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Un cri d’angoisse déchira le silence feutré de la suite nuptiale, cristallisant toute la tension qui y régnait. — Calme-toi, maman, s’il te plaît. La voix d’Emmanuella Johnson était douce, posée, mais une fine fissure y tremblait malgré tout. Elle était assise sur le bord du canapé de velours, immaculée dans sa robe blanche et argentée, un bouquet de lys oublié à ses pieds. Elle avait l’air d’une peinture précieuse, d’une beauté presque irréelle avec ses traits fins et ses grands yeux sombres, mais son regard était fixé sur le vide. Face à elle, Leslie Johnson arpentait la pièce comme une lionne en cage. À cinquante-cinq ans, elle était toujours l’incarnation d’un pouvoir et d’un charisme magnétiques. Ses cheveux d’ébène étaient coiffés avec une sévérité élégante, sa robe de soirée moulante épousait une silhouette qui défiait le temps. Mais son masque de contrôle craquelait, révélant une vulnérabilité brutale, maternelle et féroce. — Me calmer ? Comment veux-tu que je me calme ? murmura-t-elle, les mots sifflant entre ses dents serrées. Ses ongles vernis de rouge sang, qu’elle s’était mis à ronger nerveusement, grattaient maintenant le tissu de son étole. Ils m’avaient donné leur parole. Leur fils devait t’épouser. Devant tout Chicago. Et il ose… il ose ne pas se présenter ? Chaque mot était chargé d’une colère blanche, brûlante, mais aussi d’une honte cuisante. Elle voyait déjà les regards en coin, les sourires feutrés, les commérages qui allaient salir la réputation de sa fille unique, son trésor. — Maman…, soupira Emmanuella en se levant. Sa voix se fit plus ferme, une tentative de digue contre le déluge maternel. Je ne l’aimais pas. Tu le sais. Alors, au fond… ce n’est pas une tragédie. — Pas une tragédie ? Emmanuella, mon bébé…, sa voix se brisa soudain, la fureur cédant la place à une angoisse nue. Elle s’approcha, posant une main froide sur sa joue. Comprends-moi. Je ne supporterai pas qu’on te pointe du doigt, qu’on te plaigne ou qu’on te méprise. Je rêve de te voir heureuse. Vraiment heureuse. Avec quelqu’un qui te mérite. Avec des rires d’enfants dans cette maison trop silencieuse. Elle ferma les yeux un instant, accablée par le poids de cet amour étouffant. — Peut-être que si tu n’avais pas… fortement encouragé ses parents, cet arrangement n’aurait jamais existé, et nous ne serions pas ici, à compter les secondes avant l’humiliation publique. La phrase, soufflée plus que lancée, tomba dans un lourd silence. Leslie recula comme giflée, son orgueil blessé. — Alors tout est de ma faute ? C’est ce que tu penses ? — Non, maman, ce n’est pas ce que je voulais dire, s’empressa-t-elle, regrettant ses paroles. Je suis juste… épuisée. Stressée parce que tu l’es. L’air est irrespirable. Elle la dévisagea longuement, voyant la lassitude sur son visage juvénile, la résignation dans son port de tête. Sa propre colère retomba, remplacée par l’instinct aiguisé de la stratège qu’elle était. Elle redressa les épaules, l’étincelle du combat rallumée dans son regard. — Bon. Pleurer ne sert à rien. Je vais trouver une solution. — Une solution ? À quelques minutes de la cérémonie ? Comment ? Mais elle ne l’écoutait déjà plus. Son esprit fonctionnait à toute vitesse, évaluant, calculant, cherchant désespérément une issue honorable dans ce désastre.❍Le premier rayon de l’aube, pâle et timide, effleura les paupières closes d’Emmanuella . Elle ouvrit les yeux dans la pénombre bleutée d’une chambre qui n’était pas la sienne. Un instant de désorientation, le cœur battant, avant que la mémoire ne revienne en un flot glacé : le mariage, la maison de Logan Smith, le canapé où l’autre dormait encore.Une étrange détermination la saisit. Elle n’était pas chez elle, mais elle ne serait pas une invitée passive. Elle était l’épouse, quel que soit le sens que l’on donnait à ce mot. Silencieuse comme une ombre, elle se leva, fit son lit avec une précision militaire, les plis nets et les coins impeccables. Puis, elle se dirigea vers le dressing immense de Logan. Elle passa ses doigts sur les rangées de costumes sombres, de chemises blanches parfaitement alignées. L’odeur discrète du cèdre et d’un parfum masculin, léger et chaleureux, y régnait. Elle choisit un jean souple et un simple pull en cachemire gris perle, des vêtements qui parlaient
