เข้าสู่ระบบChapitre 37 : Le criSolèneJe ne dors pas cette nuit-là. Pas une minute. Pas une seconde. Je reste assise à la table bancale, le carnet de croquis ouvert devant moi, les yeux fixés sur ce symbole que j'ai dessiné cent fois, ce blason mystérieux qui est la clé de mon passé. Le cercle, la ligne brisée, la couronne à trois pointes. Le même tatouage que j'ai vu au poignet d'Alessandro Marques. Le même blason que ma mère a fait graver sur le médaillon qu'il m'a volé.Tout est lié. Tout est connecté d'une manière que je ne comprends pas encore, mais que je commence à deviner, comme on devine les contours d'un paysage à travers le brouillard. Alessandro Marques connaissait ce symbole bien avant de me rencontrer. Il le portait sur sa peau, gravé dans sa chair, comme un héritage ou une malédiction. Et quand il a vu mon médaillon, cette nuit-là, dans la chambre du palais, il a reconnu le blason. C'est pour cela qu'il l'a volé. Pas pour sa valeur, pas par cupidité. Parce qu'il savait. Parce que
Chapitre 36 : Le visage à l'écranSolèneLe soir de la remise de diplôme, je n'ai pas envie de sortir. Margot a proposé d'aller dîner dans un restaurant du Bairro Alto, de boire du vin, de danser jusqu'à l'aube pour fêter ma victoire. J'ai refusé, prétextant la fatigue, les bébés à coucher, la journée épuisante. En réalité, je voulais juste rentrer chez moi, m'asseoir sur mon matelas, et contempler mon diplôme en silence. Le bonheur, pour moi, a besoin de calme. Il a besoin de solitude. Il a besoin de cette intimité que je partage avec mes fils endormis et mes pensées vagabondes.L'appartement est plongé dans la pénombre quand je pousse la porte. La voisine, madame Oliveira, m'a ramené les enfants après la cérémonie, les a couchés, m'a félicit&ea
Chapitre 35 : La remise de diplômeSolèneLa cérémonie a lieu dans le grand amphithéâtre de la faculté, celui-là même où je me suis évanouie deux ans plus tôt, le jour où j'ai appris que j'étais enceinte. La coïncidence ne m'échappe pas. Elle me frappe même avec une telle violence que je reste figée sur le seuil, incapable d'avancer, les mains crispées sur le carton d'invitation que j'ai reçu il y a trois semaines et que j'ai failli jeter, par peur, par habitude de ne pas célébrer mes victoires.— Qu'est-ce que tu attends ? me souffle Margot derrière moi. C'est ton jour. Entre.Je hoche la tête, inspire profondément, franchis les portes. L'amphithéâtre est méconnaissable. Les rangées de sièges ont ét&eac
Chapitre 34 : La réussite malgré toutSolèneLe tableau d'affichage est placé dans le hall de la faculté, à côté des escaliers. Une feuille blanche punaisée sur un panneau de liège, avec une liste de noms et de notes. Chaque semestre, c'est le même rituel : les étudiants se pressent devant ce bout de papier, cherchant fébrilement leur matricule, poussant des cris de joie ou de désespoir selon le résultat. Aujourd'hui, c'est mon tour.Je suis arrivée tôt, avant la foule, avant les bousculades, avant les commentaires. Les bébés sont chez la voisine, Margot est en cours, je suis seule devant cette feuille blanche qui va décider de mon avenir. Mon cœur bat si fort que je l'entends pulser dans mes oreilles, mes mains sont moites, ma gorge est sèche. C'est ridicule, je le sais. Ce n'est qu'un examen. Ce n'est qu'une note. Mais cet examen, c'est le premier depuis mon retour. C'est la preuve que je peux encore réussir, que je ne suis pas brisée, que ma vie n'est pas finie.Je parcours la list
Chapitre 33 : Les nuits blanchesSolèneMinuit. La ville dort, ou du moins elle fait semblant. Par la fenêtre de la kitchenette, j'entends encore les échos lointains d'une guitare dans un bar d'Alfama, le rire ivre d'un touriste égaré, le miaulement d'un chat de gouttière qui défend son territoire. Mais dans l'appartement, tout est silencieux. Gabriel et Raphaël dorment dans leurs berceaux, épuisés par une journée de pleurs, de tétées, de couches sales. Margot est rentrée chez elle depuis longtemps. Je suis seule avec mes livres, mes notes, mes surligneurs usés jusqu'à la moelle.Le programme de troisième année est impitoyable. J'ai manqué un semestre entier, et les professeurs n'ont pas ralenti la cadence pour m'attendre. L'art gothique portugais, le maniérisme italien, les primitifs flamands, l'architecture baroque : autant de matières que je dois assimiler en quelques semaines si je veux réussir mes examens de rattrapage en septembre. Chaque soir, quand les bébés s'endorment enfin,
Chapitre 32 : Le retour aux étudesSolèneUn an. Cela fait un an que j'ai mis ma vie entre parenthèses. Un an que j'ai quitté les amphithéâtres, les bibliothèques, les salles de cours. Un an que je n'ai pas ouvert un livre d'histoire de l'art, que je n'ai pas rédigé une dissertation, que je n'ai pas passé un examen. Une éternité, à l'échelle d'une vie d'étudiante. Un gouffre qu'il va falloir franchir, un retard qu'il va falloir rattraper.Ce matin, pourtant, je suis debout devant le bâtiment de la faculté, le cœur battant, les mains moites. J'ai enfilé ma plus belle robe, celle que Margot m'a offerte pour mon anniversaire, une robe bleu nuit qui masque tant bien que mal les traces que la grossesse a laissées sur mon corps. J'ai coiffé mes cheveux, mis un peu de mascara, essayé de retrouver l'apparence de l'étudiante que j'étais avant. Mais je sais que je ne suis plus la même. Quelque chose en moi a changé, irrémédiablement. La maternité m'a transformée, m'a durcie, m'a vieillie.Gabri







