เข้าสู่ระบบUne semaine après l'accident. Appartement de Julian – Newport Beach, 28 novembre, 22h00.
Julian n'est pas bien.
Alex le sait avant même de franchir la porte. Il n'a pas répondu à ses messages de la journée. Pas un "bonjour", pas un "je pense à toi". Rien. Elle a appelé Ours.
— Il est chez lui, a dit Ours. Il n'est pas sorti de la journée. Les stores sont fermés.
— Il boit ?
— Je ne sais pas. Mais il n'a reçu aucune visite.
Alex a pris sa voiture. Elle est arrivée devant l'immeuble de Julian vingt minutes plus tard. Elle a utilisé le code qu'il lui avait donné – un jour, je te le donnerai, pour que tu puisses venir quand tu veux – et elle est montée.
L'appartement est sombre. Les rideaux tirés. Des verres sales dans l'évier. Une bouteille de whisky à moitié vide sur la table basse.
Julian est avachi dans le canapé, en caleçon et t-shirt. La télévision est allumée sans le son. Des images défilent. Il ne les regarde pas.
— Julian.
Il ne répond pas tout de suite. Il lève lentement la tête. Ses yeux sont rouges, cernés, vides.
— Alex. Je t'ai pas répondu. Désolé.
— Ce n'est pas grave.
Elle s'assoit à côté de lui. Elle ne dit rien tout de suite. Elle attend. Elle pose sa main sur la sienne. Il ne la retire pas.
— Je ne peux pas y retourner, dit-il enfin.
— À l'hôpital ?
— Voir Marcus. Lui dans son lit. Les tubes. Les bruits. Les infirmières qui parlent de lui comme s'il était déjà mort.
Sa voix craque. Il n'a pas pleuré devant elle. Il pleure, maintenant. Des larmes silencieuses qui coulent le long de ses joues.
— C'est ma faute, dit-il.
Alex ne bronche pas.
— Pourquoi ce serait ta faute ?
— J'aurais dû être avec lui. Ce soir-là. Il m'avait invité. J'ai dit non parce que je voulais te voir. Toi. Si j'avais été là, peut-être que j'aurais conduit. Peut-être que l'accident n'aurait pas eu lieu. Peut-être qu'il marcherait encore.
Il se prend la tête dans les mains.
Alex le regarde. Elle écoute ses sanglots. Elle pense : Tu n'aurais rien changé. J'aurais trouvé un autre moyen. Marcus devait tomber. Toi aussi. Mais toi, ce sera plus lent.
À voix haute, elle dit :
— Tu ne peux pas savoir ce qui serait arrivé, Julian. Tu ne peux pas te détruire avec des "peut-être". Marcus a besoin de toi debout. Pas effondré.
— Je n'y arrive pas.
— Alors je vais t'aider.
Elle se lève. Elle va dans la cuisine. Elle ouvre les placards. Elle trouve du café, des œufs, du pain. Elle prépare à manger.
Julian la regarde faire, immobile.
— Pourquoi tu fais ça ? demande-t-il.
— Parce que quelqu'un doit s'occuper de toi. Et que tu n'as personne d'autre pour le faire.
C'est un mensonge. Sa famille est là. Mais Alex sait ce qu'il a besoin d'entendre. Qu'il est seul. Qu'elle est la seule. Qu'il ne peut compter que sur elle.
Il se lève. Il vient derrière elle. Il pose ses mains sur ses épaules.
— Tu es trop bonne pour moi, dit-il.
— Je suis ce dont tu as besoin.
Il la serre contre lui. Elle sent son souffle dans ses cheveux. Elle ferme les yeux.
Tu as besoin de moi pour te détruire, pense-t-elle. Et je vais le faire.
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Ils mangent en silence. Julian reprend un peu de couleurs. Il boit du café, pas du whisky. Alex a vidé la bouteille dans l'évier sans qu'il le voie.
— Parle-moi de toi, dit-il soudain.
— De moi ?
— Tu sais tout de moi. Ma famille, Marcus, Sophia. Toi, je ne sais rien. Tu es orpheline. Tu viens de l'Oregon. C'est tout.
