LOGINLe lendemain, Éléna se réveilla avec une étrange sensation.
Elle avait dormi plusieurs heures, mais son esprit, lui, n'avait jamais vraiment cessé de fonctionner. Dès qu'elle ouvrit les yeux, elle pensa à Nathan. Elle détestait cette idée. Elle ne le connaissait pas. Elle ne savait rien de lui, si ce n'était son prénom et le fait qu'il l'avait observée depuis sa voiture. Pourtant, depuis leur échange de la veille, quelque chose avait changé. Une petite fissure était apparue dans le mur qu'elle avait construit autour d'elle. Et cette fissure lui faisait peur. Éléna se leva et enfila une tenue sombre. Avant de quitter sa chambre, elle regarda son téléphone. Aucun message. Elle ressentit un soulagement. Puis, presque immédiatement, une pointe de déception. Elle posa l'appareil sur la table. — C'est ridicule, murmura-t-elle. Elle descendit au rez-de-chaussée. Victor était déjà réveillé. Il était installé dans le salon, un journal posé devant lui. Éléna s'arrêta à l'entrée. — Bonjour. Il ne répondit pas immédiatement. Puis il replia lentement le journal. — Viens ici. Elle s'approcha. — Plus près. Elle obéit. Victor la regarda attentivement. — Tu as bien dormi ? — Oui. — Tu es sûre ? — Oui. Il se leva. Éléna recula d'un demi-pas. Son mouvement ne lui échappa pas. — Pourquoi tu recules ? — Je n'ai pas fait exprès. — Tu as peur de moi ? Elle resta silencieuse. Victor sourit légèrement. — C'est une question simple. — Non. Le mensonge sortit presque automatiquement. Il hocha la tête. — Bien. Il prit sa veste. — Je pars quelques heures. Éléna ne répondit pas. — Tu restes ici. — D'accord. — Et tu ne vas pas près du portail. — D'accord. — Tu ne téléphones à personne. Elle hocha la tête. Victor passa devant elle. Puis il s'arrêta. — Et Éléna ? Elle leva les yeux. — Oui ? — Je n'aime pas avoir à me répéter. La porte claqua. Éléna resta seule. Elle attendit plusieurs minutes avant de respirer normalement. Puis elle alla dans la cuisine. Elle avait envie de café. Mais elle n'arrivait pas à se concentrer. Depuis quelques jours, quelque chose lui échappait. Elle avait toujours vécu selon les mêmes règles. Ne pas sortir. Ne pas poser de questions. Ne pas provoquer Victor. Ne pas attirer l'attention. Ne pas espérer. Surtout ne pas espérer. Pourtant, depuis que Nathan avait croisé son regard, elle se surprenait à imaginer une autre vie. Une vie dans laquelle elle pourrait simplement ouvrir une porte et partir. Elle se servit un café. Son téléphone vibra. Éléna sursauta. Elle regarda l'écran. Un seul message. Nathan : Je vous avais promis de ne plus vous déranger. Je voulais simplement savoir si vous allez bien. Elle resta immobile. Elle aurait pu ne pas répondre. C'était probablement la meilleure chose à faire. Mais ses doigts bougèrent malgré elle. Éléna : Je vais bien. Elle posa immédiatement le téléphone. Une réponse arriva. Nathan : Tant mieux. Puis plus rien. Éléna attendit. Quelques secondes. Une minute. Elle finit par sourire malgré elle. Un sourire minuscule. Presque invisible. Mais un sourire quand même. Elle ne se souvenait plus de la dernière fois où cela lui était arrivé. Elle prit son téléphone. Éléna : Pourquoi êtes-vous revenu hier ? La réponse arriva après quelques secondes. Nathan : Je passais dans le quartier. Elle fronça les sourcils. Éléna : Vous habitez ici ? Nathan : Pas très loin. Elle hésita. Éléna : Vous connaissez Victor ? Cette fois, Nathan mit plus de temps à répondre. Éléna sentit son ventre se nouer. Finalement : Nathan : Oui. Elle sentit le sang quitter son visage. Elle posa le téléphone. Victor connaissait