❍La maison de Logan n’était pas une maison ; c’était une demeure. Une structure moderne aux lignes épurées, semblant sortie d’un magazine d’architecture, se dressait au bout d’une allée discrètement éclairée. Emmanuella la regarda sans un émoi particulier. Elle avait grandi entre les murs d’une propriété tout aussi vaste, tout aussi froide dans sa perfection. La richesse, elle connaissait. C’était une langue qu’elle parlait couramment.Le véritable défi apparut quand Logan ouvrit le coffre, révélant trois énormes valises Louis Vuitton. Le jeune homme laissa échapper un soupir audible, exagéré mais chargé d’une lassitude réelle. — Toutes mes excuses pour le dérangement, murmura Emmanuella, gênée. Elle n’avait pas prévu de déménager, mais sa mère avait fait envoyer ses affaires essentielles, comme si elle savait qu’elle ne reviendrait pas de sitôt.Aucun domestique n’apparut. — Ils dorment, dit simplement Logan, en saisissant deux valises. Emmanuella s’empara de la troisième, et ensemb
❍La scène qui se déroula lorsque la future épouse de Logan apparut à l’entrée de la salle resterait gravée dans la mémoire de tous les invités. Un silence électrique, ponctué de chuchotements étouffés et de respirations retenues, s’abattit sur l’assemblée. Là où les parents de Logan s’attendaient à voir leur futur belle-fille dans sa robe, c’était une jeune femme qui avançait d’un pas ferme, la main légèrement tremblante mais le menton haut.Emmanuella Johnson était une vision d’élégance féminine. Sa robe blanche crème, taillée sur mesure, épousait ses épaules délicates et sa silhouette longiligne avec une grâce aristocratique. Ses cheveux noirs de jais, coiffés avec un naturel étudié, contrastaient avec la pâleur de son teint. Mais c’étaient ses yeux, grands et sombres, cerclés d’une lueur d’appréhension mais aussi d’une détermination farouche, qui captivaient. Elle était d’une beauté saisissante, qui fit passer un souffle collectif dans la salle.Les parents de Logan, assis au prem
✍De l’autre côté de l’hôtel de luxe, dans un couloir désert baigné d’une lumière dorée, un autre cœur se brisait en silence.Logan Smith était assis par terre, le dos contre une porte anonyme, les jambes repliées contre lui. Son smoking noir impeccable contrastait avec le désordre intérieur qui le ravageait. Dans sa main serrée à blanc, un morceau de papier parchemin froissé, à peine lisible sous les traces de larmes séchées.« Logan, je ne peux pas. Je ne t’aime pas assez pour dire ‘oui’ devant tout le monde. Pardonne-moi. Sois heureux. »Trois lignes. Trois lignes pour balayer trois ans de vie commune, de projets, de rires partagés, d’amour qu’il croyait réel. Elle avait choisi de le lui apprendre par une note glissée sous la porte de sa chambre, sans un adieu en face, sans un dernier regard.— Merde…, gronda-t-il, la tête renversée contre le bois. Un son rauque, plein de colère rentrée et de désespoir.Tout était prêt. La salle de bal décorée de milliers de fleurs blanches, les de
★♪★Un cri d’angoisse déchira le silence feutré de la suite nuptiale, cristallisant toute la tension qui y régnait.— Calme-toi, maman, s’il te plaît.La voix d’Emmanuella Johnson était douce, posée, mais une fine fissure y tremblait malgré tout. Elle était assise sur le bord du canapé de velours, immaculée dans sa robe blanche et argentée, un bouquet de lys oublié à ses pieds. Elle avait l’air d’une peinture précieuse, d’une beauté presque irréelle avec ses traits fins et ses grands yeux sombres, mais son regard était fixé sur le vide.Face à elle, Leslie Johnson arpentait la pièce comme une lionne en cage. À cinquante-cinq ans, elle était toujours l’incarnation d’un pouvoir et d’un charisme magnétiques. Ses cheveux d’ébène étaient coiffés avec une sévérité élégante, sa robe de soirée moulante épousait une silhouette qui défiait le temps. Mais son masque de contrôle craquelait, révélant une vulnérabilité brutale, maternelle et féroce.— Me calmer ? Comment veux-tu que je me calme ? m







