LOGIN“Prouvez-le?”La confusion de mon père reflétait la mienne. Don Dante ne répondit pas. Son silence était plus effrayant que les mots qu’il avait prononcés jusqu’alors.
“Peut-être... pourriez-vous l’emmener dans votre lit et…”
“Je n’ai pas besoin d’une prostituée” répéta-t-il.
“Surtout pas une laide” ses mots me transperçaient. On me les avait répétés d’innombrables fois au fil des ans et j’avais fini par me convaincre que c’était vrai. Entendre cela de la bouche d’un étranger… Je ne sais pas ce qui me faisait le plus mal. Ses mots ou la proposition de mon père de m’emmener dans son lit comme une simple prostituée.
“Je ne sais pas… comment pouvons-nous te le prouver?”
Il se pencha en avant, ses longs doigts entrelacés.
“Si j'achète un article, je devrais pouvoir voir à quoi il ressemble. N'est-ce pas?”
“Bien sûr” répondit mon père sans hésiter.
“Qu'est-ce que tu attends?” me dit-il en me donnant un coup de coude.
“Déshabille-toi” j'hésitai. Sous le regard de tous ces hommes… il voulait que j'enlève mes vêtements?
“Je suppose qu’il n’y a pas d’accord alors”, résonna la voix grave.
“Je vais te tuer si tu ne m'obéis pas, putain” ses doigts s’enfoncèrent dans ma peau. Je ne bougeais pas. C’était la mort dans tous les cas.
“Les cendres de ta mère…” Cela a retenu mon attention.
“Je vais te dire où elle est” ses doigts s’enfoncèrent davantage et mes doigts effleurèrent la bretelle de ma robe. Son soupir de soulagement résonna derrière moi. Mais ce n’était pas lui qui retenait mon attention.
C'était l'homme puissant qui observait. Ses yeux, acérés comme ceux d'un faucon, suivaient chaque mouvement de mon doigt. Je fis glisser lentement les deux bretelles le long de mes épaules. Mon cœur battait à tout rompre, mais mon esprit était une toile vierge.
Je ne pensais à rien, car si j’avais trop réfléchi, je me serais arrêtée.
La robe glissa le long de mon ventre, je poussai plus fort et elle descendit le long de mes hanches jusqu’à s’amonceler autour de mes jambes. Je me tiens devant ce regard perçant, vêtue d’une lingerie en dentelle noire assortie.
L'homme pour lequel je me suis déshabillée ne dit rien.
“Je t'avais dit qu'elle était de bonne qualité” a gloussé mon père, mais personne ne l'a imité.
“Tout” dit à nouveau Don Dante. Je passai la main derrière moi et détachai l'agrafe. La robe tomba devant moi et je tendis la main vers la culotte.
“J’en ai vu assez” m’interrompit-il d’une voix tranchante. Il semblait agacé, mais je ne pouvais en être sûre, car son regard ne trahissait rien.
“Elle te plaît ? Je peux…”
“Je t’ai déjà dit que je n’avais pas besoin d’une pute”, mes doigts se crispèrent à mes côtés.
Alors, à quoi avait servi cette humiliation ?
“M-Mais tu…” Il leva les mains pour faire taire mon père.
“J’ai de meilleures femmes dans ma maison close. Tu ne crois tout de même pas qu’elle suffira à effacer ta trahison”, ses yeux ne quittent pas mon corps tandis qu’il s’adresse à mon père. L’air froid me mord la peau et je suis tentée de m’enrouler dans mes bras pour me réchauffer, mais je n’ose pas bouger. Pas sous son regard.
“Je peux faire plus. J’ai une autre fille et…”
“D’autres femmes?” Il ne semblait pas impressionné.
C’était risible de penser que la fille qu’il chérissait tant était celle-là même qu’il avait failli céder pour sauver sa peau. Je me demandais ce qu’Athéna penserait si elle entendait ou savait ce que son cher papa avait tenté de faire.
