登入Je ne rentrai pas tout de suite. Marcher me semblait plus simple que réfléchir, comme si le mouvement pouvait remettre de l’ordre là où tout s’était brouillé. Les lumières de la ville glissaient autour de moi sans vraiment m’atteindre. Son regard, lui, restait. Trop présent. Trop précis. Et cette phrase… ce que tu es prête à perdre. Elle tournait encore, insistante, comme un avertissement que je refusais d’écouter.
Le lendemain, je n’y pensai pas. Ou plutôt, je fis semblant. Je repris mon rythme, mes habitudes, les conversations banales, les obligations sans intérêt. Tout était normal. Trop normal. Mais au milieu de tout ça, quelque chose accrochait, comme un détail invisible qui empêchait l’ensemble de tenir parfaitement. Je n’avais pas l’habitude de laisser une situation m’échapper, encore moins une personne. Alors, en fin de journée, je pris une décision simple. Je n’allais pas attendre. Le Velvet Room était encore plus rempli que la veille. L’ambiance plus lourde, plus électrique. Comme si quelque chose circulait dans l’air, sans qu’on puisse vraiment le nommer. Je passai l’entrée sans difficulté cette fois, sans même ralentir, et avançai directement vers le bar. Pas d’hésitation ni de détour. Je savais qu’il était là. Je ne levai pas les yeux vers la mezzanine. Pas tout de suite. Je laissai passer quelques secondes, le temps de m’ancrer, de retrouver ce contrôle qui m’avait légèrement échappé la veille. — Tu reviens vite. Sa voix, encore toujours aussi calme. Je tournai la tête. Adrian Voss se tenait derrière moi, légèrement en retrait, comme s’il observait déjà depuis un moment. — Tu n’as pas l’air surpris, répondis-je. — Non. Il marqua une pause. — J’étais sûr que tu ne tiendrais pas. Je haussai légèrement un sourcil. — Tu te trompes. Je suis venue parce que j’en avais envie. Il s’approcha d’un pas, réduisant la distance sans jamais me toucher. — Bien sûr. Le ton n’était ni moqueur ni provocateur. Juste… sûr. Je me tournai entièrement vers lui. — Tu crois vraiment que tout tourne autour de toi ? Un léger silence. — Non. Ses yeux restèrent fixés sur les miens. — Mais là, oui. Cette réponse me coupa une seconde. Juste une. Suffisante pour qu’il le remarque. Je repris aussitôt. — Tu te surestimes. Il inclina légèrement la tête, comme intrigué. — Et toi, tu sous-estimes ce qui se passe. Je croisai les bras, ancrée dans ma position. — Il ne se passe rien. Son regard glissa brièvement sur moi, puis revint se planter dans le mien. — Si c’était vrai… tu ne serais pas là. Le silence tomba net. Je soutins son regard sans reculer. — Peut-être que je n’aime pas rester sur une impression incomplète. Il fit un pas de plus. — Alors complète-la. Sa voix avait changé. Plus basse. Plus directe. Je sentis mon rythme ralentir, sans pouvoir dire si c’était voulu. — Et si je n’aime pas le résultat ? Un très léger sourire apparut. — Tu ne serais pas revenue. Je laissai passer un instant, puis m’approchai à mon tour, réduisant l’espace entre nous sans précipitation. — Tu as l’air très sûr de toi. — Je le suis. — Mauvaise habitude. Ses yeux s’assombrirent légèrement. — Mauvaise analyse. Nos regards ne se lâchaient plus. L’air entre nous semblait plus lourd, chargé de quelque chose de plus concret que la simple tension des jours précédents. Je levai la main, sans réfléchir cette fois, et ajustai légèrement le col de sa veste, un geste presque banal, presque anodin. Pourtant, il ne bougea pas. Il me laissa faire. Erreur ou choix. Je relevai les yeux vers lui. — Tu vois… ce n’est pas si compliqué. Il attrapa doucement mon poignet avant que je ne retire complètement ma main. Pas brusquement. Juste assez pour interrompre le geste. — Tu répètes souvent ça. Je soutins son regard. — Parce que c’est vrai. Un silence. Puis, lentement : — Non. Sa main remonta légèrement, relâchant mon poignet pour venir effleurer la mienne, comme s’il inversait volontairement le mouvement. — C’est juste que tu n’as pas encore compris. Mon souffle resta stable, mais mon attention, elle, se fixa entièrement sur ce contact. — Compris quoi ? Il se pencha légèrement, assez près pour que sa voix ne soit plus qu’un murmure. — Que ce n’est plus toi qui décides du rythme. Un frisson discret passa, impossible à ignorer cette fois. Je relevai le menton. — Alors montre-moi. Il recula.. Comme la veille. Mais cette fois, il ne partit pas. — Pas ici. Deux mots lourds de sens. Je plissai légèrement les yeux. — Tu changes les règles ? — Je les pose. Je le fixai quelques secondes, analysant chaque détail, chaque nuance. Il ne bluffait pas. Il contrôlait toujours. Peut-être plus que moi à cet instant. Mais ça ne voulait pas dire que j’allais reculer. — Très bien, dis-je simplement. Un léger mouvement passa dans son regard. — Suis-moi. Il ne vérifia pas si je le suivais. Il savait. Et cette fois… Je ne cherchai pas à prouver le contraire.Je ne bougeai pas tout de suite après ses mots. L’air entre nous était encore chargé de ce qu’on venait de provoquer, de ce qu’on refusait tous les deux de nommer clairement. La pièce semblait plus étroite, comme si chaque mouvement comptait davantage maintenant. Adrian ne me quittait pas des yeux, et cette fois, ce n’était plus seulement pour observer. C’était plus direct. Plus assumé.Je laissai glisser lentement mes doigts le long de son torse, sans précipitation, comme si je traçais un chemin que je connaissais déjà. Son regard suivit le geste sans m’interrompre, sans même essayer. Ce simple détail me tira un léger sourire.— Tu réfléchis encore ? murmurai-je.Sa mâchoire se contracta à peine, presque imperceptible.— Non.Je relevai les yeux vers lui.— Menteur.Le mot sortit doucement, sans provocation excessive, mais avec assez de certitude pour s’installer entre nous. Il ne répondit pas tout de suite. Sa main remonta lentement le long de mon bras, suivant le même chemin que j’
