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Chapitre 2

Author: Amina
J'ai pris mon téléphone et j'ai ouvert ma boîte mail.

Le dernier e-mail venait du comité d'organisation.

« En raison de la présence d'éléments non pertinents dans l'œuvre, portant atteinte à l'intégrité de l'image et au règlement de l'évaluation anonyme, votre candidature pour cette année est annulée. »

J'ai tendu le téléphone à Manon.

Le sourire de Manon s'est figé peu à peu.

Puis ses yeux sont devenus rouges.

« Les juges n'ont aucun sens de l'humour ? Comment pouvais-je savoir qu'ils seraient aussi rigides ? »

Elle a reniflé, et son air est devenu de plus en plus blessé.

« Je voulais juste te détendre un peu. Tu es tendue comme une corde à cause de ce concours, qui pourrait le supporter ? Cécile, arrête de me regarder comme ça, je te rembourserai les frais d'inscription, si tu veux. »

Lucien a tiré Manon derrière lui.

Ce geste était comme une habitude.

Comme si, dès qu'elle pleurait, je devais automatiquement céder.

« Cécile. » La voix de Lucien est devenue grave. « Manon ne l'a pas fait exprès. Elle a mal agi, c'est vrai, mais son intention était bonne. »

Je l'ai regardé.

« J'ai perdu ma qualification. »

« Si ce n'est pas cette année, ce sera l'année prochaine. » Lucien a froncé les sourcils. « Tu as du talent. Une année de plus, c'est rien, non ? Faut-il vraiment faire une telle scène ? »

Manon, cachée derrière lui, a ajouté à voix basse.

« J'ai dit que je te rembourserais. »

J'ai soudain trouvé cette pièce trop étroite.

Trop étroite pour contenir leur cynisme, et la moindre dignité qu'il me restait.

J'ai baissé la tête et j'ai pris des captures d'écran : le remboursement du billet, les conversations du groupe, l'e-mail du comité d'organisation.

Lucien a vu mon geste, son visage s'est encore assombri.

« Pourquoi tu fais ça ? Tu veux garder des preuves pour nous accuser ? »

J'ai rangé mon téléphone, je suis allée à l'entrée et j'ai retiré ma clé de rechange du porte-clés de Lucien.

Il a instinctivement serré le porte-clés.

« Cécile. »

J'ai tiré fort, la clé est tombée dans ma paume. « Vous me dégoûtez. »

Les larmes de Manon étaient figées sur son visage, son expression était comme si elle avait reçu une gifle.

La patience de Lucien s'est finalement épuisée.

« Si tu franchis cette porte aujourd'hui, je ne vais pas te chercher. »

J'ai ouvert la porte et je suis sortie avec ma valise.

Avant que la porte ne se referme, j'ai entendu Manon lui demander d'une voix entrecoupée de sanglots.

« Elle est allée trop loin, non ? »

Lucien n'a pas répondu tout de suite.

Au moment où les portes de l'ascenseur se sont fermées, il m'a envoyé un message.

« Quand tu seras calme, rentre. »

Le taxi s'est arrêté devant le terminal. J'ai sorti ma valise.

Le chauffeur m'a demandé si j'avais besoin d'aide.

J'ai secoué la tête, j'ai collé le téléphone à mon oreille pour écouter le message vocal de Sandra Moreau, ma professeure.

« Cécile, il reste une place pour le séjour en Islande. Si tu confirmes, je vais demander à l'atelier de t'envoyer la lettre d'invitation ce soir. »

J'ai maintenu le bouton du micro.

« Je confirme. »

Après avoir envoyé ce message, je lui ai transféré l'e-mail du comité d'organisation d'Art Star.

Sandra m'a répondu rapidement.

« Viens d'abord ici. Ton œuvre a été détruite, ce n'est pas grave. Toi, c'est le plus important. »

J'ai fixé cette phrase, la gorge serrée.

À l'université, quand mes parents divorçaient et me laissaient avec leurs dettes, c'est Manon qui avait partagé son argent de poche avec moi et m'avait aidée à traverser les mois les plus durs.

Plus tard, quand j'ai eu une crise de panique et que je ne pouvais pas respirer, c'est Lucien qui m'avait portée jusqu'à l'hôpital et avait veillé sur moi toute la nuit.

Je ne suis pas quelqu'un d'ingrat.

Alors je me suis dit, encore et encore, qu'ils ne voulaient pas me blesser intentionnellement, qu'ils étaient juste trop proches de moi pour faire attention aux limites.

Mais aujourd'hui, j'ai enfin compris.

Ils ne pouvaient pas se servir de leurs bienfaits passés pour piétiner mes limites.

En faisant la queue pour l'enregistrement, j'ai dissocié mon compte partagé avec Lucien et désactivé le partage de localisation.

Lucien m'a appelée immédiatement.

J'ai décroché.

« Tu as désactivé le compte partagé ? » Sa voix était froide. « Cécile, tu es vraiment obligée d'en arriver là ? »

« Oui. »

Il est resté silencieux deux secondes.

Puis, j'ai entendu la voix de Manon.

« Cécile, tu es vraiment à l'aéroport ? Tu veux faire peur à qui ? Lucien n'est même plus fâché. »

Lucien a semblé éloigner le téléphone, puis il a dit :

« Tu es à quelle entrée ? Je viens te chercher. Pour le recueil, je peux demander à quelqu'un s'il y a une solution. »

« Pas besoin. »

« Comment ça, pas besoin ? » La voix de Lucien est devenue impatiente. « Il est impossible d'annuler la réservation de l'hôtel à Marseille. Si tu ne viens pas, ça nous déçoit un peu. »

Manon a murmuré à côté.

« Ce n'est pas grave, c'est juste qu'elle ne pourra pas prendre les photos pour nous. »

J'ai tendu mon passeport à l'employée du comptoir.

L'employée a vérifié mes documents et m'a tendu ma carte d'embarquement.

« Bon voyage. »

J'ai pris la carte d'embarquement et j'ai dit au téléphone.

« J'ai autre chose à faire. Au revoir. »

Lucien s'est finalement mis en colère.

« Cécile, il faut vraiment agir comme ça ? Manon a déjà pleuré, qu'est-ce que tu veux de plus ? »

J'ai regardé la destination sur la carte d'embarquement.

« Je veux m'éloigner de vous. »

J'ai raccroché et j'ai ouvert les réseaux sociaux.

Manon avait publié un selfie dix minutes plus tôt, les yeux rouges, un masque de plongée dans les bras.

« Je voulais faire une surprise à quelqu'un, mais elle m'a grondée. Les gens qui ne savent pas plaisanter sont vraiment difficiles. »

Des gens l'avaient consolée en commentaire.

La réponse de Lucien était bien visible.

« Ne pleure pas, allons voir la mer à Marseille. Elle est têtue, mais dans quelques jours, elle reviendra s'excuser. »

Je n'ai ni aimé ni commenté sa publication.

J'ai juste masqué leurs publications.

Avant que l'écran ne s'éteigne, une notification de la compagnie aérienne est apparue.

« En raison de courants polaires, le vol à destination de Reykjavik est retardé. Embarquement prévu avec quatre heures de retard. »

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