LOGINJe ne bougeai pas tout de suite après ses mots. L’air entre nous était encore chargé de ce qu’on venait de provoquer, de ce qu’on refusait tous les deux de nommer clairement. La pièce semblait plus étroite, comme si chaque mouvement comptait davantage maintenant. Adrian ne me quittait pas des yeux, et cette fois, ce n’était plus seulement pour observer. C’était plus direct. Plus assumé.Je laissai glisser lentement mes doigts le long de son torse, sans précipitation, comme si je traçais un chemin que je connaissais déjà. Son regard suivit le geste sans m’interrompre, sans même essayer. Ce simple détail me tira un léger sourire.— Tu réfléchis encore ? murmurai-je.Sa mâchoire se contracta à peine, presque imperceptible.— Non.Je relevai les yeux vers lui.— Menteur.Le mot sortit doucement, sans provocation excessive, mais avec assez de certitude pour s’installer entre nous. Il ne répondit pas tout de suite. Sa main remonta lentement le long de mon bras, suivant le même chemin que j’
Je le suivis sans poser de questions. Pas parce que je lui faisais confiance, ni parce que je me laissais entraîner, mais parce que reculer maintenant aurait brisé quelque chose que je n’étais pas prête à abandonner. Le Velvet Room continuait de vibrer derrière nous, la musique, les voix, les lumières… tout devenait plus flou à mesure que nous avancions vers un couloir plus calme, plus discret. L’ambiance changeait. Moins de bruit, moins de monde. Plus fermé.Il ne se retournait pas. Il avançait avec cette assurance tranquille qui ne laissait aucune place au doute. Chaque pas semblait calculé, comme s’il connaissait déjà la suite.Nous nous arrêtâmes devant une porte.Il posa la main sur la poignée, sans l’ouvrir immédiatement. Un silence s’installa, bref mais chargé, comme une pause volontaire.Puis il tourna légèrement la tête vers moi.— Tu peux encore partir.Je soutins son regard.— Si j’en avais envie, je ne serais pas là.Ses yeux restèrent accrochés aux miens une seconde de tr
Je ne rentrai pas tout de suite. Marcher me semblait plus simple que réfléchir, comme si le mouvement pouvait remettre de l’ordre là où tout s’était brouillé. Les lumières de la ville glissaient autour de moi sans vraiment m’atteindre. Son regard, lui, restait. Trop présent. Trop précis. Et cette phrase… ce que tu es prête à perdre. Elle tournait encore, insistante, comme un avertissement que je refusais d’écouter.Le lendemain, je n’y pensai pas. Ou plutôt, je fis semblant.Je repris mon rythme, mes habitudes, les conversations banales, les obligations sans intérêt. Tout était normal. Trop normal. Mais au milieu de tout ça, quelque chose accrochait, comme un détail invisible qui empêchait l’ensemble de tenir parfaitement. Je n’avais pas l’habitude de laisser une situation m’échapper, encore moins une personne.Alors, en fin de journée, je pris une décision simple.Je n’allais pas attendre.Le Velvet Room était encore plus rempli que la veille. L’ambiance plus lourde, plus électrique.
Le silence qui suivit n’avait rien de léger. Il s’imposa entre nous, dense, presque dérangeant, comme si quelque chose venait de franchir une limite que ni lui ni moi ne pouvions ignorer. Je restai immobile face à lui, cherchant dans son regard une réaction claire, une fissure, n’importe quel signe qui me permettrait de reprendre l’avantage. Mais Adrian Voss ne laissait rien passer. Son expression était maîtrisée, pourtant plus sombre qu’avant, comme si ce simple contact avait déplacé quelque chose de plus profond que prévu.— Tu joues avec quelque chose que tu ne comprends pas, dit-il enfin d’une voix basse.Le changement de ton ne m’échappa pas, mais je n’y réagis pas.— Alors explique-moi.Il m’observa un instant, comme s’il hésitait à aller plus loin, puis recula légèrement. Ce mouvement, presque discret, suffit à briser l’intensité du moment. L’espace revint entre nous, froid, nécessaire.— Ce n’est pas un jeu pour moi.Je pris le temps de répondre, mes yeux ancrés dans les sie
Je ne revins pas immédiatement. Pas parce que j’hésitais, ni parce que je doutais, mais parce que l’attente faisait partie du jeu. Il m’avait donné un rendez-vous sans heure, sans lieu précis, comme s’il partait du principe que je saurais. Et il avait raison. Ce genre d’homme ne lance jamais un défi au hasard. Tout est calculé, même ce qui ressemble à de l’improvisation. Alors je le laissai attendre. Quelques heures. Juste assez pour inverser légèrement l’équilibre.Quand je franchis à nouveau les portes du Velvet Room, l’atmosphère me sembla différente. Pas à cause de la musique, ni des lumières, ni même des visages. C’était plus subtil que ça. Comme si le lieu lui-même avait gardé une trace de la veille. Ou peut-être était-ce moi. Je n’étais plus exactement dans le même état d’esprit. Plus attentive, plus consciente.Je ne cherchai pas la mezzanine tout de suite. Je restai près du bar, observant, laissant le temps s’étirer. Plusieurs regards se posèrent sur moi, certains insistants
Je quittai la mezzanine avant que quelque chose ne bascule vraiment. Pas par peur, ni par hésitation, mais parce que je savais reconnaître le moment précis où il fallait s’arrêter. Prolonger aurait été une erreur. Et les erreurs, dans ce genre de jeu, ne pardonnent pas. Pourtant, en redescendant les marches, je sentais encore la pression de ses doigts autour de mon poignet, comme une trace invisible que je n’arrivais pas à effacer. C’était nouveau, désagréable… et étrangement captivant.La musique me heurta à nouveau, plus forte, plus brutale, comme si elle cherchait à couvrir ce qui venait de se passer. Je traversai la salle sans ralentir, ignorant les regards, les silhouettes, les voix. Rien n’avait changé autour de moi, et pourtant tout était différent. Parce que cette fois, je n’étais plus simplement en train de jouer. J’avais déclenché quelque chose et lui aussi.Je sortis prendre l’air.Le froid me saisit immédiatement, contrastant violemment avec la chaleur étouffante de l’in
Il ne répondit pas tout de suite, et ce silence n’avait rien d’un vide. Il s’installait entre nous, dense, presque palpable, comme une frontière invisible qu’aucun de nous ne franchissait encore vraiment. Pourtant, la distance avait changé. Elle n’était plus une protection. Elle devenait une invita
Quitter la mezzanine ne fut pas aussi simple que je l’avais imaginé. Pas parce qu’il me retenait, ni même parce qu’il insistait.Adrian Voss n’avait pas besoin de ça, mais parce que son regard resta accroché au mien une seconde de trop, comme s’il évaluait encore quelque chose que je n’avais pas di
Je ne mis pas longtemps à comprendre que trouver Adrian Voss n’avait rien de compliqué.Il ne se cachait pas. Au contraire.Son nom était partout, glissé dans les conversations, affiché sur les façades, murmuré avec un mélange d’admiration et de méfiance. Il possédait des lieux où les gens rêvaient
Tout a commencé par un rire.Un de ces rires trop forts, trop insistants, qui résonnent plus que les autres dans une pièce déjà bruyante. Les verres s’entrechoquaient, la musique vibrait contre les murs, et les lumières tamisées donnaient à la soirée un air presque irréel. C’était le genre d’endroi







