MasukSa voix était si grave, si sincère, qu’elle sentit les larmes lui monter aux yeux. Elle inspira profondément, et dans l’obscurité protectrice de la chambre, elle osa.« J’ai un fantasme. »Le mot flotta dans le silence comme une bulle fragile. Gabriel ne dit rien. Il attendait, sa paume toujours posée sur sa joue, son souffle régulier.« Je n’en ai jamais parlé à personne, continua-t-elle. Même pas à mes ex. Surtout pas à mes ex. J’avais trop peur de leur réaction. »« Tu n’as pas à avoir peur avec moi. »Elle tourna la tête, déposa un baiser dans le creux de sa paume, puis elle se lança. Elle lui raconta tout. Les mots sortaient en désordre, par fragments, par bribes chuchotées dans le noir. Elle lui décrivit des images, des scènes, des gestes qu’elle n’avait jamais osé évoquer à voix haute. Elle lui parla de soumission, de contrôle, de confiance absolue. Elle lui parla de ce désir qui la hantait depuis des années, ce désir qu’elle avait toujours réprimé parce qu’il ne correspondait
Il sourit, ce sourire à fossette qu’elle aimait tant.« C’est pour ça que tu me regardais comme ça ? Je croyais que j’avais une tache sur ma chemise.– Non. C’était ta main. Juste ta main. »Il leva leurs mains jointes et les contempla comme s’il les voyait pour la première fois.« Et maintenant ? demanda-t-il.– Maintenant, elle est dans la mienne. Et j’ai l’impression qu’elle n’aurait jamais dû être ailleurs. »Gabriel ne répondit pas tout de suite. Il regarda leurs mains, puis son visage, puis leurs mains à nouveau. Quand il parla, sa voix était grave, légèrement émue.« C’est drôle. Moi aussi, j’ai remarqué quelque chose, au cocktail. Pas ta main. Ton regard. La façon dont tu observais les gens. Comme si tu étais en dehors du monde, protégée derrière ta plante verte. Je me suis dit que tu étais différente. Que tu n’étais pas comme les autres. »« Et alors ?– Alors j’avais raison. »Il porta sa main à ses lèvres et y déposa un baiser, juste au creux de la paume, là où les lignes d
Ils arrivèrent devant la boulangerie de la rue des Marronniers. La même devanture jaune pâle, le même store rayé rouge et blanc, la même odeur de pain chaud qui flottait sur le trottoir. Gabriel poussa la porte, et la clochette tinta, exactement comme l’autre fois.« Qu’est-ce que tu veux ? demanda-t-il.– Des croissants. Comme d’habitude.– Des croissants pour mademoiselle. »Il commanda trois croissants – le même nombre que la première fois – et pendant qu’il payait, Élise se souvint de ce jour où elle avait failli le percuter au coin de la rue, où leurs avant-bras s’étaient frôlés, où elle avait senti cette décharge électrique parcourir tout son corps. Aujourd’hui, ce frôlement était devenu familier, mais il n’avait rien perdu de sa magie. Chaque fois que la main de Gabriel touchait la sienne, elle sentait encore ce minuscule choc, cette étincelle qui refusait de s’éteindre.Ils sortirent de la boulangerie, le sachet en papier kraft à la main, et reprirent leur marche. La rue était
Elle jouit la première, sans bruit, les yeux fermés, les doigts agrippés à ses épaules. Puis il la rejoignit, et il s’effondra contre elle, le visage enfoui dans son cou, le souffle court et rauque.Ils restèrent ainsi, noués l’un à l’autre, leurs corps moites se refroidissant doucement dans l’air de la nuit. Personne ne parlait. Les mots n’étaient plus nécessaires. Leurs corps avaient dit tout ce qu’il y avait à dire.Puis Gabriel se souleva sur un coude et la regarda. Il écarta une mèche collée sur sa tempe par la sueur, et il sourit – ce vrai sourire, celui à fossette, qui creusait sa joue gauche et qui la faisait fondre depuis le premier jour.« On s’est disputés, dit-il.– Oui.– On s’est réconciliés.– Oui.– Je préfère la réconciliation. »Elle rit doucement, et ce rire était encore fragile mais déjà plus léger.« Moi aussi. »Il se rallongea près d’elle, la serra contre lui, et elle nicha sa tête au creux de son épaule, à cette place exacte qui semblait faite pour elle. Elle s
Au bout d’un long moment, Gabriel tourna la tête vers elle et posa ses lèvres sur son front.« On va se coucher ? » demanda-t-il doucement.Elle hocha la tête.Ils se levèrent, éteignirent les lumières du salon, et se dirigèrent vers la chambre. Il faisait sombre, juste la lueur orangée du lampadaire qui filtrait à travers les rideaux, comme chaque soir. Mais ce soir, cette lumière avait quelque chose de plus tendre, de plus protecteur.Gabriel s’assit sur le bord du lit, et au lieu de s’allonger, il tendit la main vers Élise. Elle la prit, et il l’attira doucement entre ses jambes. Debout devant lui, elle le dominait légèrement, et il leva les yeux vers elle avec une expression qu’elle ne lui connaissait pas encore. Une expression d’humilité, presque de recueillement.Il glissa ses mains sous son pull, le fit remonter lentement, et elle leva les bras pour l’aider. Le pull tomba au sol. Il détacha son soutien-gorge avec des gestes lents, très lents, comme s’il la déshabillait pour la
Puis Gabriel fit un pas vers elle.« Alors explique-moi. Parce que j’ai l’impression qu’on ne parle plus seulement de ce soir. »Il avait raison. Bien sûr qu’il avait raison. Ce n’était pas seulement ce soir. C’était le rendez-vous manqué, l’accident, l’hôpital, la peur panique qui lui avait tordu le ventre. C’était la femme aux cheveux auburn, la jalousie qu’elle avait crue enfouie. C’était son père qui n’était jamais revenu, sa mère qui avait pleuré des années, cette conviction chevillée au corps que les gens qu’on aime finissent toujours par s’en aller.« J’ai peur, Gabriel. »Sa voix se brisa sur le dernier mot, et toute sa colère s’évanouit d’un coup, laissant place à la vérité nue. Ses bras se décroisèrent, ses épaules s’affaissèrent.« J’ai peur que tu partes. Peur que tu te lasses. Peur qu’un jour tu ne franchisses plus cette porte. »Gabriel ne dit rien. Il traversa les quelques mètres qui les séparaient et la prit dans ses bras. Sans un mot. Sans une hésitation. Il l’envelop







