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La sœur

Auteur: Livi015
last update Date de publication: 2026-06-24 03:22:50

Quatre jours après l'accident. Villa des Vane – 24 novembre, 16h00.

L'annonce est tombée la veille. Marcus ne remarcher jamais. La famille Vane est en état de choc. Julian dort mal. Charles ne parle plus. Eleanor pleure en silence, le soir, quand elle croit que personne ne la voit.

Alex est là. Tous les jours. Elle ne s'impose pas. Elle apporte des repas, du café, des épaules sur lesquelles pleurer. Elle est devenue indispensable sans jamais le réclamer.

Aujourd'hui, Julian lui a demandé un service.

— Ma sœur Sophia est à la maison. Elle ne sort pas de sa chambre. Elle ne répond pas à mes messages. Tu pourrais lui parler ? Elle t'aime bien.

— Bien sûr, a répondu Alex. Je vais la voir.

---

La chambre de Sophia est au premier étage, au bout du couloir. Des portes en chêne massif. Une plaque en laiton gravée à son nom – comme un hôtel de luxe.

Alex frappe doucement.

— Sophia ? C'est Alex. Je peux entrer ?

Un grognement étouffé. Pas un "non". Elle ouvre.

La pièce est un désastre. Des vêtements par terre, des tasses de café froides, des post-it sur le miroir. L'écran d'un ordinateur portable veille sur un bureau couvert de flacons de parfum et de bijoux jetés en vrac.

Sophia est allongée sur le lit, enroulée dans une couverture rose pailletée. Ses cheveux blonds – habituellement lisses et brillants – sont sales, emmêlés. Son maquillage a coulé la veille et n'a pas été retouché.

— Tu es venue me faire la morale ? demande-t-elle d'une voix cassée.

— Non. Je suis venue te demander comment tu vas.

— Comment tu crois que je vais ? Mon cousin est paraplégique. Ma mère ne parle plus. Mon père est en train de devenir fou. Et Julian passe tout son temps à l'hôpital avec toi.

Alex ne relève pas le "avec toi". Elle s'assoit au bord du lit, à distance respectueuse.

— Tu as mangé aujourd'hui ?

— Je sais pas.

— Je vais te faire monter quelque chose.

— J'ai pas faim.

Alex la regarde. Sophia a les yeux rouges, le visage gonflé. Elle a pleuré. Beaucoup. Mais elle pleure pour elle-même. Pour l'attention qu'elle ne reçoit plus. Pour le vide que l'accident a creusé dans sa vie de fille gâtée.

Parfaite, pense Alex. Naïve, faible, égoïste. Je vais en faire ce que je veux.

— Je comprends, dit Alex à voix haute. Tu as l'impression que tout le monde pense à Marcus et que personne ne pense à toi.

Sophia la regarde, les yeux écarquillés.

— Comment tu sais ?

— Parce que c'est ce que je ressentirais à ta place.

Mensonge. Alex n'a jamais rien ressenti de tel. Mais Sophia a besoin qu'on valide sa souffrance. Alex va la valider. Point par point.

— Tu veux qu'on parle ? propose Alex. De toi. Pas de Marcus. Pas de l'hôpital. De toi.

Sophia hésite. Puis elle se redresse un peu, s'adosse à la tête de lit.

— Je sais pas par où commencer.

— Par le début.

Sophia parle. Elle parle de sa mère qui la critique tout le temps. De son père qui préfère Julian. De son travail d'influenceuse que personne ne prend au sérieux. De ses dettes – parce qu'elle a dépensé trop, trop vite, et que son père a réduit son allocation "à cause de la conjoncture".

Alex écoute. Elle hoche la tête. Elle pose les bonnes questions.

— Tu as combien de dettes, Sophia ?

— Je ne préfère pas dire.

— Tu peux me le dire. Je ne jugerai pas.

— Quarante mille. Un peu plus, peut-être.

Alex fait mine d'être surprise. Elle ne l'est pas. Elle l'a deviné dès la première fois qu'elle a vu les sacs à main de Sophia.

— Ce n'est pas si terrible, dit Alex. On peut trouver des solutions.

— Genre quoi ? Je vais pas demander à mon père. Il va me tuer.

— Pas à ton père. À d'autres personnes.

Sophia la regarde, soudain attentive.

— Tu connais des gens ?

— Des investisseurs. Des gens qui prêtent de l'argent à des jeunes femmes ambitieuses.

— Je ne veux pas d'un prêt. Je veux un sponsor.

— C'est encore mieux. Je connais quelqu'un.

Alex sort son téléphone. Elle fait semblant de chercher un contact.

— Un ami. Il s'appelle Marc. Il est français. Il cherche des marques à financer dans la mode.

— Français ? Il est beau ?

— Très. Et très riche.

Sophia sourit pour la première fois. Un sourire fragile, presque enfantin.

— Tu ferais ça pour moi ?

— Tu es la sœur de Julian. Bientôt, on fera partie de la même famille.

Sophia se jette à son cou.

— T'es la meilleure, Alex ! La meilleure !

Alex lui rend son étreinte. Par-dessus l'épaule de Sophia, son regard est vide.

La meilleure pour toi, pense-t-elle. La pire pour ta famille.

---

Ce soir-là, Alex appelle Ours.

— J'ai besoin d'un homme.

— Un homme ? Pour Julian ?

— Non. Pour Sophia. Un faux investisseur. Français, de préférence. Beau, riche en apparence, charmeur. Il doit la faire tomber amoureuse d'ici trois mois.

— Et ensuite ?

— Ensuite, il lui fait signer des papiers. Des contrats qu'elle ne lira pas. Elle s'endettera. Elle trahira sa famille pour éponger ses dettes. Et quand tout s'effondrera, il disparaîtra.

— Tu veux qu'il couche avec elle ?

— Si c'est nécessaire. Mais qu'elle croie qu'elle est aimée. C'est plus cruel.

— Je connais quelqu'un. Un escroc marseillais. Il a déjà fait le coup à Cannes.

— Envoie-lui une photo de Sophia. Qu'il sache à qui il a affaire.

— Et toi, Alex ? Tu vas bien ?

— Je vais très bien, Ours. Pour la première fois depuis quinze ans, je vais très bien.

Elle raccroche.

Elle se regarde dans le miroir. Lentilles noisette. Cheveux blonds. Un sourire doux.

Sophia Vane. Première de la famille directe. Tu ne sais pas encore que tu es déjà morte.

---

Deux jours plus tard, Alex reçoit un message de Sophia.

« J'ai rencontré Marc. Il est PARFAIT. Merci merci merci !!! »

Alex répond : « Je suis heureuse pour toi. Raconte-moi tout au café demain. »

Elle pose son téléphone. Elle sourit.

Les dominos commencent à tomber. Un par un. Lentement.

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