ログイン— Je souhaite déposer des documents sous scellé, avec instruction de les transmettre au parquet de Paris en cas de décès ou de disparition de ma personne ou de mes associés.Le notaire haussa un sourcil, mais ne manifesta pas d’autre surprise. Il avait l’habitude des demandes inhabituelles.— Vous m’en voyez intrigué. De quel genre de documents s’agit-il ?Rebecca ouvrit la sacoche et en sortit les chemises cartonnées qu’elle avait préparées la veille. Elle les posa sur le bureau, les unes après les autres, formant une pile impressionnante de papiers, de photographies, de clés USB et de dictaphones.— Corruption, détournement de fonds publics, faux et usage de faux, subornation de témoins, violences conjugales, viols, séquestration, et complicité d’assassinat. Le tout impliquant un sénateur en exercice, un homme d’affaires milliardaire, et un ancien policier reconverti en tueur à gages.Maître Laroche la regarda par-dessus ses lunettes.— Vous ne faites pas dans la demi-mesure, madame
Puis vint le moment des adieux.— Fais attention à toi, dit Éléonore à sa sœur en la serrant dans ses bras.— Toi aussi. Et ne prends pas de risques inutiles.— C’est promis.Isaora esquissa un sourire triste.— Tu mens aussi mal que moi.— C’est de famille.Elles échangèrent un regard complice, et pendant un bref instant, elles ne furent plus deux sœurs brisées par des années de mensonges et de trahisons. Elles furent simplement deux femmes qui s’apprêtaient à livrer la bataille de leur vie, et qui savaient qu’elles pouvaient compter l’une sur l’autre.Rebecca serra la main d’Amir avec une vigueur qui le fit presque grimacer.— Prenez soin d’elle, dit-elle à voix basse. Ou je vous fais regretter d’être sorti de votre cage de verre.— Je la protégerai. Quoi qu’il arrive.— Je sais. C’est pour ça que je vous la confie.Elle s’approcha d’Éléonore et la serra dans ses bras à son tour, longuement, silencieusement. Puis elle recula, les yeux brillants de larmes qu’elle refusait de verser.
— Il a raison, intervint Rebecca. C’est la tactique classique des groupes clandestins. Diviser les forces de l’adversaire, l’obliger à se disperser, le fatiguer en le faisant courir d’un point à un autre. J’ai couvert assez de procès politiques pour savoir que ça marche.— Où est-ce qu’on irait ? demanda Isaora d’une voix tremblante. Moi, je ne peux pas retourner chez Jacques. Je ne peux pas retourner dans cet appartement.— Toi, tu restes avec Marianne, dit Amir. Tu vas dans le 19e arrondissement, dans l’appartement sécurisé. C’est toi qui as le plus besoin de protection. Tu portes un enfant, tu es le témoin clé du procès, et tu es la plus vulnérable.— Et nous ? demanda Rebecca.— Toi, tu vas contacter tes anciens collègues du journal. Pas pour publier quoi que ce soit – pas encore. Mais pour leur dire qu’une grosse affaire se prépare et que tu pourrais avoir besoin de leur soutien quand le moment sera venu. La presse sera notre meilleure alliée quand on passera à l’offensive.Rebec
Ils se retirèrent dans leurs chambres respectives, mais personne ne dormit vraiment cette nuit-là. Éléonore resta allongée dans son lit étroit, les yeux fixés sur le plafond, écoutant les bruits de la maison endormie. Elle pensait à Lambert, à sa silhouette menaçante dans la voiture noire, à cette traque silencieuse qui ne s’arrêterait jamais. Elle pensait à Jacques, à son sourire narquois, à ses menaces murmurées à son oreille. Elle pensait à son père, à ce patriarche froid et calculateur qui avait sacrifié ses filles sur l’autel de son ambition.Mais elle pensait aussi à Amir. À son baiser dans l’atelier. À sa promesse de ne plus reculer. À ce « nous » fragile et précieux qu’ils étaient en train de construire au milieu des ruines.Et cette pensée lui donna la force d’attendre le matin.***Le lendemain matin, le refuge s’éveilla dans une atmosphère de tension contenue. Les femmes qui y résidaient vaquaient à leurs occupations habituelles – préparer le petit-déjeuner, habiller les en
Amir prit une brusque à gauche et s’engagea dans une ruelle si étroite que les rétroviseurs frôlaient les murs. La berline hésita une fraction de seconde – trop large, trop imposante pour se faufiler dans ce boyau de pierre – puis renonça et poursuivit tout droit.— On l’a semé, dit Éléonore.— Pour l’instant. Mais il va faire le tour du pâté de maisons. Il nous retrouvera.Amir accéléra dans la ruelle, déboucha sur une place déserte, traversa un carrefour, s’engouffra sous un porche. Il coupa le moteur et les phares, plongeant la camionnette dans l’obscurité la plus totale.— On attend, murmura-t-il. Sans bouger. Sans parler.Ils restèrent immobiles dans le silence, retenant leur souffle, écoutant les bruits de la nuit. Quelques minutes plus tard, un moteur rugit dans la rue voisine. Des phares balayèrent la place, s’attardant sur les façades endormies, cherchant une trace, un indice, un mouvement suspect. Puis le moteur s’éloigna, et le silence retomba.— Il est parti, murmura Rebec
— Quelques jours, peut-être une semaine. Le temps que le parquet examine les pièces, entende les témoins, vérifie les faits. Mais je ne vous cache pas que ça va être compliqué. Servin est sénateur. Il bénéficie d’une immunité parlementaire partielle. Il faudra une levée d’immunité pour pouvoir le poursuivre, et ça, c’est le Sénat qui décide.— Et pour mon père ?— Charles Delcourt n’est pas parlementaire. Lui, on peut l’arrêter tout de suite. Mais il a les moyens de s’offrir les meilleurs avocats de Paris. Il va se défendre, et durement.— On le sait, dit Rebecca. On est prêtes.Le commandant les raccompagna jusqu’à la sortie du commissariat. Sur le seuil, il posa une main sur l’épaule d’Isaora.— Vous avez été courageuse, mademoiselle Delcourt. Peu de femmes dans votre situation osent parler. Vous pouvez être fière de vous.Isaora baissa les yeux, incapable de répondre. Éléonore remercia le commandant d’un signe de tête, et ils sortirent dans la nuit parisienne.La camionnette d’Amir







