เข้าสู่ระบบAmir s’approcha du tapis d’éveil où Clara était allongée, agitant ses petits bras vers le mobile d’oiseaux qu’Éléonore avait cousu. Il s’agenouilla à côté d’elle et lui tendit un doigt qu’elle attrapa avec une force surprenante.— Tu as raison, dit-il. C’est étrange. Avant, chaque jour était une épreuve. Maintenant, chaque jour est une découverte.— C’est ça, la vie ordinaire ?— Oui. C’est exactement ça.Les semaines passèrent, rythmées par les petites et grandes étapes de la petite enfance. La première purée de carottes, que Clara recracha intégralement sur le bavoir brodé par Isaora. La première nuit complète – six heures d’affilée sans un pleur – qui laissa Éléonore et Amir désorientés au réveil, comme s’ils avaient oublié ce que c’était que de dormir. La première fois que Clara rampa jusqu’à l’atelier d’Amir, attirée par l’odeur du bois fraîchement coupé, et qu’il la prit sur ses genoux pour lui montrer un oiseau qu’il venait de terminer.— Tu lui montres déjà à sculpter ? demand
Rebecca garda Clara dans ses bras un long moment, lui murmurant des mots doux que personne d’autre n’entendit. Puis elle la rendit à Éléonore et se leva, essuyant ses joues d’un geste brusque.— Bon, dit-elle en reprenant sa voix habituelle. Assez de sentimentalisme. J’ai apporté du champagne sans alcool – enfin, du jus de raisin pétillant, c’est pareil. On va trinquer à la santé de cette petite fille.— Et à la mémoire de l’autre Clara ? demanda Amir.— Oui. À sa mémoire. Et à tout ce qu’elle nous a appris. Le courage. La détermination. L’amour. Elle ne sera jamais oubliée. Pas tant que cette petite portera son prénom.Ils trinquèrent tous les trois, dans le salon baigné de lumière, autour du berceau où dormait la nouvelle Clara. Le soleil entrait à flots par les fenêtres ouvertes, et les lavandes du jardin embaumaient l’air de leur parfum sucré.— Tu sais ce qu’elle m’a dit, l’autre Clara ? demanda soudain Amir. Dans la lettre posthume que j’ai lue au procès. Elle m’a dit : « Ne res
La nouvelle de la naissance de Clara se répandit comme une traînée de poudre parmi leurs proches. Les messages de félicitations affluèrent de toutes parts, sur le téléphone crypté qu’ils utilisaient encore par habitude plus que par nécessité. Mais c’est Rebecca qui fut la première à venir.Elle arriva le lendemain matin, les bras chargés de cadeaux – une peluche en forme d’oiseau, un livre de contes provençaux, et une minuscule brassière tricotée par Marianne, la directrice du refuge de la rue des Pyrénées. Elle avait les yeux rouges, comme si elle n’avait pas beaucoup dormi, mais son sourire illuminait son visage fatigué.— Alors, où est-elle ? demanda-t-elle en posant ses paquets dans l’entrée. Où est ma filleule ?— Dans le salon, répondit Éléonore. Elle vient de s’endormir.— Ne la réveille pas. Je veux juste la regarder.Elle entra dans le salon sur la pointe des pieds, s’approcha du berceau sculpté par Amir, et resta un long moment immobile, les yeux fixés sur le petit être endo
Une fille. Une petite fille aux cheveux bruns, au visage fripé, aux poings serrés qui s’agitaient dans l’air. La sage-femme la posa sur la poitrine d’Éléonore, et le monde s’arrêta de tourner.— Bonjour, murmura Éléonore en caressant la joue de sa fille. Bonjour, mon amour. Je suis ta maman.Amir s’était approché, le visage baigné de larmes silencieuses. Il regardait le bébé avec une intensité bouleversante, comme s’il n’arrivait pas à croire que cet être minuscule était réel, vivant, là. Éléonore leva les yeux vers lui et lui sourit.— Tu veux la prendre ?Il hocha la tête, incapable de parler. La sage-femme l’aida à installer le bébé dans ses bras, soutenant la petite tête fragile. Il la tenait avec une délicatesse infinie, comme on tient un oiseau tombé du nid. Et puis il murmura un mot, un seul, qui emplit la salle de travail comme une prière.— Clara. Elle s’appellera Clara.Éléonore ferma les yeux, les larmes coulant librement sur ses joues. Elle savait ce que ce prénom signifia
— Tu vas répondre ?— Non.— Pourquoi ?— Parce qu’il ne mérite même pas ma colère.Elle regarda les flammes achever leur œuvre, réduisant la dernière page en un fragment de cendre qui s’envola dans le conduit. Puis elle se tourna vers Amir, et un sourire paisible éclaira son visage.— C’est fini, dit-elle. Vraiment fini. Il n’a plus aucun pouvoir sur moi. Ni lui, ni mon père, ni personne. Je suis libre, Amir. Totalement libre.— Tu l’as toujours été. Tu l’ignorais, c’est tout.— Maintenant, je le sais. Et rien ni personne ne pourra plus jamais me l’enlever.Il la prit dans ses bras, et ils restèrent ainsi un long moment, devant la cheminée où brûlaient les derniers mots de Jacques. Dehors, le vent d’automne s’était levé, chassant les nuages vers l’horizon. La journée serait belle. Comme toutes les journées qui suivraient. Comme toutes les journées d’une vie libre.***L’accouchement commença au milieu de la nuit, comme si l’enfant avait choisi l’heure la plus silencieuse pour faire s
Je ne t’ai jamais aimée. Dès le premier jour, dès la première rencontre organisée par ton père, j’ai su que tu n’étais pas la femme qu’il me fallait. Tu étais trop intelligente, trop indépendante, trop fière. Tu posais des questions, tu exigeais des réponses, tu refusais de te soumettre. J’aurais dû rompre, chercher ailleurs, épouser une femme plus docile. Mais ton père avait ce qu’il fallait pour ma carrière : de l’argent, des relations, un nom respecté. Alors j’ai accepté le marché. Je t’ai épousée pour ce que tu représentais, pas pour ce que tu étais.Éléonore serra les dents, mais elle continua à lire.Je t’ai fait souffrir. Je le sais. Je ne m’en excuse pas. Je n’ai jamais cru aux excuses – ce sont des mots vides, des formules de politesse qui ne réparent rien. Mais je veux que tu saches que je ne te détestais pas. Je te méprisais, ce qui est peut-être pire. Tu étais un obstacle à mes ambitions, un fardeau dont je ne pouvais pas me défaire. J’aurais pu te tuer, comme j’ai fait po