Alex pose sa fourchette. Elle a préparé cette conversation. Elle a des réponses prêtes. Vraies ? Fausses ? Peu importe. Il les croira.
— Mes parents sont morts dans un accident de voiture quand j'avais quinze ans. Je n'avais personne d'autre. Une tante éloignée m'a recueillie. Elle est morte l'année dernière.
— C'est dur de perdre les siens.
— On s'habitue. On n'oublie pas. Mais on s'habitue.
Julian la regarde avec une tendresse presque douloureuse.
— Tu es si forte.
— Je n'ai pas le choix.
Mentir est devenu aussi naturel que respirer. Mais cette fois, il y a un peu de vrai. Elle n'a pas eu le choix. La vie l'a forcée à devenir cette machine. La mort de Clara, l'impunité des Vane, l'indifférence du monde.
Elle n'a pas choisi la haine. La haine l'a choisie.
— Julian, dit-elle doucement. Il faut que tu retournes à l'hôpital. Pas pour Marcus. Pour toi. Pour que tu n'aies pas de regrets.
— Je sais. Mais j'ai peur de le voir à nouveau.
— Je viendrai avec toi.
— Tu ferais ça ?
— Je ferai tout pour toi.
Il la prend dans ses bras. Il pleure encore. Mais cette fois, ce sont des larmes de soulagement.
Alex caresse ses cheveux. Elle regarde par-dessus son épaule. Dans le reflet de la fenêtre, elle voit son visage. Calme. Glacé.
Il m'aime, pense-t-elle. Encore un peu, et il m'épousera. Encore un peu, et je le détruirai.
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Le lendemain, ils vont à l'hôpital ensemble.
Marcus est dans sa chambre. Il ne parle pas. Il regarde le plafond. Il a perdu dix kilos en une semaine. Sa mère est à son chevet, mais il ne la regarde pas.
Julian entre le premier.
— Marcus, dit-il.
Marcus tourne lentement la tête. Ses yeux sont vitreux. La morphine, sans doute. Ou le désespoir.
— Julian. Tu as disparu depuis la dernière fois.
— Je suis désolé. J'aurais dû revenir plus tôt.
— T'aurais rien changé.
Le silence s'installe. Lourd. Gênant.
Alex se tient en retrait. Elle ne veut pas s'imposer. Elle observe. Elle note.
Marcus la voit. Son regard s'assombrit.
— T'as ramené ta copine ?
— Elle voulait te soutenir, dit Julian.
— C'est gentil. Mais j'ai pas besoin de soutien. J'ai besoin de mes jambes.
La mère de Marcus éclate en sanglots. Julian ne sait pas quoi dire. Alex s'avance doucement.
— Marcus, dit-elle. Personne ne peut remplacer ce que tu as perdu. Mais tu n'es pas seul. Tu ne le seras jamais.
Il la regarde. Longuement. Quelque chose dans ses yeux – une lueur de méfiance, ou peut-être de reconnaissance.
— Toi, dit-il, t'es pas comme les autres.
— J'essaie juste d'être là.
Il hoche la peine. Puis il se détourne.
— Laissez-moi. Je veux dormir.
Julian sort. Alex le suit. Dans le couloir, Julian s'effondre contre le mur.
— C’est dur, il me déteste, dit-il.
— Il ne te déteste pas. Il a mal. C'est différent.
— Comment tu fais pour être toujours aussi calme ?
— Je pleure quand je suis seule.
Encore un mensonge. Elle ne pleure pas. Pas depuis la mort de Clara. Les larmes ne servent à rien. L'action, oui. La vengeance, oui. Les larmes, non.
Mais Julian a besoin de croire qu'elle est humaine. Alors elle lui donne cette illusion.
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Deux semaines plus tard, Julian demande à Alex de s'installer chez lui.
— Je ne supporte pas d'être seul, dit-il. Et toi, tu es la seule personne qui me fait du bien.
Elle accepte. Bien sûr.
— À une condition, dit-elle.
— Laquelle ?
