LOGINChapitre 5 : La collision
Le choc la déséquilibra, ses pieds glissèrent légèrement sur le sol du couloir. Elle sentit qu’elle basculait. Mais deux bras puissants la rattrapèrent d’un coup sec, ferme, contrôlé. La précision du mouvement l’impressionna. C’était le genre de réflexe qu’on développe en attrapant des ballons en pleine course, au millimètre près. Logique : Shawn n’était pas seulement capitaine de l’équipe, c’était le quarterback. Le gars habitué à lire les trajectoires, anticiper les chocs, rattraper ce qui file trop vite. Même une fille qui tombe. — Doucement, Princesse. Tu vas tomber, souffla une voix grave, basse, étrangement douce. Elle sentit son souffle s’arrêter. Littéralement. Une chaleur se répandit dans son dos alors que ses mains agrippaient instinctivement ce qui semblait être un polo bleu tendu sur des muscles taillés au cordeau. La poigne autour d’elle se resserra un instant, dans un geste réflexe, presque protecteur. Addyson releva les yeux. Et son regard heurta celui de Shawn. « Non ! Non ! C’est quoi ce bordel ? » pensa-t-elle. Ses iris sombres, presque fauves sous la lumière du couloir, la fixaient avec une intensité presque irréelle. Comme s’il l’avait attendue. Comme s’il la reconnaissait. Le monde sembla vaciller. L’air vibrait entre eux. Une tension électrique, dense, insensée. — Je suis… désolée, balbutia-t-elle. J’étais distraite. — J’ai vu, répondit-il dans un souffle. Heureusement que j’étais là, Princesse, ajouta-t-il en lui lançant un clin d’œil. Il ne souriait pas. Il ne faisait même pas mine de la relâcher. Pas tout de suite. Comme s’il savourait l’instant, lui aussi, malgré lui. Addyson sentit son cœur cogner plus fort dans sa poitrine. Cela la rendait confuse. Il sentait… quelque chose de chaud. De bois et de menthe. Et cette proximité était presque trop intense, presque irréelle. Il est trop près. Mais elle ne bougeait pas. Pas encore. Une pensée brève, sourde, traversa son esprit : « Recule. Dis quelque chose. Fuis. » Mais elle ne le fit pas. Et elle détesta ce silence en elle, ce moment où son corps avait choisi de rester figé… attiré. Cela lui laissa le temps de remarquer attentivement ses traits. Elle ne put s’empêcher de les détailler. Il avait ce genre de visage qui n’avait pas besoin d’un mot pour captiver. Des lignes nettes, viriles, sculptées dans le marbre. Une mâchoire affirmée, tendue par l’effort, des pommettes hautes qui accentuaient la profondeur de ses yeux. Son regard… un abîme, fauve, hypnotisant, bordé de cils sombres et denses, presque démesurés pour un garçon. Son nez droit, fier. Et cette bouche — pas parfaite, non — mais étrangement belle. Silencieuse, qui semblait douce. Et puis il y avait ses cheveux. Sombres, d’apparence soyeuse, mais coiffés comme si ses mains ou le vent en avaient décidé autrement. Ce désordre étudié donnait furieusement envie d’y glisser les doigts, juste pour vérifier s’ils étaient aussi doux qu’ils en avaient l’air. Il dégageait une beauté brute, indomptée. Un mélange rare entre danger et calme. Le genre de visage qu’on retient sans le vouloir. Le genre qu’on dessinerait les yeux fermés. Elle se pinça la lèvre. Elle en avait vu du genre. Des beaux, des mignons. Mais Shawn Graham Hill était d’une autre espèce. Une beauté qui trouble. Une beauté qui marque. Shawn cligna lentement des yeux, puis relâcha sa prise, tout aussi lentement. Presque à contrecœur. Leurs regards restèrent accrochés, suspendus, comme si un fil invisible refusait de se rompre. Une seconde de plus, et elle aurait juré avoir senti l’air vibrer autour d’eux, comme une onde silencieuse qu’eux seuls percevaient. Un battement de cils. Un souffle trop profond. Et un détail, minuscule, la