“Si une ne suffit pas…”
“Tu es plus bête que je ne le pensais, Costano” ricana l’autre homme dans la pièce. Je ne pouvais pas le voir, mais j’imaginais l’expression sur le visage de mon père.
Il était habitué à ce que les gens tremblent en sa présence. Il était rare de voir quelqu’un lui parler comme s’il n’avait aucune importance. Comme s’il était inférieur à eux.
“Je veux quelque chose de substantiel. Quelque chose de plus utile que ta progéniture”, une autre insulte qui me transperça le cœur.
Cet homme était cruel dans ses paroles.
“Je n'ai rien” dit mon père d'une voix tremblante.
“Oh, mais si. Tu as une cargaison d’armes qui arrive dans deux semaines.”
“M-Mais c’est toute ma cargaison. J’y ai mis tout mon argent.”
“J'en ai rien à foutre, Costano. La cargaison ou la fille. Choisis, ou casse-toi.”
Mon père ne répond pas tout de suite. Le silence s’épaissit et je reste là, presque nu, à attendre de voir ce qui va se passer.
“Je peux t'en donner la moitié. Quand j'aurai fait des ventes, j'en achèterai une autre et je te donnerai l'autre moitié. S'il te plaît, je…”
“Tout ou rien, Costano. À toi de voir.” Il se pencha en arrière et les secondes s'égrenaient.
“Patron. Vous avez une réunion dans vingt minutes” annonce l’autre homme.
“Tu entends ça, Costano ? Je n’ai pas toute la journée, et toi non plus, tu n’as pas tout le temps pour prendre une décision”
“J'accepte”, dit-il d'une voix faible, abattue.
“Je ferai en sorte que ça soit réexpédié à ton entrepôt.”
“Très bien, alors. Tu peux considérer que tout est pardonné”, dit mon père sans laisser échapper le moindre soupir de soulagement. Il avait perdu bien plus qu’il ne l’aurait souhaité.
“Tu peux partir maintenant” sa présence derrière moi disparut. J’entendis la porte s’ouvrir.
“Ne te méprends pas, Costano” la voix de Don Dante fit cesser tout mouvement.
“Je ne pardonne pas deux fois”, ces mots étaient simples, mais porteurs d’un lourd avertissement. Il n’avait pas besoin de le préciser. Une erreur de plus et mon père n’aurait plus l’occasion de négocier.
La porte se referma et le silence s’installa. Le patron et moi sommes seuls et son regard intense ne se détourne pas. J’attendis ses instructions, mais elles ne vinrent pas.
Il se leva enfin et s’avança vers moi.
Ses pas n’étaient pas rapides. Ils étaient mesurés… contrôlés. Le bruit de ses chaussures sur le sol était le seul son dans la pièce. Et ma respiration haletante. Il ne s’arrêta pas en s’approchant, il fit le tour de moi.
M'inspectant comme un prédateur inspecte sa proie. Je me tortillais sous son regard.
“Tu as réussi à tromper ton père”, mes sourcils se froncèrent, la confusion s’empara de moi. J’avais trompé mon père.
“Est-ce qu’il sait que tu fais la tournée des bars et que tu drogues des hommes juste pour les baiser?” haletai-je, frappée par cette accusation.
“Je n’ai pas…”
“Tu ne te souviens pas de moi, n’est-ce pas?” Il s’arrêta devant moi et je fixai son beau visage, mais aucun souvenir ne me revint. Je ne savais pas qui il était.
“Mémorise chaque centimètre de mon visage. Chaque cicatrice et chaque ride, et garde-les en mémoire.” Le ton de sa voix n’avait pas changé, mais cela suscita en moi une nouvelle forme de peur.