Je le suivis sans poser de questions. Pas parce que je lui faisais confiance, ni parce que je me laissais entraîner, mais parce que reculer maintenant aurait brisé quelque chose que je n’étais pas prête à abandonner. Le Velvet Room continuait de vibrer derrière nous, la musique, les voix, les lumières… tout devenait plus flou à mesure que nous avancions vers un couloir plus calme, plus discret. L’ambiance changeait. Moins de bruit, moins de monde. Plus fermé.Il ne se retournait pas. Il avançait avec cette assurance tranquille qui ne laissait aucune place au doute. Chaque pas semblait calculé, comme s’il connaissait déjà la suite.Nous nous arrêtâmes devant une porte.Il posa la main sur la poignée, sans l’ouvrir immédiatement. Un silence s’installa, bref mais chargé, comme une pause volontaire.Puis il tourna légèrement la tête vers moi.— Tu peux encore partir.Je soutins son regard.— Si j’en avais envie, je ne serais pas là.Ses yeux restèrent accrochés aux miens une seconde de tr
Je ne rentrai pas tout de suite. Marcher me semblait plus simple que réfléchir, comme si le mouvement pouvait remettre de l’ordre là où tout s’était brouillé. Les lumières de la ville glissaient autour de moi sans vraiment m’atteindre. Son regard, lui, restait. Trop présent. Trop précis. Et cette phrase… ce que tu es prête à perdre. Elle tournait encore, insistante, comme un avertissement que je refusais d’écouter.Le lendemain, je n’y pensai pas. Ou plutôt, je fis semblant.Je repris mon rythme, mes habitudes, les conversations banales, les obligations sans intérêt. Tout était normal. Trop normal. Mais au milieu de tout ça, quelque chose accrochait, comme un détail invisible qui empêchait l’ensemble de tenir parfaitement. Je n’avais pas l’habitude de laisser une situation m’échapper, encore moins une personne.Alors, en fin de journée, je pris une décision simple.Je n’allais pas attendre.Le Velvet Room était encore plus rempli que la veille. L’ambiance plus lourde, plus électrique.
Le silence qui suivit n’avait rien de léger. Il s’imposa entre nous, dense, presque dérangeant, comme si quelque chose venait de franchir une limite que ni lui ni moi ne pouvions ignorer. Je restai immobile face à lui, cherchant dans son regard une réaction claire, une fissure, n’importe quel signe qui me permettrait de reprendre l’avantage. Mais Adrian Voss ne laissait rien passer. Son expression était maîtrisée, pourtant plus sombre qu’avant, comme si ce simple contact avait déplacé quelque chose de plus profond que prévu.— Tu joues avec quelque chose que tu ne comprends pas, dit-il enfin d’une voix basse.Le changement de ton ne m’échappa pas, mais je n’y réagis pas.— Alors explique-moi.Il m’observa un instant, comme s’il hésitait à aller plus loin, puis recula légèrement. Ce mouvement, presque discret, suffit à briser l’intensité du moment. L’espace revint entre nous, froid, nécessaire.— Ce n’est pas un jeu pour moi.Je pris le temps de répondre, mes yeux ancrés dans les sie
Je ne revins pas immédiatement. Pas parce que j’hésitais, ni parce que je doutais, mais parce que l’attente faisait partie du jeu. Il m’avait donné un rendez-vous sans heure, sans lieu précis, comme s’il partait du principe que je saurais. Et il avait raison. Ce genre d’homme ne lance jamais un défi au hasard. Tout est calculé, même ce qui ressemble à de l’improvisation. Alors je le laissai attendre. Quelques heures. Juste assez pour inverser légèrement l’équilibre.Quand je franchis à nouveau les portes du Velvet Room, l’atmosphère me sembla différente. Pas à cause de la musique, ni des lumières, ni même des visages. C’était plus subtil que ça. Comme si le lieu lui-même avait gardé une trace de la veille. Ou peut-être était-ce moi. Je n’étais plus exactement dans le même état d’esprit. Plus attentive, plus consciente.Je ne cherchai pas la mezzanine tout de suite. Je restai près du bar, observant, laissant le temps s’étirer. Plusieurs regards se posèrent sur moi, certains insistants
Je quittai la mezzanine avant que quelque chose ne bascule vraiment. Pas par peur, ni par hésitation, mais parce que je savais reconnaître le moment précis où il fallait s’arrêter. Prolonger aurait été une erreur. Et les erreurs, dans ce genre de jeu, ne pardonnent pas. Pourtant, en redescendant les marches, je sentais encore la pression de ses doigts autour de mon poignet, comme une trace invisible que je n’arrivais pas à effacer. C’était nouveau, désagréable… et étrangement captivant.La musique me heurta à nouveau, plus forte, plus brutale, comme si elle cherchait à couvrir ce qui venait de se passer. Je traversai la salle sans ralentir, ignorant les regards, les silhouettes, les voix. Rien n’avait changé autour de moi, et pourtant tout était différent. Parce que cette fois, je n’étais plus simplement en train de jouer. J’avais déclenché quelque chose et lui aussi.Je sortis prendre l’air.Le froid me saisit immédiatement, contrastant violemment avec la chaleur étouffante de l’in