frappa : ses doigts à lui, encore tendus, comme s’ils cherchaient à la retenir… malgré lui. — ADDYSON ! VA CHERCHER TA CLÉ TOUT DE SUITE ! LA SALLE D’INFO FERME DANS CINQ MINUTES ! La voix de Logan, hurlée depuis le gymnase, la fit sursauter. Elle recula brusquement, confuse, les joues brûlantes. Sans dire un mot de plus, elle tourna les talons et partit en courant vers l’aile informatique. ⸻ Dans le gymnase, après que Logan a crié : Shawn souffla et passa une main dans ses cheveux, d’un air contrarié. Il semblait nerveux, comme s’il peinait à garder sa façade habituelle. La vision d’Addyson l’avait troublé plus qu’il ne voulait l’admettre. Il détourna le regard, secoua légèrement la tête, puis reprit son pas nonchalant en direction du coach.Chapitre 69 — Ce que tu provoques — Je suis fatigué des blâmes du coach Carter ! C’est du harcèlement, ce qu’il me fait ! grommela Trey. Addyson leva les yeux vers lui, surprise de le voir débarquer pile au moment où elle rêvassait sur Shawn en se dirigeant vers la bibliothèque. Ils marchaient maintenant côte à côte, dans la même direction, lui allait en cours de maths, elle vers les rayons calmes de la bibliothèque. — Tu sais très bien que c’est normal, répondit-elle doucement. L’équipe a besoin de toi. — Il y a d’autres joueurs que moi, répliqua Trey. L’équipe ira très bien sans moi. — Arrête, soupira Addyson. Tu sais aussi bien que moi à quel point ce sport compte pour toi. Trey haussa les épaules, faisant mine de ne rien en avoir à faire. — C’est bon, c’est pas si grave. Mais Addyson fronça les sourcils, visiblement peu convaincue. — Je sais que t’as une bourse universitaire en jeu. Tu peux pas te permettre de rester en retrait. L’équipe est ton tremplin. Les recruteurs
Chapitre 68 — Je te veux . La soirée d’Addyson avait été mouvementée… Et maintenant que l’adrénaline retombait, un calme étrange s’installait, lourd, et trompeur. Ses muscles étaient encore tendus, son esprit trop éveillé, incapable de redescendre complètement. Elle ne pouvait pas s’empêcher d’appréhender ce que les gens allaient dire dès le lundi. Les regards. Les rumeurs. Les versions déformées. Tout. Dans leur groupe privé, les filles ne tardaient déjà pas à réagir. Les notifications s’enchaînaient sans interruption, vibrantes, insistantes, comme un écho encore vivant de la soirée. Les commentaires sur la bagarre fusaient dans tous les sens. Addyson les lisait en silence, recroquevillée contre ses oreillers, un sourire discret aux lèvres. Malgré tout… malgré la tension, malgré ce qui s’était passé… ça l’amusait. Et surtout, ça la soulageait. Mallory : « Nan mais je vous jure, si Caleb ne m’avait pas retenue, je lui arrachais ses extensions une par une à cette greluche
Chapitre 67 — Les cicatrices invisibles Shawn retrouva Addyson quelques minutes plus tard, alors qu’elle marchait seule, sans véritable direction, le long de la rue qui bordait le lycée. Et lorsque sa main se referma doucement sur la sienne, Addyson sursauta violemment, prise de peur. L’espace d’un instant, elle eut l’impression que le passé venait de la rattraper. Mais, en se retournant aussitôt, elle reconnut Shawn. Il était essoufflé, les cheveux en bataille, avec quelques égratignures sur les bras, dont une au coin des lèvres. Rien de grave. — Viens avec moi, murmura-t-il simplement. Addyson ne protesta pas. Elle était trop perdue, trop vidée pour dire quoi que ce soit. Elle le suivit. Ils montèrent dans sa voiture. Heureusement, Shawn l’avait garée loin du gymnase. Il n’avait pas voulu se faire remarquer. Personne ne devait savoir qu’il était là… et encore moins qu’il était venu uniquement pour elle. Il roula, sans destination, sans parole… plongé dans un silence lourd.
