LOGINToute ma vie, j'ai cru qu'il était mon frère, mon sang, ma famille, mon protecteur, celui qui me tenait la main dans le noir et qui jurait de me protéger jusqu'à son dernier souffle, mais j'avais tort. Un baiser, un seul baiser que mon meilleur ami a posé sur mes lèvres un soir d'été à Marseille, un moment volé, doux et interdit, et il nous a vus. Enzo Castellani, l'héritier de l'empire le plus dangereux de la ville, l'homme que tout le monde craint et admire, celui que j'appelais mon frère, est devenu ce soir-là un monstre qui ne m'a ni crié dessus ni frappée, mais qui m'a simplement regardée froidement et silencieusement comme on regarde une chose qu'on croyait sienne et qu'on découvre souillée. Puis il a parlé, et sa voix a brisé ma vie en mille morceaux. — Tu as aimé ça ? Je n'ai pas répondu. Il s'est approché. Trop près. Sa main a agrippé mon menton, a forcé mes yeux à croiser les siens. — Réponds-moi. Tu as aimé qu'il te touche ? — Enzo, arrête… — Tu ne perdras ta virginité qu'avec moi. Le sol s'est ouvert sous mes pieds, le sang a quitté mon visage, mon cœur s'est arrêté. — Quoi ? Tu es mon frère… — Non. Un silence. Un couteau. — Je ne suis pas ton frère. Je n'ai jamais été ton frère. Et tu le sais, au fond. Tu l'as toujours su. — Pourquoi ? Pourquoi tu m'as menti toutes ces années ? — Parce que tu m'appartiens. Depuis le premier jour. Depuis que ton père t'a déposée chez moi comme une dette.
View MoreAlbaLe pacte tient une semaine de plus.Enfin, son genre de pacte. Je mange. Je dors, un peu, du côté droit, sa main sur mes côtes ou le drap entre nous, selon les nuits. Je marche dans le jardin de pierres. Je monte sur la falaise le matin et je regarde la mer jusqu'à ce que j'aie mal aux yeux. Je ne crie plus contre les murs, parce que ça ne sert à rien, et parce que je commence à avoir honte, à force, de crier pour un mur.Il n'est pas toujours là. Il part le matin et rentre le soir, et certains soirs il rentre avec du sable dans les chaussures, et une fois, une fois seulement, avec une tache sombre sur la manchette, au poignet, une tache qui n'était pas du café.Ce jour là, je n'ai pas posé de question. Je commence à apprendre que dans cette maison, il vaut mieux ne pas savoir. Pas par lâcheté. Par survie. Il y a des pièces entières de lui que je pourrais ouvrir, et chez lui, les portes ouvertes, ça ne s'annonce pas.Le matin du huitième jour, c'est le jour où j'ai envie de sorti
AlbaJe m'endors à l'heure où les oiseaux commencent, cette heure grise où le corps n'a plus la force de se tenir.Je me réveille dans la lumière.La première chose, c'est la chaleur. Pas la chaleur de l'air. Une chaleur qui vient de la peau, sur toute la longueur de mon corps, et qui m'arrive par le dos.La deuxième chose, c'est le tissu. Il n'y a pas de tissu. Je sens le drap sous mes cuisses, sous mon ventre, l'air sur mes épaules, et rien d'autre. Je suis nue.Mes yeux s'ouvrent d'un coup, très grands, sans bouger un millimètre du reste.Je suis nue dans son lit. Je suis totalement nue, couchée sur le ventre, un bras sous l'oreiller, la joue dessus, et la dernière fois que je me suis vue, je portais son tee shirt, ce grand tee shirt de coton qui descendait jusqu'aux genoux.Il n'y a pas de tee shirt sur moi. Il n'y a pas de serviette. Il n'y a rien.Au dessous de mon ventre, posée à plat, il y a une main.Sa main. Sur mon ventre, à droite du nombril, les doigts écartés, immobiles,
AlbaLe pacte est signé sans papier, le jour quinze.Ce que ça change, concrètement : je peux circuler dans toute la propriété, la terrasse, le jardin de pierres, même le chemin de la falaise, qui est clos par un haut mur. Un verrou demeure : le portail. Et il a gardé la clé.Ce que ça change, aussi, c'est qu'il me parle. Le soir, il descend à sept heures et demie, il fait à manger, et il parle. Il parle de son père, de sa mère morte, des maisons qu'il possède, d'un chantier dans le Nord, des gens avec qui il travaille et dont il ne me donne aucun nom. Il ne me demande jamais rien de moi, sinon des choses minuscules : si j'ai froid, si j'ai mangé, si je veux dormir ou pas.Et le dix huitième jour, il ne redescend pas pour dormir sur le palier.Il monte avec moi.Je le vois prendre une serviette, un verre d'eau, un livre qu'il ne lira pas, et je le vois entrer dans sa propre chambre sans un mot, et je comprends que le couloir est terminé. Que la nuit devant ma porte, c'était l'ancien t
AlbaÀ neuf heures il descend et il me trouve dans la cuisine, debout, appuyée contre le plan de travail, avec le téléphone fixe dans les mains.Il ne se fâche pas. Il s'arrête dans l'embrasure, il met les mains dans ses poches, et il attend.Je regarde le combiné. Le fil. La fente d'une prise d'air, dans le mur, sous le téléphone. Il n'y a pas de tonalité. Je le sais, j'ai décroché. Je l'ai décroché trois fois dans la nuit, sans bruit, pour vérifier. La ligne est coupée. Il l'a peut être coupée le premier jour. Elle n'a peut être jamais fonctionné.— Tu peux le garder, dit il. Il ne sert à rien.— Je le sais.— Alors tu voulais quoi.— Je voulais te regarder entrer.Il a un mouvement de tête, une espèce d'approbation, comme un maître qui voit un élève réussir un exercice facile. Il traverse la cuisine. Il prend la bouilloire. Il se fait un café et il m'en fait un aussi, sans me demander, deux tasses, et il pose la mienne à l'endroit où je suis, à une distance exacte où nos épaules vo
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