MasukPOV : Alima
La sortie du TD de sémiologie s'éternise, le professeur enchaînant les cas cliniques avec une lenteur qui me fait regretter, pour la première fois depuis longtemps, de ne pas être encore dans mes révisions de la veille au soir plutôt que dans cet amphithéâtre surchauffé, l'air épais et confiné malgré les né
POV : AlimaLa sortie du TD de sémiologie s'éternise, le professeur enchaînant les cas cliniques avec une lenteur qui me fait regretter, pour la première fois depuis longtemps, de ne pas être encore dans mes révisions de la veille au soir plutôt que dans cet amphithéâtre surchauffé, l'air épais et confiné malgré les néons qui bourdonnent doucement au-dessus de nos têtes. Il est déjà plus de vingt heures quand je sors enfin, le sac lourd sur l'épaule, les jambes engourdies par ces trois heures assise sur un banc trop dur.Dehors, la nuit est déjà tombée, l'air vif de novembre me mordant le visage après la chaleur étouffante de l'amphithéâtre. La rue est presque déserte à cette
POV : AlimaLe message arrive en fin d'après-midi, alors que je sors tout juste d'un cours de sémiologie clinique, l'esprit encore englué dans des cas cliniques que je n'ai pas fini de digérer. Le vibreur de mon téléphone résonne contre le bois du pupitre, un bourdonnement sec qui me fait sursauter au milieu du silence studieux de la bibliothèque.Je rentre à 20h. Le dîner doit être prêt à ce moment-là.Rien de plus. Pas de suggestion de menu, pas de question sur mes disponibilités, pas même un mot pour savoir si j'ai déjà mangé ou si j'ai cours tard ce soir-là. Une consigne, sèche, tombée du ciel comme une évidence qui ne mérite aucune exp
POV : AlimaQuand j'ouvre les yeux, la place à côté de moi est déjà vide, les draps tirés avec un soin presque militaire, comme si personne n'y avait jamais dormi. Aucune trace de lui, sinon cette odeur discrète, propre, presque froide, qui semble déjà imprégner tout ce côté du lit.Je reste allongée un moment, fixant le plafond de cette chambre qui n'est toujours pas vraiment la mienne, avant de me forcer à me lever. La lumière du matin filtre à travers les rideaux épais, plus douce que je ne m'y attendais, dessinant des bandes pâles sur le parquet ciré.Je redécouvre la salle de bain avec un peu plus d'attention que la veille, ouvre les placards un par un, trouve des serviettes épaisses, moelleuses, empilées avec une précision presque géométrique. La douche est brûlante, presque trop, et je reste un long moment sous l'eau, laissant la chaleur détendre mes épaules encore nouées par la tension de la nuit.En sortant, j'ouvre ma valise, restée intacte dans un coin de la pièce, et j'y r
POV : AlimaLa porte refermée derrière moi, je reste un instant immobile, le chapelet toujours serré dans ma main, à écouter Nikolai s'affairer près de la penderie sans oser bouger moi-même. La pièce, malgré ses dimensions, me semble soudain beaucoup trop petite pour contenir tout ce silence.— La salle de bain est là, dit-il enfin, sans se retourner, désignant d'un mouvement de tête une porte entrouverte sur ma droite. Tu y trouveras des affaires à toi déjà rangées.Je m'y réfugie sans répondre, refermant la porte derrière moi avec un soulagement presque honteux. La salle de bain, au moins, m'appartient l'espace de quelques minutes. Je pose le chapelet sur le rebord du lavabo, m'asperge le visage d'eau froide, et reste un long moment à fixer mon propre reflet dans le miroir, cherchant dans mes propres yeux une réponse que je ne trouve pas.Quand je ressors enfin, en chemise de nuit simple, la chambre a changé d'éclairage. Nikolai a éteint le plafonnier, ne laissant allumée qu'une lam
POV : Alima Le trajet vers la propriété de Nikolai se fait dans un silence pesant, ma mère assise à mes côtés sur la banquette arrière, mon père et Igor restés en retrait pour régler je ne sais quelle formalité administrative liée au mariage. La voiture roule longtemps, bien plus longtemps que je ne l'aurais imaginé, quittant progressivement le centre de Moscou pour s'enfoncer dans des quartiers plus larges, plus verts, où les propriétés se cachent derrière des murs assez hauts pour qu'on ne devine même plus ce qu'ils protègent.Je regarde défiler ce paysage inconnu à travers la vitre, encore engourdie par toute cette journée, la robe désormais changée pour une tenue plus simple, mais le poids, lui, n'a pas vraiment diminué. Mes épaules gardent encore la mémoire de la dentelle et des baleines du corset, cette tension qui s'est incrustée dans mes muscles pendant des heures et qui refuse de se relâcher tout à fait, même à présent que le tissu a disparu.— Ça va aller, murmure ma mère,
POV : Alima La robe pèse plus lourd que je ne l'aurais imaginé. Pas seulement le tissu, la broderie, les couches de dentelle qu'on a superposées sur moi ce matin sans vraiment me demander mon avis. Un poids différent, plus profond, celui de tout ce qu'elle représente.La coiffeuse tire mes cheveux en un chignon impeccable, tellement serré que je sens déjà une migraine poindre derrière mes tempes. La maquilleuse recouvre les cernes que je n'ai jamais réussi à effacer depuis cette nuit-là, couche après couche, jusqu'à ce que mon propre visage me devienne étranger. Dans le miroir, une inconnue me fixe. Belle, sans doute, si j'étais capable de juger objectivement ce reflet. Mais totalement détachée de qui je suis vraiment, comme si on avait habillé quelqu'un d'autre à ma place pendant que je regardais la scène depuis un coin de la pièce.— Tu es magnifique, murmure ma mère derrière moi, la voix tremblante.C'est la première phrase vraiment personnelle qu'elle m'adresse depuis cette nuit.