Chapitre 66 — Le point de rupture Le bruit des baskets sur le sol du gymnase résonnait à nouveau. Addyson revint dans le gymnase , la tête haute, les épaules droites. Les battements de son cœur s’étaient apaisés. Elle n’avait pas oublié Charlie. Non. Il était toujours là, dans les gradins, avec ce sourire malsain. Mais désormais… elle n’allait plus fuir. Elle allait se battre. Pour elle. Pour tout ce qu’elle avait reconstruit. Hope fut la première à l’apercevoir et cria son nom avec enthousiasme, suivie aussitôt par les autres. Un cri collectif, soulagé, gonflé d’espoir. Les filles de l’équipe accoururent vers elle, l’entourant d’encouragements. L’une d’elles, encore haletante, lâcha : — Tu nous as fait peur ! J’ai cru que t’étais partie… Addyson esquissa un sourire, confiante. — Jamais je ne ferais ça. On est une équipe. Et s’il faut perdre, alors ce sera ensemble. Le coach Mendez hocha lentement la tête. Ces mots, simples mais puissants, avaient insufflé une énergie nouv
Chapitre 65 — Le regard qui ravive les cendres Une semaine s’était écoulée depuis le passage de Shawn chez Logan, et, sans prévenir, le samedi du premier match officiel de l’équipe de volley de Charleston était arrivé. L’effervescence régnait dans les vestiaires. Les filles étaient surexcitées. L’enthousiasme était palpable, électrique et contagieux. Elles s’étaient entraînées dur, très dur. Et cette fois, elles étaient motivées à bloc, avec Addyson dans l’équipe, cela leur avait donné un nouveau souffle, une assurance nouvelle et ce goût grisant que tout devenait possible. Le coach Mendez passait devant chacune, en proclamant un discours d’encouragement, ponctué de gestes dynamiques et de regards appuyés. Il les encourageait avec ferveur, boostant leur confiance à coups de phrases percutantes. — Vous êtes prêtes ? cria-t-il en tapant dans ses mains. — OUI COACH ! répondirent les filles en chœur, le regard brûlant d’adrénaline. Puis, dans un mouvement synchronisé, l’équipe quitt
Chapitre 64 — La confusion. « Shawn » Le vrombissement du moteur de sa Chevrolet noire fendit le silence de l’allée. Shawn s’était levé plus tôt que d’habitude, comme chaque matin depuis un mois. Et, comme chaque matin, il tentait d’étouffer le chaos dans sa tête derrière le grondement rassurant du moteur et les vitres teintées de sa voiture. Arrivé devant le lycée, il se gara brusquement, coupa le contact, mais ne bougea pas. Ses doigts restèrent crispés sur le volant. Son reflet dans le rétroviseur le fixait, avec une expression qu’il ne reconnaissait plus. Un mois. Un mois qu’il vivait comme un automate. Il regrettait amèrement ce qu’il avait dit à Addyson. Il n’aurait jamais dû la blesser comme ça. Et Trey… ils s’étaient violemment disputés. Trey lui avait balancé son poing en pleine figure, incapable de contenir sa colère en entendant les mots qu’il avait osé prononcer sur Addyson. Depuis, plus rien n’allait. L’équipe était sur les nerfs. Le coach était à cran, le proc
Chapitre 11 – L’algorithme du hasard Trois semaines s’étaient déjà écoulées. Addyson avait trouvé ses repères. Elle se sentait très proche de Mallory – drôle, loyale, sans prise de tête – et s’entendait de mieux en mieux avec Andy, Timothy et Billy. Elle appréciait le temps passé au lycée avec eu
Chapitre 10 : L’attention qu’elle fuyait — Non mais sérieux, t’as vu comment tu l’as pliée ?! explosait Logan, marchant à reculons face à Addyson, son sac sur l’épaule. J’ai eu l’impression d’être devant un combat de titans. Même Hope criait comme une groupie. — Hé ! protesta Hope en lui donnant
Chapitre 9 : Sous les feux qu’elle n’a pas choisis Le dernier point tomba comme un couperet. Addyson smasha sans sourciller. June ne put réceptionner la balle. Le ballon roula lentement jusqu’au bord du terrain, tandis qu’un silence impressionné s’abattait sur les gradins. Puis ce fut l’explosio
Chapitre 8 — Service gagnant Logan était là, au volant de sa décapotable, capote bien fermée. Hope, debout sur le trottoir, brandissait un parapluie rose bonbon comme un drapeau de victoire. — Mission “sauver Addy de la dépression pluviale” en cours ! cria Hope, hilare. — Vous êtes fous… lança A







