LOGINSur ta peau, mon amour Elle croyait avoir tout vécu. Il lui a appris que son corps ne demandait qu'à être réveillé. Élise pensait l'amour classé, rangé, sans mystère. Puis il y a eu Gabriel. Une main aperçue lors d'un cocktail rien qu'une main, une veine bleue saillant sous la peau, et elle s'est sentie mouillée avant même de croiser son regard. Le désir l'a frappée comme une décharge. Animal. Immédiat. Incontrôlable. Ce qui commence par un regard torve derrière une plante verte bascule au premier effleurement. Un frôlement dans la rue, et le feu prend. Un baiser sous un lampadaire orange, leurs langues qui se goûtent, se jaugent, se promettent des heures plus sauvages. Leurs solitudes se percutent, se reconnaissent, et dans la nuit qui suit, ils comprennent que leurs corps parlent la même langue interdite. Élise a le cœur cadenassé depuis que son père l'a quittée. Gabriel fuit toute attache depuis que son frère s'est écrasé sur une route. Mais quand il la plaque contre un mur, quand elle prend l'initiative et qu'il gémit sous sa bouche, il n'y a plus ni peur ni passé. Juste deux épidermes qui se déchirent et se recousent. Chaque chapitre est une pénétration plus profonde : une lettre obscène laissée sur l'oreiller qu'elle lit les cuisses serrées, un coup de langue sous l'orage, un week-end entre quatre murs où le lit devient un territoire à conquérir , draps trempés, corps qui claquent, cris étouffés dans la chair. Leurs nuits n'ont rien de sage : doigts, bouches, souffles, morsures, paroles sales chuchotées au creux de la nuque, jouissances volées dans l'aube. Gabriel lui apprend à jouir sans retenue. Élise lui apprend à se livrer nu, pas seulement de corps. Sur sa peau à lui, elle ose tout, s'offre, se déploie, guérit du regard des autres.
View MoreLa salle était saturée de bruit.
Pas un vacarme assourdissant, non. Ce brouhaha feutré des cocktails d’entreprise, celui qui mêle le cliquetis des verres aux rires polis, aux conversations qui s’efforcent d’être brillantes sans jamais vraiment y parvenir. Elle était venue par obligation professionnelle, cette corvée déguisée en mondanité qu’on accepte parce qu’un collègue a insisté, parce que « ça peut être utile pour le réseau », parce qu’on n’a pas su trouver une excuse assez crédible pour rester chez soi.
Elle avait regretté sa présence dès la porte franchie.
Sa robe, trop serrée aux épaules. Ses chaussures, trop neuves. Ce verre de vin blanc tiède qu’elle tenait depuis vingt minutes, incapable de le finir, incapable de le poser. Elle s’était réfugiée près d’une plante verte, ce genre d’endroit stratégique que les introvertis repèrent d’instinct, un îlot discret d’où observer sans être trop visible. De temps en temps, quelqu’un la reconnaissait, échangeait trois politesses, puis s’éclipsait vers des conversations plus prometteuses. Elle souriait mécaniquement. Elle hochait la tête. À l’intérieur, elle était déjà ailleurs, déjà chez elle, déjà en pyjama.
Et puis, sans raison particulière, elle tourna la tête.
Il n’y eut pas de musique qui s’arrête, pas de ralenti cinématographique, pas de coup de tonnerre. Juste un mouvement anodin, presque machinal, déclenché par quoi ? Un rire, peut-être, qui s’était détaché du brouhaha, une fréquence différente dans le bruit ambiant.
Il était debout près du bar, un peu en retrait lui aussi, comme s’il partageait avec elle cette incapacité à se fondre pleinement dans la foule. Grand. Les épaules larges mais pas imposantes, une carrure rassurante plutôt qu’écrasante. Cheveux bruns, un peu trop longs, une mèche qui retombait sur son front et qu’il ne prenait pas la peine de replacer, comme s’il avait oublié qu’elle était là, ou comme s’il s’en fichait. Chemise blanche, manches retroussées. Le genre de détail qui ne paie pas de mine mais qui, chez lui, prenait une signification particulière. Pourquoi retroussait-il ses manches ? Pour travailler ? Parce qu’il avait chaud ? Parce qu’il avait eu une longue journée et que ce geste, simple, l’avait aidé à relâcher un peu de tension ?
Elle se surprit à se poser ces questions, et faillit en rire toute seule. La voilà devenue inspectrice de manches de chemise. Le vin tiède lui montait à la tête, probablement.
Mais elle ne détourna pas les yeux.