“C’est le visage de l’homme qui va te détruire”
POINT DE VUE DE REGINAÉPILOGUESes yeux s’élargirent encore plus.« C-Comment… »« Je ne sais pas comment tu comptes faire en sorte que cela arrive. Je ne te demanderai pas de ne pas assister aux événements, mais j’ai confiance que tu feras tout ce qui est en ton pouvoir pour que nos chemins ne se croisent pas quand ce n’est pas nécessaire. »« C’est cruel », murmura-t-elle en se levant.« Mais c’est mérité. Tu es juste… comme une vraie Donna. » Je ne souris pas à son éloge.« Je vais prendre congé maintenant », dis-je poliment, soutenant son regard.« Merci… de n’avoir rien dit à Dante. » Je hochai la tête une fois, puis je sortis. Elle ne me suivit pas tandis que je montais dans la voiture et que celle-ci s’éloignait.« La visite a été courte », murmura Roger à côté de moi.« C’était prévu ainsi. »« Le patron a appelé… il sait où tu es allée. » Je ne dis rien pendant un moment, puis je me penchai en avant.« Vers le manoir. » Roger ne réagit pas et la voiture tourna brusquement ;
POINT DE VUE DE REGINADes mois plus tardLa vie change parfois très vite. Une minute, on n’a aucune idée de ce qu’on veut putain, et la suivante, on a l’impression d’avoir tout compris. Les choses avaient changé rapidement pour moi et je vivais une vie que je n’aurais jamais imaginé avoir. Dans ces jours où j’étais assise dans la cave du manoir de mon père, meurtrie et ensanglantée, je ne m’étais jamais attendue à avoir un jour un foyer à moi, à prendre mes propres décisions… à être moi-même, franchement.« Je dois retourner au manoir », dit la voix de Dante derrière moi. Je levai les yeux. Nos regards se croisèrent dans le miroir de la coiffeuse et je souris.« Je ne peux pas revenir avec toi tout de suite. » Son expression changea, mais il hocha la tête.« Roger te ramènera pour le dîner ? » Je hochai la tête. Le dîner, je pouvais le faire.« À tout à l’heure. » Il s’approcha dans le dressing et déposa un baiser sur le côté de mon visage.« À tout à l’heure », murmurai-je. Il souri
POINT DE VUE DE REGINAJe me réveillai au son de sanglots à côté de moi. Une main froide effleura ma tempe.« Sofia », murmurai-je. Ses yeux s’ouvrirent.« Oh mon Dieu. Regina, tu es réveillée. » Elle se leva d’un bond.« Mère… Père ! » cria-t-elle en se précipitant hors de la pièce. J’essayai de m’asseoir, ignorant la douleur dans ma tête, en tentant de me rappeler ce qui s’était passé. L’explosion était la dernière chose dont je me souvenais.« Elle est réveillée ! » cria Sofia plus fort, et je vis le vieux D’Amore entrer en courant. Il avait un air de soulagement en me regardant.« Oh, mon enfant. » Sa femme se précipita derrière lui.« Que s’est-il passé ? » croassai-je. Ils se regardèrent.« Tu devrais te reposer. Le médecin va bientôt te voir. Sofia ? »« Je l’ai déjà appelé. »« Tiens… laisse-moi t’aider à t’asseoir. » La mère de Sofia se précipita à mon chevet et m’aida à me redresser.« Tu as mal quelque part ? »« La tête », gémissai-je.« Que s’est-il passé ? »« Tu… » La p
POINT DE VUE DE REGINAJ’ouvris lentement les yeux et fixai le vieux plafond de la cave de mon père. Je n’avais aucune idée depuis combien de temps il me gardait ici, ni ce qu’il comptait faire de moi. Il n’avait rien dit sur la raison pour laquelle on m’avait renvoyée, mais les coups que j’avais reçus depuis mon arrivée me rappelaient pourquoi je n’aurais jamais dû revenir ici.Un gémissement de douleur brisé s’échappa de mes lèvres tandis que je me roulais sur les genoux. Tout mon corps me faisait mal et je me sentais faible de faim et de déshydratation. J’entendis les portes s’ouvrir et je m’écroulai sur le séant, le dos pressé contre les murs froids. Je levai les yeux pour voir mon père s’avancer vers moi, une expression différente sur le visage. Mais il n’était pas seul cette fois. Mon père et un homme dont je n’oublierais jamais le visage entrèrent.« Je te l’ai préparée », tonna la voix de mon père, la fierté dans les yeux tandis qu’il me regardait de haut. Vitelli sourit en s’
