登入Plus de téléphone personnel. Celui que j'avais avant, mon vrai téléphone, avec mes contacts, mes photos, mes souvenirs, il est dans un tiroir, quelque part, ou peut-être qu'il a été jeté. Je ne me souviens plus. Je ne me souviens de rien. Les jours se ressemblent, les nuits se ressemblent, les heures s'effacent les unes après les autres.
Plus de liberté de mouvement. Les gardes me regardent quand je sors
Chiara Trois mois. Trois mois que je suis dans ce palais, dans cette cage dorée, dans cette vie qui n'est pas la mienne. Trois mois que je partage le lit d'Humberto, que je me donne à ses lieutenants, que j'utilise mon corps comme un outil de survie. Trois mois que je reconstruis. Personne ne le voit. Personne ne peut le voir. À l'extérieur, je suis toujours la coquille vide, la femme brisée, la survivante amorphe qui obéit sans broncher et qui sourit sans joie. Mon visage est un masque, mes gestes sont mécaniques, ma voix est neutre. Mais à l'intérieur, tout a changé. La bête sauvage s'est réveillée. Elle a grandi, elle s'est nourrie de chaque humiliation, de chaque douleur, de chaque nuit passée dans le lit d'un homme qui n'est pas celui que j'aime. Elle est devenue forte, patiente, calculatrice. Et elle observe. Les couloirs du palais sont devenu
Sa question est sincère, presque curieuse. Il ne comprend pas. Il ne peut pas comprendre. Pour lui, je suis une femme brisée, une coquille vide qui se soumet parce qu'elle n'a pas d'autre choix. Il ne voit pas la bête sauvage tapie à l'intérieur, qui attend son heure, qui se nourrit de chaque humiliation pour devenir plus forte. — Parce que ça ne sert à rien. Ma voix est calme, neutre, vide. La voix de la coquille vide. Il me regarde longuement, ses yeux noirs plongés dans les miens. Il cherche quelque chose, je ne sais pas quoi. Une fissure, une faiblesse, une vérité cachée. Il ne trouve rien. Parce qu'il n'y a rien à trouver. Pas encore. — Va. Je sors. Le garde m'attend dans le couloir, son visage impassible, ses yeux vides. Il me raccompagne à ma chambre, ouvre la porte, me laisse entrer. Le verrou tourne derrière moi. Je m'allonge sur le lit, les yeux fixés sur le plafo
Ce n'est pas une question. C'est un ordre. — Oui. Je sors. La porte se referme derrière moi. Le garde m'attend dans le couloir, son visage impassible, ses yeux vides. Il me raccompagne à ma chambre, ouvre la porte, me laisse entrer. Le verrou tourne derrière moi. Enfermée. Toujours enfermée. Je m'allonge sur le lit, les yeux fixés sur le plafond, sur les anges et les démons qui se battent pour l'éternité. Mon corps est immobile, mais à l'intérieur, la bête sauvage gronde plus fort que jamais. J'ai payé le prix. J'ai donné ce qu'Humberto attendait de moi. J'ai utilisé mon corps comme un outil, comme une monnaie d'échange, comme une arme. Et maintenant, je peux commencer à reconstruire. Dans le noir de la chambre, dans le silence de la nuit, je souris. Un sourire froid, tranchant, mortel. Le sourire de celle qui a tout perdu et qui n'a plus rien à craindre
Mais pour l'instant, je mange. La nuit tombe. Les rideaux de velours s'assombrissent, la chambre plonge dans la pénombre. La servante est partie depuis longtemps, emportant le plateau vide. J'ai tout mangé. Le pain, le fromage, les fruits. J'ai bu l'eau jusqu'à la dernière goutte. Mon corps est lourd, repu, reconnaissant. Mais mon esprit est ailleurs, flottant au-dessus de cette enveloppe de chair, observant avec détachement ce qui va se passer. La porte s'ouvre. Un garde entre, son visage impassible, ses yeux vides. — Humberto vous attend. Je me lève. Mes jambes tremblent, mais elles me portent. Je traverse la chambre, je passe la porte, je suis le garde dans les couloirs interminables du palais. Mes pieds nus sur les tapis persans, mes poignets bandés serrés contre ma poitrine, mes yeux fixés droit devant moi. Les couloirs défilent, les tableaux de maîtres, les tapisseries précieus
Je comprends. Le message est clair, limpide, sans ambiguïté. Je ne suis pas une invitée, pas une rescapée qu'on protège par bonté d'âme. Je suis un investissement. Une dette que je dois rembourser. Un outil qu'on a acheté et qui doit maintenant prouver son utilité. Je ferme les yeux. Mes paupières sont lourdes, mes cils collés par les larmes que je n'ai pas versées. Dans le noir, je vois Diego. Pas le monstre de la cave, pas le geôlier, pas l'ennemi. L'homme d'avant. Celui qui me touchait comme si j'étais sacrée. Celui qui m'embrassait comme si j'étais la seule femme au monde. Celui qui me regardait avec des yeux pleins d'un amour fou et dévastateur. Il est mort. Cet homme est mort, s'il a jamais existé. Il ne reste que le monstre. Et le monstre m'a jetée dans une cave, m'a enchaînée comme un animal, m'a nourrie de pain moisi et de haine. Humberto n'est pas différent. Peut-être moins fou, moins passionné, moins dangereux. Mais il n'est pas différent. Pour lui aussi, je suis une ch
Je ne réponds pas. Je ne bouge pas. Mes yeux restent fixés sur les fresques du plafond, sur les anges et les démons qui se battent pour l'éternité. La servante soupire, secoue la tête, repart. Le plateau reste là, intact. L'odeur du pain frais flotte dans la chambre, douce, réconfortante, étrangère. Je n'ai pas faim. Je n'ai pas soif. Je n'ai pas sommeil. Je n'ai rien. La coquille vide n'a besoin de rien. Les jours passent. La servante revient, encore et encore, avec des plateaux de nourriture qui s'accumulent sur la table de nuit, intacts, témoins silencieux de mon refus de vivre. Elle essaie de me parler, de me faire manger, de me faire boire. Elle me raconte des histoires, des légendes de son village, des souvenirs de sa jeunesse. Sa voix est douce, apaisante, comme une berceuse pour un enfant malade. Je l'écoute sans l'entendre. Ses mots glissent sur moi comme l'eau sur une pierre, sans laisser de trace, sans pénétrer. Parfois, elle me prend la main. Ses doigts sont chauds,
ValentinaL'hôpital sent le désinfectant et la mort. Lucien est dans une chambre au troisième étage, le visage tuméfié, des bandages autour des côtes. Il sourit en me voyant.— Valentina. T'es venue.— Bien sûr
ChiaraJe la pilonne sans merci, sans répit, la sueur dégoulinant de mon front sur son dos, nos corps claquant l'un contre l'autre en un rythme obscène qui emplit la chambre. L'élixir prolonge tout, décuple tout , je bande indéfiniment, dur comme du granit, sensible à l'extrême, chaque frottement,
DiegoL'aube teinte les vitres d'un gris laiteux. Dans le lit, Valentina dort enfin. D'un sommeil agité, profond, épuisé. Son dos est tourné vers moi, une courbe pâle et fragile sous les draps de soie noire. Je vois la ligne de sa colonne vertébrale, les omoplates saillantes comme des ailes brisées
ValentinaLa bataille intérieure est un ouragan. La honte. La peur. Une colère sourde qui ne trouve pas d'issue. Et cette terrible, terrible résignation. C'est plus fort que moi. Mes muscles, sous la pression de ses mains et la force de sa volonté, cèdent. Mes jambes s'écartent.Il retire ma culott







