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CHAPITRE 267 – La grossesse d’Éléonore

Author: L'encre
last update publish date: 2026-09-26 07:31:59

Ce fut un matin ordinaire. Un de ces matins qui ressemblent à tous les autres et qui pourtant changent une vie sans prévenir. Éléonore s’était réveillée avec une nausée, elle qui n’était jamais malade. Elle avait mis cela sur le compte de la fatigue – les travaux de la magnanerie, les allers-retours à Paris pour les signatures, les nuits trop courtes à parler avec Amir de tout et de rien. Mais quand les nausées persistèrent plusieurs jours de suite, accompagnées d’une fatigue étrange et d’une s
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    Ce fut un matin ordinaire. Un de ces matins qui ressemblent à tous les autres et qui pourtant changent une vie sans prévenir. Éléonore s’était réveillée avec une nausée, elle qui n’était jamais malade. Elle avait mis cela sur le compte de la fatigue – les travaux de la magnanerie, les allers-retours à Paris pour les signatures, les nuits trop courtes à parler avec Amir de tout et de rien. Mais quand les nausées persistèrent plusieurs jours de suite, accompagnées d’une fatigue étrange et d’une sensibilité inhabituelle aux odeurs, elle commença à se poser des questions.Elle ne voulait pas y croire. Pas encore. Pas avant d’être sûre.Elle profita d’une absence d’Amir – il était descendu au village pour acheter du bois – pour se rendre à la pharmacie la plus proche. Elle acheta un test de grossesse, le cacha dans son sac, et rentra à la magnanerie le cœur battant. Dans la salle de bains, les mains tremblantes, elle suivit les instructions sur la boîte, puis elle attendit.Deux minutes. D

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    Le printemps s’était installé sur la vallée comme une promesse tenue. Les travaux de la magnanerie étaient presque terminés – il ne restait plus que quelques finitions, des détails qu’Éléonore peaufinera avec le temps, comme on peaufine un tableau qu’on ne veut jamais vraiment achever. Mais la maison était debout. Solide. Vivante. Et maintenant qu’elle avait un toit, Éléonore voulait un jardin.— Tu vas planter quoi ? demanda Amir en la regardant s’activer autour de ce qui avait été autrefois une cour intérieure envahie par les ronces.— Des fleurs. Des herbes aromatiques. Un cerisier, là, au milieu. Et des lavandes, bien sûr. On est en Provence, il faut des lavandes.— Tu vas faire tout ça toute seule ?— J’ai passé des années à dessiner des jardins pour les autres. Cette fois, c’est le mien.Elle retroussa ses manches et se mit au travail avec la même détermination qu’elle mettait dans tout ce qu’elle entreprenait. Elle désherba, bêcha, ameublit la terre avec des gestes précis, pres

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    Éléonore réfléchit un long moment, les mains serrées autour de sa tasse de café. Elle pensait à tout ce qu’elle avait traversé, à tout ce qu’elle avait perdu, à tout ce qu’elle avait gagné. Elle pensait à sa mère, morte sans que personne ne sache vraiment pourquoi. Elle pensait à Clara, assassinée parce qu’elle avait voulu faire éclater la vérité. Elle pensait à toutes les femmes qui vivaient encore dans l’ombre de maris violents, de pères abusifs, de systèmes corrompus, et qui n’osaient pas parler.— Écris, dit-elle enfin. Écris tout. Ne cache rien, n’édulcore rien. Dis la vérité, toute la vérité, aussi brutale soit-elle.— Tu es sûre ?— Sûre. Mais à une condition.— Laquelle ?— Écris aussi sur Clara. Pas comme une victime, pas comme un dommage collatéral. Comme ce qu’elle était vraiment : une femme brillante, courageuse, qui a donné sa vie pour la vérité. Elle mérite d’être plus qu’un nom dans un dossier judiciaire. Elle mérite qu’on se souvienne d’elle.Rebecca hocha la tête, les

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    Elle leva son verre plus haut.— À Éléonore, qui a trouvé le courage de quitter un mari violent et de témoigner contre lui. À Amir, qui a transformé sa douleur en force et sa culpabilité en justice. À Isaora, qui a survécu à l’enfer et qui élève son fils dans l’amour et la liberté. À Vargas, qui protège les innocents sans jamais demander de reconnaissance. Et à Gabriel, qui ne sait pas encore ce que le mot « survivant » veut dire, mais qui l’apprendra bien assez tôt.Elle prit une profonde inspiration, et sa voix se fit plus douce.— Aux survivants. Parce que survivre, ce n’est pas seulement rester en vie. C’est continuer à aimer, à rire, à faire des projets, même quand tout semble fini. C’est reconstruire sur les ruines, comme cette magnanerie. C’est faire de ses cicatrices une force, et de ses blessures une sagesse.Elle leva son verre une dernière fois.— Aux survivants.— Aux survivants, répétèrent-ils en chœur.Ils trinquèrent, et le bruit des verres qui s’entrechoquaient résonna

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    Le dîner avait été improvisé dans la cour de la magnanerie, sous le figuier centenaire qui étendait ses branches au-dessus de la vieille table de pierre. Amir avait allumé des lanternes, de ces bougies citronnelles qui éloignent les moustiques sans les tuer, et la lueur vacillante des flammes donnait à la scène des allures de fête improvisée.Rebecca était arrivée en fin d’après-midi, les bras chargés de provisions – du pain de campagne, du fromage de chèvre, une bouteille de rosé bien frais, et un gâteau aux abricots acheté chez le pâtissier du village. Elle avait aussi apporté les épreuves de son livre, un pavé de quatre cents pages qui serait publié à la rentrée sous le titre « Sœurs de sang, sœurs de lit – L’affaire Servin-Delcourt ».— J’ai pensé que vous voudriez lire avant tout le monde, avait-elle dit en posant le manuscrit sur la table. Mais pas ce soir. Ce soir, on ne parle pas de procès, de prison ou de vengeance. Ce soir, on fait la fête.— Une fête ? avait demandé Isaora.

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    Elle avait changé. Ses traits s’étaient adoucis, ses yeux avaient perdu cette lueur de peur permanente qui les habitait. Elle portait une robe légère, un foulard autour du cou, et tenait dans ses bras un bébé aux joues roses qui regardait le monde avec de grands yeux curieux.— Léo, murmura-t-elle en apercevant sa sœur sur le seuil de la maison.— Isaora.Elles restèrent un instant immobiles, à quelques mètres l’une de l’autre, comme si le temps s’était suspendu. Puis Éléonore s’avança, lentement d’abord, puis de plus en plus vite, et elles se retrouvèrent dans les bras l’une de l’autre, riant et pleurant à la fois.— Tu m’as manqué, murmura Éléonore.— Toi aussi. Tellement.— Montre-moi ce petit bonhomme. C’est Gabriel ?— Oui. Regarde comme il a grandi. Il a tes yeux, tu ne trouves pas ?Éléonore se pencha vers le bébé, qui la dévisagea avec cet air sérieux qu’ont parfois les nourrissons, comme s’ils comprenaient déjà tout du monde qui les entoure.— Il est magnifique, dit-elle. Vra

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