POINT DE VUE DE DANTECINQ JOURS PLUS TARDJ’étais assis dans le confort de mon bureau, en train de feuilleter les rapports qu’on m’avait remis des heures plus tôt. J’aurais dû en avoir terminé depuis longtemps, mais mon esprit refusait d’absorber ce que je lisais. Il revenait sans cesse au même endroit… ou à la même personne. Regina.Même si je ne voulais pas penser à elle, j’y étais forcé. Et chaque fois que son souvenir s’imposait, mes poings se serraient de rage. Je soufflai et claquai le dossier. Je me levai et me dirigeai vers le meuble en verre pour me verser un verre.Le liquide ambré me brûla la gorge. Je l’avalai d’un trait. J’accueillis la brûlure et me resservis, puis m’avançai vers la fenêtre qui offrait une vue parfaite sur la cour. Mon regard se posa sur le toit, resté vide depuis son départ. J’avais tout restructuré dans la maison. Y compris la position du sniper qu’elle avait repérée avant les autres, qui vivaient ici depuis bien plus longtemps. Impossible que ce soit
Je fronçai les sourcils en passant mon regard de lui à l’enregistreur qu’il tenait.« Que veux-tu dire ? Qu’est-ce que c’est ? »« Arrête de faire l’ignorante, putain, Regina. Pourquoi t’as ça ? » La confusion céda aussitôt la place à la colère. Il me fixait, attendant que j’avoue quelque chose dont je n’avais aucune idée.« Je ne sais pas de quoi tu parles… ni ce que tu me demandes. Si t’as quelque chose à dire, crache-le. » Je claquai, et il me grogna dessus. Je tins bon, refusant de céder ou de me laisser intimider. Je n’avais rien fait pour mériter ça.« Tu ne sais vraiment pas ? » Il aboya et s’avança d’un pas, ses doigts frappant l’enregistreur. Un grésillement se fit entendre, puis sa voix :« …à la vente aux enchères dans quatre jours. J’ai son emploi du temps imprimé. » Le son se coupa, puis reprit :« Deux gardes. J’ai du mal à lui en coller plus. Elle a clairement dit qu’elle ne veut rien savoir. » Mon froncement s’accentua.« C’est ta voix. » Mais je ne voyais toujours pas
Le week-end arriva. Morne et empreint de tristesse. Mon destin inéluctable m'attendait. Père était comme d'habitude, mais il y avait une nouvelle émotion. La paranoïa. Un homme comme Dante inspirait la peur rien qu’à l’évocation de son nom. Les paroles de mon père donnaient l’impression qu’il avai
On peut entraîner son cœur et son esprit à être prêts à tout, mais rien ne peut vous préparer à la trahison d’une personne que vous aimiez de tout votre être.Je m’étais entraînée à accepter tout ce qui arrivait sans ressentir de déception. Mais pas ça. Pas de sa part. Je n’aurais jamais pensé que
J'ai repris conscience lentement, mais je suis restée dans un état second. J'avais la tête qui battait et mes pensées traînaient derrière mes yeux fatigués. La prise de conscience écœurante que je n'avais aucun contrôle sur mon corps m'a frappée comme un coup de tonnerre. Quelque chose n'allait pa
“Tu n'es plus sous ma responsabilité. Tu as un nouveau propriétaire.” Certaines nouvelles arrivaient en douceur, d'autres comme un coup de tonnerre, mais les premières trouvaient toujours le moyen de tout anéantir en un instant. Un nouveau propriétaire ? Comme si j’étais un simple animal d’élevage







