MasukJe me réveillais encore une fois sous les cris des disputes de mes parents. C'était devenu si fréquent que je m'y étais habitué. Après m'être préparé seul pour l'école, je sortis de ma chambre. Me voir apparaître semblait suffire à interrompre leurs querelles.
Le sourire de maman, chaque fois qu'elle me voyait, dissimulait un stress évident. Quant à papa, dès qu'il posait une main sur mon épaule ou ébouriffait mes cheveux, je sentais ses doigts trembler.
Ce matin-là, les cris résonnaient encore plus fort.
— William, mais qu'est-ce qui t'arrive ? Tu m'as dit que tu irais chercher le petit à la sortie de l'école ! s'écria maman, la voix pleine de déception.
— Je le sais très bien, mais ces temps-ci, la boîte ne marche pas très bien. Je dois faire des heures supplémentaires. Mais enfin, Jane, tu es sa mère et mon épouse, tu pourrais me comprendre, répondit papa.
— C'est toujours pareil ! Il n'y en a que pour toi ! C'est comme ça à chaque fois ! Je suis épuisée, William ! Je cumule deux boulots, je m'occupe de Jimie tout le temps, et parfois, je suis obligée de le laisser chez la voisine pour qu'il se sente moins seul...
Mais ce jour-là, un détail attira davantage mon attention.
— Maman ? Maman, tu vas bien ? demandai-je, inquiet.
— Oui, mon poussin, tout va bien, répondit-elle, tentant tant bien que mal de cacher ses larmes.
Papa s’agenouilla à mon niveau et tenta de me rassurer.
— Oui, mon petit Jimie, maman va bien. C'est juste une poussière qui lui est rentrée dans l'œil.
Je la regardai longuement avant de murmurer :
— Maman, ne t’inquiète pas, tout ira bien.
Cette phrase l’émut encore plus. Elle me prit dans ses bras et me serra plus fort que d’habitude.
— Oui, mon bébé, répondit-elle en sanglotant.
Les pleurs de maman... Cette fois-ci, elle n'avait pas réussi à se retenir. Après un long moment, elle se redressa et m’aida à prendre mon petit-déjeuner.
— Ne t’en fais pas, mon chéri. Maman était juste fatiguée. Finis ton petit-déjeuner et je te dépose à l’école.
Je hochai la tête en signe d’accord. Comme prévu, après avoir mangé, maman m’accompagna à l’école. Papa, lui, était déjà parti travailler.
— Et hop, mon champion, nous voilà arrivés !
Je lui adressai un sourire forcé et m’apprêtais à descendre de la voiture quand elle me retint par le bras.
— Mon petit chéri... N’oublie pas que je t’aime, dit-elle en déposant un baiser sur mon front.
— Moi aussi, maman. Je vous aime, toi et papa.
Puis, sans me retourner, je marchai droit devant moi.
Maman, elle, se sentait très mal. Son couple battait de l’aile, ses boulots étaient épuisants, mais elle savait une chose : elle ferait tout pour son petit.
En classe, je restais silencieux, très peu sociable et souriant. Je préférais me tenir à l’écart.
— Mon petit Jimie, qu’y a-t-il ? demanda la maîtresse, inquiète.
Je relevai lentement la tête et la fixai sans dire un mot.
À la fin de la journée, elle décida de rester avec moi en attendant qu’on vienne me chercher.
— Jimie, mon petit ? Viens là, on va attendre ta maman, dit-elle doucement.
J’acquiesça légèrement d’un mouvement de tête.
— Viens t’asseoir près de moi.
Je m’exécutai sans un mot.
— Jimie ? insista-t-elle avec douceur.
Je levai enfin les yeux vers elle.
— Maîtresse ? murmurai-je timidement.
— Oui, mon petit, je t’écoute.
— Avez-vous des enfants ?
La question la surprit.
— Non, mais j’ai un neveu qui a ton âge.
— Est-ce que ses parents se disputent tout le temps ? demandai-je avec innocence.
Elle parut troublée et me prit doucement dans ses bras.
