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CHAPITRE 13 – Le premier rendez-vous

ผู้เขียน: L'encre
last update วันที่เผยแพร่: 2026-05-08 16:16:17

Un vrai sourire. Plein. Entier. Celui qui creusait une fossette sur sa joue gauche et qui remontait jusqu’à ses tempes, celui qui plissait le coin de ses yeux et qui lui donnait l’air soudain plus jeune, presque vulnérable. Un sourire complice.

Elle sentit les coins de sa propre bouche se relever en réponse, comme un réflexe, comme un écho. Leurs sourires se répondaient, se reconnaissaient, se disaient tout ce que les mots ne pouvaient pas encore exprimer. Il y avait dans cet échange silencieux une promesse, un aveu, une certitude naissante. Quelque chose était en train de commencer, et ils le savaient tous les deux. Ils le savaient, et ils n’avaient pas peur.

Autour d’eux, le monde continuait de tourner. Des collègues passaient derrière Gabriel sans leur prêter attention. Un téléphone sonnait dans le vide. La machine à café crachait un expresso. Mais rien de tout cela n’atteignait Élise. Elle était ailleurs, dans un espace parallèle où n’existaient que deux iris bruns et un sourire en fossette et cette étrange certitude que sa vie venait de prendre un virage définitif.

– Bon, reprit Gabriel d’une voix plus basse, presque un murmure, comme s’il craignait de briser le charme. Ces droits d’administration ?

Elle cligna des yeux, redescendit sur terre, chercha ses mots.

– Oui. Les droits. Je vous les prépare.

Elle se tourna vers son écran, les doigts tremblants, le cœur en cavale. Mais avant de taper la première touche, elle lui jeta un dernier coup d’œil. Il la regardait encore. Et son sourire, ce sourire complice qui isolait le monde autour d’eux, n’avait pas bougé.

***

Ce fut lui qui le proposa.

En fin de journée, alors qu’elle rassemblait ses affaires, l’esprit embrumé par des heures de concentration et de tension contenue, il se matérialisa à côté de son bureau avec cette discrétion qui le caractérisait, cette façon de surgir sans qu’on l’ait entendu venir.

« Vous prendriez bien un café ? »

La question était simple, presque banale. Le genre de question qu’un consultant pose à l’employée qui l’a aidé pour décompresser après une longue journée de travail. Mais la voix de Gabriel n’était pas banale. Elle était grave, chargée d’intentions que les mots ne contenaient pas. Et ses yeux, quand il les posa sur Élise, disaient qu’il ne s’agissait pas vraiment de café.

Elle accepta. Bien sûr qu’elle accepta. Elle aurait accepté même si elle détestait le café, même si elle avait un autre rendez-vous, même si la terre s’était mise à trembler. Elle accepta avec un hochement de tête qui se voulait décontracté et qui trahissait probablement tout son empressement.

Ils quittèrent l’open space ensemble, marchèrent côte à côte dans la rue encore tiède de cette fin d’après-midi. La ville s’étirait dans la lumière dorée du soir, les terrasses se remplissaient, les passants ralentissaient le pas. Tout semblait plus doux, plus lent, comme si le monde avait décidé de leur offrir un décor à la hauteur de ce moment.

Gabriel l’emmena dans un petit café à l’écart des grandes artères, un endroit qu’elle ne connaissait pas, niché au fond d’une cour pavée. Des guirlandes lumineuses couraient au-dessus des tables, des plantes grimpantes s’enroulaient autour des piliers de fer forgé. C’était le genre de lieu qu’on ne trouve que si l’on sait où chercher, ou si l’on a quelqu’un pour vous y guider.

« C’est mon repaire », dit-il en lui tirant une chaise. « J’y viens quand j’ai besoin de réfléchir. Ou de ne pas réfléchir. »

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