Il parlait avec quelqu’un qu’elle ne voyait pas, un interlocuteur caché par un groupe compact. Il hochait la tête lentement, ce genre d’attention rare chez les gens pressés, ce vrai intérêt qu’on lit dans l’inclinaison du menton, dans la fixité du regard. Il écoutait vraiment. Elle ne savait pas pourquoi, cela la frappa. Peut-être parce que dans cette pièce remplie de conversations égoïstes, où chacun guette la faille chez l’autre pour y glisser sa propre histoire, lui, il écoutait.
Puis il bougea la main.
Et là, tout s’arrêta.
Élise était assise à son bureau, les yeux fixés sur un écran qu’elle ne voyait plus depuis longtemps. Les chiffres dansaient devant ses pupilles sans qu’elle en comprenne le sens. De l’autre côté de la pièce, Gabriel rangeait des dossiers dans sa sacoche avec des gestes qui n’en finissaient plus, comme s’il mettait un point d’honneur à classer chaque papier avec une lenteur calculée.« Vous avez bientôt fini ? » demanda-t-il enfin.Sa voix traversa l’open space vide comme une corde lancée dans le vide. Élise leva la tête et le trouva debout près de son bureau, sa sacoche sur l’épaule, la veste ouverte, la mèche sur le front.« Oui. Enfin, non. Je ne travaille plus vraiment depuis une heure.– Moi non plus. »Il sourit. Elle éteignit son ordinateur, rassembla ses affaires, enfila son trench-coat. Ils quittèrent le bureau ensemble, prirent l’ascenseur en silence – ce silence habité qui ne les quittait plus, ce silence qui en disait plus long que tous les discours. Le hall d’entrée était
La pulpe de son index s’attarda une seconde de trop derrière son oreille, juste à la naissance de la nuque, là où la peau est plus fine, plus sensible. Une seconde. Une minuscule seconde qui contint toute la tension accumulée depuis leur première rencontre.Élise ferma les yeux.Elle sentit le doigt de Gabriel tracer une ligne invisible le long de son cou, puis s’écarter, et la fraîcheur de l’air prit la place de la chaleur qu’il y avait laissée. Quand elle rouvrit les yeux, il avait baissé la main, mais son sourire, lui, était resté. Un sourire doux, presque timide, qui contrastait avec l’audace de son geste.« Vous aviez une mèche », dit-il.Sa voix était plus rauque que d’habitude. Plus basse.« Merci », murmura-t-elle.Le mot était ridicule, insuffisant, déplacé. Merci pour quoi ? Pour ce geste anodin, ce geste que des inconnus échangent sans y penser, ce geste qui n’engage à rien ? Non. Elle ne le remerciait pas pour la mèche. Elle le remerciait pour la douceur, pour l’attention,
Elle lui confia qu’elle avait peur de l’abandon, peur de s’attacher, peur de souffrir comme elle avait souffert autrefois. Il lui confia qu’il avait passé des années à fuir les attaches, à préférer les chambres d’hôtel aux maisons, les escales aux destinations.« Et là ? » demanda-t-elle. « Vous ne fuyez plus ? »« Là, j’ai envie de rester. »Il était 4h23 du matin quand elle posa le téléphone, les yeux brûlants de fatigue mais l’âme incroyablement légère. Elle ne savait pas ce que demain lui réservait, ni ce que cette histoire allait devenir. Mais à cet instant précis, dans ce lit où elle avait passé tant de nuits seule, elle se sentait moins vide. Moins perdue. Comme si les mots de Gabriel avaient tissé autour d’elle un fil invisible, une attache qui la reliait à quelqu’un, quelque part, dans la nuit.***Trois jours passèrent.Trois jours de regards échangés dans les couloirs, de messages glissés sous des prétextes professionnels, de cafés bus ensemble dans la petite cour pavée que
Elle ouvrit le message.« Vous dormez ? »Trois mots. Juste trois mots. Et pourtant son cœur s’emballa comme s’il lui avait envoyé un poème entier. Elle regarda l’heure – 2h07 – et sentit un sourire étirer ses lèvres dans le noir. Il ne dormait pas non plus. Il pensait à elle. À 2h07 du matin, quelque part dans cette ville endormie, Gabriel pensait à elle.Elle tapa sa réponse, les doigts encore engourdis de sommeil inachevé.« Non. Et vous non plus visiblement. »Les trois petits points apparurent immédiatement, dansant sur l’écran comme un papillon de lumière. Il attendait. Il avait envoyé ce message et il attendait, le téléphone à la main, guettant sa réponse. Cette image – Gabriel dans son lit ou sur son canapé, les yeux fixés sur l’écran, suspendu à elle – lui procura une chaleur qui n’avait rien à voir avec la température de la pièce.« Insomnie. Vous aussi ? »« Depuis quelques jours. »Elle n’ajouta pas « depuis que je vous ai rencontré ». Elle n’en avait pas besoin. Le silenc












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