— Tu sais, parfois, les parents se disputent... Ça peut arriver. Mais n’oublie pas qu’ils s’aiment et qu’ils aimeront toujours leurs enfants, dit-elle avec bienveillance.
Quelques minutes plus tard, maman arriva. Comme d’habitude, son visage portait les marques de la fatigue et du stress.
— Jimie, viens là, mon bébé, m’appela-t-elle.
La maîtresse s’approcha d’elle, m’accompagnant.
— Pouvez-vous m’accorder quelques minutes ? J’aimerais discuter avec vous, dit-elle.
Maman regarda sa montre, hésita un instant, puis hocha la tête.
— D’accord, quelques minutes. Mon bébé, attends-moi dans la voiture.
Avant de partir, je me tournai vers la maîtresse et murmurai :
— Merci, madame...
Elle s’agenouilla à ma hauteur et me sourit chaleureusement.
— Je t’en prie, mon grand. Va dans la voiture.
— Surtout, garde bien ta ceinture de sécurité et n’ouvre à personne jusqu’à mon retour, me rappela maman.
Je hochai la tête en signe d’accord. Elle s’assura que j’étais bien installé avant de rejoindre la maîtresse à l’ombre.
— Oui, madame ? J’espère que tout va bien ? demanda-t-elle, intriguée.
— Oui... Enfin, je voulais discuter d’un sujet en particulier, répondit la maîtresse d’un ton sérieux.
— D’accord, je vous écoute.
Le regard de Danielle s’était intensifié. Elle semblait extrêmement surprise. Ses yeux brillaient fortement, passant du regard vif et reconnaissant de Jane à ceux de William et de leur fils.Tous attendaient une réponse d’elle avec tellement d’attention. Ses lèvres tremblaient légèrement ; Danielle voulait faire croire que cette situation ne lui plaisait pas, qu’elle ne s’y attendait pas le moins du monde.Et pourtant, tout était calculé.La première étape était complètement validée.— Oh Jane, votre famille... je... je ne m’attendais pas à ça ! Vraiment ! Cette confiance que vous avez placée en moi... vraiment merci !— Tu n’as pas besoin de nous remercier, Danielle... tu prends tellement soin de notre fils et de la maison aussi... ça faisait une éternité que William et moi ne nous étions plus assis ici, à la véranda, pour contempler les étoiles... Avec toi chez nous, je me sentirai encore plus rassurée. Dis-moi, est-ce que tu acceptes ? demanda Jane, le regard insistant.Danielle re
Des semaines s’étaient écoulées depuis l’arrivée de Danielle, qui semblait déjà bien intégrée dans la famille Jackson. Tout se déroulait plutôt comme elle l’avait espéré.— Mmmhh Danielle, ça sent tellement bon ! Qu’est-ce que tu nous mijotes pour le dîner de ce soir ? demanda William, l’air déjà satisfait par les odeurs alléchantes qui s’échappaient des fourneaux.Danielle poussa un léger rire tendre.— Un petit peu de patience, Monsieur… vous allez vite le découvrir, répondit-elle de sa voix si douce, avec ce sourire qui ne la quittait pas.— Le petit est-il toujours endormi ? ajouta-t-elle en ne voyant pas William accompagné de Jimie.— Oui… C’est d’ailleurs nouveau ça. À mon avis, il a dû beaucoup se dépenser.Danielle se retourna vers ses fourneaux, jeta un dernier coup d’œil, puis enleva son tablier qu’elle accrocha à l’endroit dédié.— Monsieur, le repas ne va plus tarder… Ce n’est pas très bon pour le petit de rester endormi jusqu’à cette heure. Sinon, après, il aura du mal à