Nathan. Ou Nathan connaissait Victor. Cette information changeait tout. Elle reprit l'appareil. Éléna : Comment ? Aucune réponse. Une minute. Deux. Puis : Nathan : Ce n'est pas quelque chose que je veux vous expliquer par message. Éléna se leva brusquement. Elle ne savait plus quoi penser. Pourquoi ne lui avait-il pas dit ? Que voulait-il ? Était-il réellement venu pour elle ? Ou bien faisait-il partie du monde de Victor ? Elle effaça leur conversation. Encore. Puis elle monta dans sa chambre. Elle ferma la porte. Pour la première fois, elle regretta d'avoir répondu. À onze heures, une voiture s'arrêta devant la maison. Éléna regarda discrètement par la fenêtre. Ce n'était pas Victor. Un homme sortit du véhicule. Il portait un costume sombre. Il se dirigea vers l'entrée. Quelques secondes plus tard, la sonnette retentit. Éléna descendit. La gouvernante ouvrit. L'homme demanda : — Monsieur Victor est-il présent ? — Non. — Je dois lui remettre ceci. Il tendit une enveloppe. Éléna aperçut le nom inscrit dessus. Nathan Delcourt. Son cœur s'arrêta presque. La gouvernante prit l'enveloppe. L'homme repartit. Éléna resta immobile. Nathan. Le même nom. Elle attendit que la porte soit refermée. Puis elle demanda : — C'était pour Victor ? La gouvernante la regarda. — Oui. — Vous savez qui est Nathan Delcourt ? La femme hésita. — Je pense que c'est un homme d'affaires. — Il travaille avec Victor ? — Je ne sais pas. Elle repartit vers la cuisine. Éléna, elle, resta dans le hall. Elle avait besoin de comprendre. Elle monta dans le bureau de Victor. C'était interdit. Elle le savait. Mais pour la première fois, elle entra quand même. Le bureau était parfaitement rangé. Elle ouvrit quelques tiroirs. Rien. Elle allait abandonner lorsqu'elle remarqua une chemise noire posée sur une étagère. Elle l'ouvrit. Des documents. Des contrats. Des noms. Et au milieu d'une page, elle vit celui qu'elle cherchait. Nathan Delcourt. Éléna parcourut rapidement les lignes. Elle comprit seulement qu'il existait un conflit financier entre Nathan et Victor. Quelque chose d'ancien. Quelque chose d'important. Elle entendit soudain une voiture. Son cœur bondit. Elle remit les documents en place. Elle quitta le bureau. Elle venait à peine de refermer la porte lorsqu'elle entendit la voix de Victor. — Éléna ? Elle descendit. Victor entra dans la maison. Il posa son téléphone. Puis il la regarda. — Qu'est-ce que tu faisais ? — J'étais dans ma chambre. — Non. Elle se figea. — Je t'ai vue sortir du couloir du bureau. Éléna ne répondit pas. Victor s'approcha. — Je t'ai interdit d'entrer dans cette pièce. — Je suis désolée. Il resta silencieux. Puis son regard se posa sur elle. — Qu'est-ce que tu cherches ? — Rien. — Tu mens. — Non. Il attrapa son poignet. Éléna sursauta. — Je t'ai posé une question. — Je n'ai rien cherché. Il la fixa encore quelques secondes. Puis il la relâcha. — Très bien. Il prit son téléphone. — Monte. — Victor... — Monte. Elle obéit. Dans sa chambre, elle ferma la porte. Elle tremblait. Elle s'assit sur son lit. Son téléphone était dans sa main. Elle regarda l'écran. Un nouveau message de Nathan. Nathan : Je crois que Victor vous cache quelque chose. Éléna sentit son cœur accélérer. Elle répondit : Éléna : Vous aussi. Les trois petits points apparurent. Puis disparurent. Réapparurent. Enfin, un message arriva. Nathan : Vous avez raison. Elle attendit. Un second message apparut. Nathan : Mais si je vous explique maintenant, vous pourriez être en danger. Éléna fixa l'écran. Elle sentit une peur nouvelle. Pas la peur habituelle. Cette fois, elle