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Chapitre 22: Le réveil

Author: Déesse
last update publish date: 2026-10-13 02:34:54

Alba

Je m'endors à l'heure où les oiseaux commencent, cette heure grise où le corps n'a plus la force de se tenir.

Je me réveille dans la lumière.

La première chose, c'est la chaleur. Pas la chaleur de l'air. Une chaleur qui vient de la peau, sur toute la longueur de mon corps, et qui m'arrive par le dos.

La deuxième chose, c'est le tissu. Il n'y a pas de tissu. Je sens le drap sous mes cuisses, sous mon ventre, l'air sur mes épaules, et rien d'autre. Je suis nue.

Mes yeux s'ouvrent d'un coup,
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    Il a retiré ses lunettes. Il les a pliées. Il les a posées sur le dossier.— Alba, écoute moi une fois sans crier, parce que tu crieras après. Il n'y a pas de bus du Nord. Il n'y a pas de relais de trois heures le jeudi. Il n'y a pas de clé du portail. Le garçon que tu as vu est un garçon qui invente des choses pour se rendre intéressant auprès d'une jolie fille enfermée, parce que c'est ce que font les petits hommes quand ils croient qu'une occasion se présente.— Tu l'as fait partir.— Je n'ai rien fait.— Alors il est où.Il s'est levé. Il est venu jusqu'à moi. Il a mis ses deux mains sur mes épaules, avec cette douceur qui me révolte, cette douceur de médecin, et il a parlé doucement, à dix centimètres de mon visage.— Il est reparti chez sa mère à Homestead. Il avait un oncle malade. Vicente lui a donné sa paie et sa lettre de recommandation. C'est tout.Vicente, derrière moi, n'a pas bougé.— Reg

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    AlbaIl y a un homme au portail et il est le premier être humain depuis dix semaines qui me parle sans me mesurer.Je l'ai remarqué le troisième jour. Il s'appelle Tavo, il a dans les vingt cinq ans, un visage de garçon qui n'a pas encore fini de s'élargir, une cicatrice de rasoir sous la mâchoire, et un maillot de Miami Heat qu'il porte sous la chemise d'uniforme en attendant que la chaleur tombe. Il est posté au mur de pierres, à l'endroit où le mur tourne vers la mer, et il fume en cachette des cigarettes fines qui sentent le sucre.Je passe devant lui tous les matins. Il me dit bonjour. D'abord avec la tête. Puis avec la main. Puis avec la voix.Le cinquième jour, il m'a appelée mademoiselle Alba et j'ai sursauté si fort qu'il a ri. Je ne savais pas que mon prénom circulait dans cette maison. Je ne savais pas que j'avais un prénom pour ces hommes. C'est effrayant, en vérité, ce que ça m'a fait. Une chose aussi petite. Un mot. Personne ne

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    AlbaLe pacte tient une semaine de plus.Enfin, son genre de pacte. Je mange. Je dors, un peu, du côté droit, sa main sur mes côtes ou le drap entre nous, selon les nuits. Je marche dans le jardin de pierres. Je monte sur la falaise le matin et je regarde la mer jusqu'à ce que j'aie mal aux yeux. Je ne crie plus contre les murs, parce que ça ne sert à rien, et parce que je commence à avoir honte, à force, de crier pour un mur.Il n'est pas toujours là. Il part le matin et rentre le soir, et certains soirs il rentre avec du sable dans les chaussures, et une fois, une fois seulement, avec une tache sombre sur la manchette, au poignet, une tache qui n'était pas du café.Ce jour là, je n'ai pas posé de question. Je commence à apprendre que dans cette maison, il vaut mieux ne pas savoir. Pas par lâcheté. Par survie. Il y a des pièces entières de lui que je pourrais ouvrir, et chez lui, les portes ouvertes, ça ne s'annonce pas.Le matin du huitième jour, c'est le jour où j'ai envie de sorti

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    AlbaJe m'endors à l'heure où les oiseaux commencent, cette heure grise où le corps n'a plus la force de se tenir.Je me réveille dans la lumière.La première chose, c'est la chaleur. Pas la chaleur de l'air. Une chaleur qui vient de la peau, sur toute la longueur de mon corps, et qui m'arrive par le dos.La deuxième chose, c'est le tissu. Il n'y a pas de tissu. Je sens le drap sous mes cuisses, sous mon ventre, l'air sur mes épaules, et rien d'autre. Je suis nue.Mes yeux s'ouvrent d'un coup, très grands, sans bouger un millimètre du reste.Je suis nue dans son lit. Je suis totalement nue, couchée sur le ventre, un bras sous l'oreiller, la joue dessus, et la dernière fois que je me suis vue, je portais son tee shirt, ce grand tee shirt de coton qui descendait jusqu'aux genoux.Il n'y a pas de tee shirt sur moi. Il n'y a pas de serviette. Il n'y a rien.Au dessous de mon ventre, posée à plat, il y a une main.Sa main. Sur mon ventre, à droite du nombril, les doigts écartés, immobiles,

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