jours plus tôt. Une liste de ses vacations au restaurant, griffonnée sur un morceau de papier déchiré et fixée au réfrigérateur.L’endroit était plus exigu qu’il ne l’avait imaginé. Plus habité, aussi. D’une certaine manière, cela reflétait bien mieux sa personnalité que l’étage qu’il lui avait réservé chez lui ; cette prise de conscience lui noua la poitrine, avant même qu’il ne se soit assis.« Tu peux t’asseoir », dit-elle en désignant le canapé, d’un ton prudent, neutre. « Je ne vais pas rendre les choses plus difficiles qu’elles ne le sont déjà en te laissant debout dans ma cuisine.
Gerard se tenait dans la cuisine plongée dans l’obscurité, le téléphone plaqué contre l’oreille, attendant que Noah termine la phrase qu’il avait entamée.« Alors, qui était la cible ? » demande Gerard.« Il faut d’abord que tu comprennes une chose », répond Noah. « Ce n’est pas terminé. J’en ai reconstitué environ soixante pour cent. Mais ces soixante pour cent ne désignent pas Stacy. Ça n’a jamais été le cas. Je pense que les journaux d’accès qui l’incriminent ne sont qu’un effet secondaire… des dommages collatéraux, quelque chose que les gens de Daniella ont bricolé à la hâte pour brouiller la chronologie. La véritable architecture, en dessous, est plus ancienne. Plus lente. Conçue pour faire surface dans plusieurs mois, et non cette semaine. »« Noah. »« C’est ancré dans les documents fondateurs », explique Noah. « Les statuts originaux de Crestline. Ceux qui datent d’il y a vingt-six ans. »Gerard se figea.« Répète ça. »« Le second niveau n’a pas été conçu pour incriminer Stac
Il posa le document. Saisit son téléphone. N’appela personne. Se contenta de regarder l’écran de verrouillage… aucun message, rien n’avait changé depuis l’appel manqué de la veille… puis il posa l’appareil, écran contre la table, pour la première fois depuis son départ. Il ne parvenait tout simplement plus à faire la distinction entre l’espoir et l’auto-torture.Ce soir-là, il prit la route vers le domaine ; c’était, à ses yeux, le seul endroit susceptible d’offrir encore un semblant de stabilité.L’état de Richard s’était dégradé. Pas de manière spectaculaire — rien de soudain, rien qui justifiât un appel d’urgence — mais il s’agissait de ce déclin silencieux, propre à un homme dont la santé ne marque plus de pause, ne laissant plus à personne le temps de reprendre son souffle.Il pensa à Richard. Quoi qu’il arrive, le redressement ne se jouera pas dans une salle de conseil.Il pensa à Stacy, à quelques kilomètres de là, dans un appartement qu’il n’avait jamais vu, menant une existen
Un silence complet s'installa dans la pièce. Stacy sentait tous les regards posés sur elle sans lever les yeux. Elle se figea un instant. Son cœur rata un battement. Elle savait que la décision qu'elle prendrait à cet instant serait irrévocable.Richard se leva lentement et prit la parole.« Je tie
Elle se leva brusquement du canapé. Ses pieds tremblaient à peine et sa bouche était grande ouverte.« De quoi parles-tu, papa ? » lança-t-elle sèchement.Son père détourna le regard et hésita. Il resta muet. « Gerard Blackwood », finit-il par prononcer le nom.Elle le fixa, la bouche complètement
Vous êtes aveugle ? » Sa voix perça le bruit de la pluie, la fatigue la brûlant, provoquant un crissement assourdissant qui s'interrompit brusquement.La vitre passager était déjà à moitié baissée lorsqu'elle aperçut la silhouette d'une femme, immobile et impassible sur le siège à côté de lui. Elle
S’il vous plaît, n’appelez pas l’ambulance, je vais bien. » La voix de son père tremblait.Daniella marqua une pause.Sa bouche s’ouvrit. Elle le regarda un instant, le téléphone toujours à la main.« Monsieur, êtes-vous sûr que vous allez bien ? » Sa voix tremblait.« Oui. »Gérard resta figé un i