avait l'impression que quelque chose se préparait autour d'elle. Elle tapa : Éléna : Alors dites-moi la vérité. La réponse fut immédiate. Nathan : Votre compagnon n'est pas l'homme que vous croyez. Elle fronça les sourcils. Elle voulut répondre. Mais avant qu'elle puisse écrire, la porte de sa chambre s'ouvrit. Victor était là. Son visage était fermé. Son regard tomba sur le téléphone. — Avec qui tu parles ? Éléna serra l'appareil contre elle. — Personne. Victor entra. Il ferma la porte derrière lui. — Donne-moi ton téléphone. Éléna sentit son cœur s'emballer. Elle ne bougea pas. Pour la première fois, elle venait de désobéir. Et Victor le remarqua immédiatement. — Éléna. Sa voix était calme. Trop calme. — Donne-moi ce téléphone. Elle recula. Et dans ce petit mouvement, quelque chose se brisa. Pas chez Victor. Chez elle. Une certitude. Elle ne pouvait plus continuer ainsi. Elle ne savait pas encore comment partir. Elle ne savait pas où aller. Elle ne savait pas si Nathan disait la vérité. Mais pour la première fois depuis des années, Éléna comprit qu'elle devait commencer à chercher une sortie. Même si cette sortie devait rester cachée. Même si elle devait prendre des mois. Même si elle devait avoir peur. Elle devait partir. Et quelque part, sans encore le savoir, Nathan venait de devenir la première personne à lui donner une raison d'essayer.La pièce resta silencieuse.Éléna regardait le père de Nathan.— Qui ?L'homme ne répondit pas.Nathan se redressa malgré sa blessure.— Papa, tu ne peux pas encore nous cacher quelque chose.— Je sais.— Alors parle.Son père regarda Éléna.— La personne qui dirige tout était présente le soir de votre naissance.Éléna sentit un frisson.— Victor ?— Non.— Ma grand-mère ?— Non plus.— Mon oncle ?— Non.Éléna commença à comprendre.— Quelqu'un de notre famille ?Son père acquiesça.— Oui.Clara se leva.— Qui ?L'homme inspira profondément.— Votre mère.Le silence fut total.Éléna regarda sa mère.— Maman ?Sa mère baissa les yeux.— Ce n'est pas ce que vous croyez.Nathan secoua la tête.— Alors expliquez-nous.Elle se mit à pleurer.— Je n'ai jamais voulu vous faire de mal.— Mais tu savais tout ? demanda Éléna.— Je savais une partie.— Et tu as travaillé avec eux ?— Au début.Éléna recula.— Non...Sa mère s'approcha.— Éléna, écoute-moi.— Ne me touche pas.Sa mère s'arrêta.
Nathan ne bougeait plus.Les mots de la grand-mère résonnaient dans sa tête.« Ton père travaille avec eux depuis le début. »— Non...Sa voix était presque inaudible.La grand-mère ne détourna pas les yeux.— Je suis désolée.Nathan secoua la tête.— Vous mentez.— Je n'ai aucune raison de te mentir maintenant.— Vous avez menti toute ma vie !Il s'avança vers elle.— Vous m'avez fait croire qu'il était mort !— Parce qu'il devait disparaître.— Et maintenant vous me dites qu'il travaille avec Victor ?— Oui.Nathan éclata de rage.— Pourquoi ?La grand-mère soupira.— Parce qu'il a accepté.— Accepté quoi ?— De participer au projet.Nathan regarda son propre père, qui se trouvait encore dans le tunnel.— Il savait pour Éléna ?— Oui.Éléna sentit son cœur se serrer.— Depuis quand ?— Depuis votre naissance.Nathan ferma les yeux.— Alors tout ce temps...Il regarda Éléna.— Ton père savait.Éléna hocha lentement la tête.— Oui.— Et le mien aussi.Ils restèrent silencieux.Puis Ph
