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Chapitre 3

Author: Amina
J'ai acheté un café chaud dans la zone d'attente.

À peine avais-je fermé le couvercle qu'une main m'a frappée lourdement sur l'épaule.

Le café a débordé un peu, me brûlant les jointures.

Je me suis retournée et j'ai vu Lucien et Manon derrière moi.

Lucien avait mal boutonné son manteau, et la sueur perlait sur son front.

Manon tenait encore sa carte d'embarquement pour Marseille, à bout de souffle.

« Ça suffit. » Lucien a pris mon café, a touché le gobelet, puis me l'a rendu. « Tu prends du café chaud, tu as froid ? »

Il semblait vouloir se réconcilier avec moi et mettre fin à cette histoire.

« On ne va plus à Marseille. Pour te chercher, on a raté notre vol. Maintenant, c'est bon ? Rentrons à la maison. »

Manon a enfin repris son souffle, les mains sur les genoux, elle a levé les yeux vers moi.

« Cécile, pourquoi tu es allée au terminal international ? Tu veux fuguer comme dans les films ? »

J'ai regardé Lucien.

« Comment sais-tu que je suis ici ? »

Il a évité mon regard.

« Il y a un délai de notification pour désactiver le compte partagé. J'ai vu ton achat du café dans l'historique. »

« Donc tu surveilles mes dépenses ? »

« C'est de l'inquiétude. » Lucien a froncé les sourcils. « Ne te méprends pas sur mon attention. »

Manon a tendu la main vers mon sac à dos.

« Allez, je porte ton sac. Il est si gonflé, ce sont toutes des affaires d'hiver là-dedans ? »

J'ai saisi les sangles du sac.

« Ne touche pas à mon sac. »

Elle s'est figée un instant, et le sourire sur son visage a disparu.

« Qu'est-ce que tu as aujourd'hui ? Je ne suis pas une étrangère. »

Lucien a baissé la voix.

« Cécile, il y a beaucoup de monde à l'aéroport. Ne fais pas de scène. »

Je l'ai regardé.

« C'est moi qui fais une scène ? »

Manon a soudainement tiré sur une sangle de mon sac.

« Je veux voir, de toute façon. Tout à l'heure, j'ai parié avec Lucien que ton sac était vide et que tu faisais juste semblant. »

Elle a tiré fort.

J'ai instinctivement tiré en arrière.

La fermeture éclair a cédé sous la force.

La seconde suivante, le sac à dos est tombé lourdement sur le sol.

Et mon ordinateur portable à l'intérieur a heurté le marbre.

On a entendu un bruit sourd.

L'écran s'est brisé, et le coin de l'ordinateur s'est soulevé.

Je ne pouvais plus entendre les sons autour de moi.

Je me suis accroupie et j'ai touché l'écran brisé, et de petits éclats de verre se sont enfoncés dans mes doigts.

Avec un fort bourdonnement dans les oreilles, mon cœur s'est mis à battre de façon incontrôlable, et une sensation d'étouffement familière m'a envahie.

J'ai instinctivement cherché dans ma poche les deux comprimés anxiolytiques de secours, mais je ne savais pas où ils étaient tombés pendant la dispute.

Manon a reculé d'un demi-pas, la voix tremblante.

« Ce n'est pas ma faute. Qui t'a demandé de tirer si fort ? Et puis, un ordinateur, c'est important, pourquoi tu ne l'as pas mieux protégé ? »

Lucien s'est accroupi à côté de moi et a posé la main sur mon épaule.

« Cécile, ne t'énerve pas. On peut le réparer. Il y a plein de centres de récupération de données. Au pire, je t'en achète un neuf. »

J'ai levé les yeux en retenant mon malaise.

« Tu sais ce qu'il y a dedans ? »

Il s'est figé.

« Tes dessins, je sais que c'est important. »

« Non, tu ne sais pas. »

Il n'y avait pas seulement des dessins.

Il y avait les calques originaux que je n'avais pas encore synchronisés dans le cloud, les ébauches que je pouvais encore reconstituer après avoir raté le prix d'Art Star, et la première série de propositions que je devais soumettre à Sandra pour le séjour en Islande.

Manon a éclaté en sanglots.

« Cécile, tu peux arrêter de me regarder comme ça ? J'ai peur. »

Lucien l'a tirée derrière lui, le visage sombre.

« L'ordinateur est déjà cassé. Maintenant, ça ne sert à rien de gronder Manon. Elle est sensible, tu veux la voir craquer ici ? »

Une annonce a retenti pour rappeler qu'on pourrait modifier le billet pour le vol retardé.

J'ai ramassé mon ordinateur cassé et j'ai pris une respiration, puis je me suis levée.

Mon bras tremblait, mais ma voix était calme.

« Dégage. »

Lucien m'a vue marcher vers le comptoir pour modifier le billet, son visage a changé.

« Tu veux encore partir ? L'ordinateur est cassé, tu devrais rester pour récupérer des données. »

« Je rentre chercher mon disque dur de sauvegarde. »

Manon a aussitôt levé la tête.

« Alors on t'accompagne. »

Je l'ai regardée.

« Tu ne mérites pas d'entrer dans ma maison. »

Elle a pâli et a pleuré plus fort.

Le regard de Lucien est devenu froid.

« Cécile, tu vas vraiment trop loin aujourd'hui. »

Je n'ai pas répondu.

J'ai serré l'ordinateur cassé contre moi et je me suis lentement dirigée vers le comptoir.

Mon téléphone a vibré, Sandra m'a envoyé un message.

« Tu veux que je contacte le commissaire d'exposition à Reykjavik pour qu'il vienne te chercher ? Il s'appelle Simon Laurant, il est près de l'aéroport. »

J'ai fixé ce message, puis j'ai répondu.

« Non, mon ordinateur est cassé. Je rentre d'abord chercher la sauvegarde. »

Ensuite, j'ai mis mon téléphone dans la poche.

Lucien se tenait derrière moi, sa voix très basse.

« Elle ne partira pas. »

On ne savait pas s'il parlait à Manon ou à lui-même.

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