LOGINChapitre 38
Damien
À table, elle me défie du regard en reposant son verre.
C'était au dîner, dans la salle à manger trop grande pour nous deux, cette cathédrale de marbre et de cristal que j'ai fait construire pour elle et qui nous engloutit chaque soir dans son silence monumental. Le lustre de cristal projetait ses éclats de lumière sur la nappe blanche immaculée, sur
Chapitre 64ArielleEn séance, il parle de son père. Sa voix se brise.C'est la troisième séance, ou peut-être la quatrième, je ne compte plus, les semaines se confondent dans cette routine étrange qui s'est installée entre nous, faite de silences au manoir et de confessions dans le cabinet feutré du docteur Leroy. Le thérapeute a posé une question, une question simple, presque banale, sur l'enfance, sur les modèles familiaux, sur la façon dont Damien a appris à aimer. Et Damien, qui d'habitude répond avec cette prudence calculée d'homme d'affaires qui négocie un contrat, s'est tu un long moment, les yeux fixés sur ses mains, et puis il a parlé.Il a parlé de son père, de cet homme froid et tyrannique qui régnait sur le manoir Ashford comme un roi su
Chapitre 63DamienJ'ai accepté une thérapie de couple. Pour elle. J'y vais comme on va à l'échafaud.C'est elle qui l'a proposé, un soir, dans le silence de notre chambre, après des jours de regards fuyants et de conversations réduites à des monosyllabes, après des nuits passées à dormir au bord du lit, aussi loin de moi que possible, comme si ma simple proximité était une contamination. Elle a dit qu'il fallait qu'on parle, qu'on ne pouvait pas continuer comme ça, qu'elle avait besoin de comprendre, de mettre des mots sur ce qui nous arrivait, et qu'une tierce personne, un professionnel, pourrait peut-être nous aider. Elle a dit cela d'une voix calme et posée, sans me regarder, les yeux fixés sur ses mains croisées sur ses genoux, et j'ai accepté, j'ai accepté sans hésiter, s
Chapitre 62ArielleJe n'arrive plus à le regarder. Il m'a volé ma mémoire, il m'a volé ma colère d'avant.Chaque fois que mes yeux se posent sur lui, chaque fois que je croise son visage de marbre et ses yeux gris d'orage, je vois non plus seulement l'homme qui m'a enfermée, qui a vidé mon atelier, qui a traqué mes gestes, mais l'homme qui m'a poursuivie sur cette route de montagne, qui a provoqué mon accident, qui a effacé mon passé d'un coup de tôle froissée. Et cette vision m'est insupportable, elle me brûle la rétine, elle me tord l'estomac, elle me donne envie de hurler et de vomir en même temps. Je ne peux plus le regarder sans voir le ravin, sans entendre le bruit du verre brisé, sans sentir la pluie glacée sur mon visage et la terreur qui m'a saisie quand j'ai compris que je ne pouvais plus
Chapitre 61DamienJe lui ai dit la vérité. Son regard s'est vidé.C'était comme si une lumière s'éteignait derrière ses yeux, comme si une porte se fermait quelque part dans les profondeurs de son âme, comme si tout ce qui restait d'espoir, de tendresse, de possibilité de pardon, s'évaporait d'un coup pour ne laisser qu'un vide immense et glacé. Elle m'a regardé, elle m'a regardé sans me voir, ou peut-être me voyait-elle enfin, pour ce que j'étais vraiment, pour ce que j'avais toujours été malgré mes efforts pour le cacher : un traqueur, un prédateur, un homme qui avait failli tuer la femme qu'il prétendait aimer. Et dans ce regard vide, dans ces prunelles bleues éteintes, j'ai vu ma condamnation, j'ai vu la haine qui montait, une haine froide et calme, plus terrible que tous l
Chapitre 60Arielle« Pourquoi l'accident ? »La question est sortie de ma bouche dans le silence de la chambre, après les larmes, après les supplications, après que je l'ai relevé et qu'il s'est tenu debout devant moi, vulnérable et brisé, les épaules affaissées, le visage encore ruisselant de pleurs. Il y avait quelque chose d'irréel dans cet instant, quelque chose de suspendu, comme si le temps s'était arrêté entre nous, comme si la chambre tout entière retenait son souffle en attendant la réponse. Je ne savais pas pourquoi je posais cette question maintenant, après tout ce qui venait de se passer, après sa fuite à moi et sa fuite à lui, après les cris et les aveux et les larmes. Peut-être parce que je ne pouvais plus vivre dans l'ignorance, peut-être parce que la
Chapitre 59ArielleLe voir à genoux, en larmes, m'a presque tuée.Il était là, effondré sur le parquet de notre chambre, le grand Damien Ashford, le maître de l'empire, l'homme qui avait vidé mon atelier, traqué mes gestes, brûlé ma lettre, provoqué mon accident, et il pleurait comme un enfant, à mes pieds, les mains tendues vers moi, le visage baigné de larmes, la voix brisée par des sanglots que je ne lui avais jamais entendus. J'aurais dû être triomphante, j'aurais dû savourer cette revanche, j'aurais dû me réjouir de le voir enfin réduit à l'état de suppliant, de le voir enfin payer pour tout ce qu'il m'avait fait. Mais non, il n'y avait pas de triomphe en moi, il n'y avait que de la douleur, une douleur immense et déchirante qui me serrait la gorge et me faisait