Nathan ne quittait plus la photo des yeux.Ses doigts tremblaient.— C'est impossible...Éléna s'approcha de lui.— Nathan...Il secoua la tête.— Je reconnais cette photo.Tout le monde se tourna vers lui.— Comment ça ? demanda Clara.Nathan avala difficilement sa salive.— Je l'ai déjà vue.Son père s'approcha.— Où ?Nathan le regarda.— Dans notre ancienne maison.L'homme pâlit.— Où exactement ?— Dans le bureau de mon père.Marc s'approcha.— Qu'est-ce que tu faisais là-bas ?— J'étais petit. Je fouillais dans ses affaires. Je cherchais des photos de ma mère.Nathan ferma les yeux.— Il y avait une boîte noire.Marc se figea.— Une boîte noire ?— Oui.Éléna regarda la boîte qu'elle tenait.— Celle-ci ?Nathan hocha lentement la tête.— Je crois.Marc s'approcha.— Alors ton père avait gardé une copie.— Une copie de quoi ?Marc ne répondit pas.Nathan s'impatienta.— Dites-moi !Marc regarda Antoine.— Nous devons lui dire.Antoine soupira.— Oui.Nathan sentit son cœur accélé
Personne ne bougeait.Éléna regardait chacun des visages autour d'elle.Elle cherchait un indice.Un regard qui fuyait.Une réaction étrange.Quelque chose qui lui permettrait de comprendre.Mais rien.— Je veux la vérité, dit-elle finalement.Sa voix tremblait.— Maintenant.Nathan s'approcha d'elle.— Éléna...— Non, Nathan. Pas cette fois.Elle regarda l'homme qui prétendait être le père de Nathan.— Tu viens de nous dire que tu étais notre père.— Je suis le père de Nathan.— Mais pas forcément le mien.Il resta silencieux.Éléna se tourna vers Antoine.— Et toi ?Antoine secoua la tête.— Je ne suis pas votre père biologique.Clara regarda leur mère.— Maman ?Le visage de leur mère était couvert de larmes.— Je vous ai toujours aimées.— Ce n'est pas ce que je demande.Le silence dura plusieurs secondes.Puis leur mère murmura :— Je ne peux pas vous le dire.Éléna sentit quelque chose se briser en elle.— Pourquoi ?— Parce que si je vous le dis, ils sauront que nous avons retr
Éléna fixait Nathan.— Quelqu'un que nous connaissons déjà ?Nathan ne répondait pas.Il tenait toujours la lettre entre ses mains.— Nathan, donne-la-moi.Il hésita.— Éléna...— Donne-la-moi.Il lui tendit finalement la feuille.Éléna commença à lire.Plus elle avançait, plus son visage devenait pâle.« Éléna et Clara ne sont pas les filles biologiques d'Antoine. Leur véritable père est l'homme qui a découvert le projet avant tout le monde. Celui qui a tenté de les protéger. Celui dont la mort a été annoncée trop tôt. »Éléna releva les yeux.— Mon père...Antoine détourna le regard.— Je suis désolé.— Tu savais ?— Oui.Éléna sentit les larmes couler.— Depuis quand ?— Depuis votre naissance.Clara s'approcha d'Antoine.— Alors pourquoi tu nous as élevées ?— Parce que je vous aimais.— Mais tu n'étais pas notre père.Antoine baissa la tête.— Pour moi, vous l'avez toujours été.Éléna serra la lettre.— Qui est notre vrai père ?Personne ne répondit.Puis une voix retentit derriè
Éléna regardait sa grand-mère sans réussir à bouger.Cette fois, il n'y avait aucun sourire sur son visage.Seulement une froideur qui donnait des frissons.— Laquelle de nous deux devait mourir ? demanda Clara.Sa grand-mère ne répondit pas immédiatement.Elle regarda les deux sœurs.— Aucune.Éléna fronça les sourcils.— Alors pourquoi mon oncle vient de dire ça ?L'homme baissa les yeux.— Parce qu'il n'a jamais connu toute la vérité.— Tu nous as menti toute notre vie ! cria Éléna.— Oui.Le mot était sorti sans hésitation.Éléna sentit les larmes monter.— Pourquoi ?Sa grand-mère avança lentement.— Parce que votre père avait découvert ce que nous faisions.Antoine se plaça devant ses filles.— Ne les approche pas.— Tu n'as plus aucun droit de me donner des ordres.— Je suis leur père.— Tu as été leur père pendant que tu les cachais.Antoine serra les poings.— Je les ai sauvées.— Tu les as éloignées de leur famille.— Je les ai éloignées de toi.Un silence s'installa.Nathan