Ce matin-là, Danielle arriva comme prévu, le sourire aux lèvres et son sac à main accroché a son bras. Elle frappa doucement à la porte avant d’entrer.Jane était déjà prête à sortir. Elle vérifiait de nouveau de tout dans son sac et se dirigea aussitôt vers la porte.— Oh, Danielle, te voilà ! Je partais justement, dit-elle avec un sourire rapide.— Oui, bonjour Madame...oh excusez-moi Jane. Tu pars déjà ? demanda Danielle avec sa voix calme.— Oui, j’ai une urgence aujourd'hui. Je dois y aller au plus vite. Mais je ne serai pas longue. William est là, tu pourras t’occuper de la maison comme on a vu hier. Le déjeuner est déjà apprêté mais pour le dîner fais toi plaisir je compte sur toi.— Très bien, Jane. Ne t' en fait pas, tout ira bien ici.— Merci, Danielle. À tout à l’heure ! répondit Jane en quittant la maison.À peine la porte refermée, William apparut au bout du couloir, une tasse de café à la main.— Bonjour Danielle. est-elle déjà partie ? demanda-t-il tranquillement.— Oui
— Oh, Danielle, c’est toi la nouvelle nounou ? s’exclama Jane, subitement moins crispée.Danielle acquiesça d’un hochement de tête.— Oui, madame ! Je m’excuse vraiment d’être rentrée comme ça chez vous sans que nous nous soyons présentées à l’avance, déclara-t-elle, un brin d’inquiétude dans la voix.William s’avança aussitôt vers Jane, un sourire aux lèvres. Une fois près d’elle, il lui prit délicatement la main qu’il serra tendrement. Puis, il se tourna vers Danielle :— Tu n’as pas à t’excuser, Danielle.Puis, il fit de nouveau face à Jane, qui le regardait intriguée.— Jane, Danielle est arrivée ce matin spécialement pour nous rencontrer et, vu que je conduisais le petit à l’école, elle en a profité pour venir avec nous. Comme elle ne pouvait pas repartir sans t’avoir rencontrée, elle a préféré rester et t’attendre.Jane regarda à nouveau Danielle et lui sourit légèrement.— Enchantée, Danielle. Je suis Jane, comme tu peux déjà le savoir, et je suis soulagée que tu te sois enfin
— Oh, vous êtes la nounou ? Mon épouse et moi savions que vous viendriez, mais le jour exact était encore inconnu, déclara William, surpris.— Oui, c’est exact. Vu que je travaillais encore pour une autre famille, il était question de terminer d’ici quelques jours, et comme j’ai déjà achevé mon travail, j’ai trouvé opportun de me rendre directement chez vous pour les présentations, répondit Danielle avec une telle clarté et douceur dans la voix.William sourit légèrement, puis hocha la tête d’un air plutôt satisfait.Soudain, il sursauta :— Oh mince ! Le petit ! Je me rendais déjà à l’école pour l’y déposer.Danielle se pencha un instant, regardant vers le petit déjà assis dans la voiture.— Votre fils est vraiment mignon, souffla-t-elle.— Oui, il l’est. Il a de qui tenir !Danielle poussa un léger rire. William se mit lui aussi à rire.— Vu que je dois le déposer et que vous avez pris la peine de venir, si ça ne vous pose pas de problème, vous pouvez venir avec nous. Comme ça, vous
— Qu’est-ce qui peut lui arriver aussi soudainement ? On aurait dit qu’elle était pressée de partir, pensa Jane en montant les marches jusqu’à sa chambre.En arrivant au couloir, elle vit la porte de Jimie légèrement entrouverte. Elle y alla et le vit endormi, presque tombant sur le sol.— Le pauvre petit…, murmura-t-elle en s’empressant aussitôt de le relever.Une fois mieux redressé, elle l’embrassa sur le front avec plein de tendresse.— Mon petit, tu grandis si vite !, murmura-t-elle, un léger sourire aux lèvres.Puis, elle se leva, lui lança un dernier regard et referma tout doucement la porte derrière elle.Elle se dirigea vers sa chambre. En entrant, les lumières étaient déjà éteintes. Mais dans cette pièce sombre, retentissait la lueur du téléphone de William, encore éveillé.— William, chéri, je croyais que tu dormais déjà, dit-elle en l’enveloppant délicatement de ses bras derrière lui, une fois couchée près de lui.William se retourna instinctivement.— Non Jane, je ne dorm







