Mag-log inPOV : Alima
La cafétéria de la fac n'a pas changé d'un iota depuis la dernière fois que j'y ai mis les pieds, il y a à peine plus de deux semaines, et pourtant j'ai l'impression d'y entrer comme une étrangère revenue d'un pays qu'elle ne reconnaît plus vraiment. Les mêmes néons trop blancs bourdonnant faiblement au plafond, la même odeur de café
POV : NikolaiLe bureau que j'utilise pour ce genre de travail ne ressemble en rien à celui où je reçois mes visiteurs officiels. Situé au sous-sol d'un immeuble anonyme près de Taganka, sans enseigne, sans nom sur la porte, il abrite trois écrans, une ligne sécurisée, et Grigori, qui passe le plus clair de ses journées à croiser des informations que personne, à l'extérieur de ce cercle très restreint, ne saurait où chercher. L'air y sent toujours légèrement le métal froid et le café refroidi, une odeur particulière que j'associe désormais à ce genre de matinées où le monde que je dirige révèle un peu plus de ses fissures invisibles.— Voilà ce que nous avons, dit-il en faisant pivoter l'un des &ea
POV : AlimaTimur me rejoint en moins de trois minutes, apparaissant dans le couloir avec cette allure décontractée qu'il sait adopter même dans l'urgence, comme s'il ne faisait que passer par hasard près de la salle d'attente. Personne, en le croisant, ne devinerait qu'il vient de traverser tout l'hôpital au pas de course. Il porte, comme toujours quand il m'accompagne à la fac ou à l'hôpital, un costume gris discret qui pourrait appartenir à n'importe quel visiteur ordinaire, et pourtant je remarque, à la façon dont ses yeux balaient méthodiquement chaque recoin de la salle, qu'il n'a rien d'un simple visiteur.— Décris-le-moi exactement, dit-il à voix basse, se plaçant naturellement entre moi et le reste de la salle.— Gra
POV : AlimaL'hôpital Botkine sent toujours la même chose, quelle que soit la saison : un mélange d'antiseptique, de café trop cuit distribué par les distributeurs du couloir principal, et de cette fatigue collective qui imprègne les murs autant que le personnel. Je n'y avais pas remis les pieds depuis quatre jours, mais en franchissant les portes coulissantes du service de cardiologie, j'ai l'impression étrange de n'être jamais partie, comme si l'attaque, Sergueï, l'aveu murmuré près du feu n'appartenaient qu'à une autre vie que je laisse soigneusement au vestiaire avec mon manteau. Dehors, la neige de la nuit précédente a déjà été salie par la circulation du matin, transformée en cette boue grisâtre caractéristique des hivers moscovites, mais ici, dans ces couloirs éclairés
POV : NikolaiJe la tiens contre moi plus longtemps que nécessaire, bien plus longtemps que ce que la simple décence exigerait d'un homme qui vient de recevoir un aveu pareil sans savoir comment y répondre en retour. Son parfum, mélange de savon et de quelque chose de plus doux, presque enfantin, s'accroche à ma chemise déjà sale, et je me surprends à ne pas vouloir m'en éloigner, à vouloir au contraire respirer plus longtemps cette odeur qui n'a rien de calculé, rien de stratégique, simplement elle. Dehors, le vent s'est levé, faisant crépiter les dernières braises du feu, et quelque part dans la maison j'entends encore, très faiblement, les pas d'un homme qui fait sa ronde nocturne, rappel discret que le monde extérieur, lui, n'a pas cessé de tourner pendant que le mien venait de basculer.
POV : AlimaJe n'arrive pas à dormir.J'ai essayé, pourtant, allongée dans le noir, le chapelet de ma mère serré dans mon poing comme toujours quand la nuit devient trop lourde à porter seule. Mais chaque bruit dans la maison me fait tressaillir, chaque pas dans le couloir me fait retenir mon souffle, et après une heure passée ainsi, je renonce. Je descends, pieds nus sur le parquet froid, enveloppée dans une simple robe de chambre, et je trouve refuge dans le petit salon d'hiver, celui où un feu brûle presque toujours, même la nuit, entretenu par des domestiques que je ne vois jamais.C'est là que Nikolai me trouve, bien plus tard, quand la première lueur grise de l'aube commence à peine à poindre derrière les rideaux. La
POV : NikolaiSergueï reprend son verre, cette fois, et le vide d'un trait avant de le reposer avec une précision presque cérémonieuse, comme s'il avait besoin de ce geste pour trouver le courage de continuer. Je reste debout devant la fenêtre, je ne me retourne toujours pas, et je laisse le silence faire le travail que je n'ai pas besoin de faire moi-même. Dehors, la neige continue de tomber, épaississant peu à peu le tapis blanc sur le parc où mes hommes patrouillent encore, et je me demande, absurdement, combien de temps il faudra pour que cette nuit s'efface tout à fait de la mémoire de la maison.— Sa mère s'appelait Marina, commence-t-il enfin. Une danseuse du Bolchoï, à l'époque. Arkadi l'a rencontrée alors qu'il était encore marié. Quand elle est tomb