— Tu reprends le travail. Tu sors. Tu vis. Je ne veux pas devenir ta garde-malade. Je veux être ta compagne.
Il sourit. Le premier vrai sourire depuis l'accident.
— Marché conclu.
Elle emménage le week-end suivant.
Ce soir-là, alors qu'il dort, elle appelle Ours.
— Je suis officiellement chez lui. J'ai accès à tout. Ses comptes, ses dossiers, ses contacts.
— Et Sophia ?
— Le faux investisseur est en place. Elle est déjà amoureuse. Dans quelques mois, elle aura signé sa ruine.
— Marcus ?
— Marcus n'est pas encore mort. Il faut qu'il souffre un peu plus. Et qu'il sache, avant de mourir.
— Tu veux lui rendre visite ?
— Bientôt. Pas maintenant. Il n'est pas assez brisé.
Elle raccroche.
Elle se regarde dans le miroir de la salle de bain de Julian. Son reflet. Ses lentilles noisette. Ses cheveux blonds.
Un jour, Julian, tu te réveilleras à côté d'un monstre. Ce jour-là, il sera trop tard.
Une grande ville: Tokyo — une ville où personne ne connaît personne, où on peut disparaître à visage découvert au milieu de millions d'inconnus.Alex marche.Elle n'a plus de faux objectif. Plus de mission. Plus de liste de noms à rayer un par un. Plus de caméra cachée dans un mur, plus de dossier codé dans un garage, plus personne à surveiller depuis l'ombre.Elle porte son propre visage, aujourd'hui — celui de la clinique suisse, celui que personne au monde ne relie encore à un nom précis. Elle ne porte plus de lentilles. Ses yeux, ceux de Clara, restent visibles à qui voudrait les regarder d'assez près. Personne ne regarde jamais d'assez près, dans une ville comme celle-ci.…Elle s'arrête à un passage piéton, parmi la foule qui attend le feu vert.Autour d'elle, des voix se croisent, indifférentes à sa présence. Une femme raconte à son amie des vacances ratées en Italie. Un homme, au téléphone, négocie un rendez-vous professionnel reporté. Deux adolescents rient d'une blague qu'el
Bar routier, à la sortie de Bakersfield - Cette même nuit.Ours l'attend dans la voiture, garée à distance de l'entrepôt, le moteur tournant au ralenti. Elle monte sans un mot, referme la portière, reste immobile un long moment avant qu'il ne se décide à parler.— Et maintenant ? demande-t-il enfin, en démarrant doucement.— C'est fini.— Qu'est-ce que tu ressens ?Elle regarde par la fenêtre, les lumières du parking qui défilent lentement, cherchant en elle quelque chose à quoi donner un nom.— Rien, dit-elle enfin. Pas de joie. Pas de peine. Juste... rien. Un néant, Ours. Comme si quinze ans de tension venaient de se relâcher d'un coup, et qu'il ne restait plus rien derrière pour tenir debout.Il ne dit rien, la laisse avec ce silence, conduit encore quelques kilomètres avant de s'arrêter devant un petit bar routier, presque vide à cette heure, une enseigne au néon clignotant faiblement dans la nuit.— Viens boire un verre avec moi, dit-il. Juste un. Avant qu'on reprenne la route po
Entrepôt isolé, en dehors de Bakersfield - Nuit.Julian se réveille attaché à une chaise, dans une pièce qu'il ne reconnaît pas, la tête lourde — le dernier souvenir clair qu'il a, c'est un homme d'affaires rencontré dans un bar, une offre d'emploi qui semblait presque trop belle pour un type comme lui, sans nom, sans passé présentable. Il avait accepté un verre pour fêter ça.Quatre hommes l'entourent, cagoulés, silencieux. Une caméra est fixée sur un trépied, face à lui.— Qu'est-ce que vous voulez ? Je n'ai pas d'argent, je n'ai plus rien !Personne ne répond. L'un des hommes s'approche et coupe les liens à ses chevilles, pas pour le libérer — pour le déplacer.Ce qui suit, Julian le vivra pendant des heures qu'il ne saura jamais compter avec précision, entre la douleur et l'humiliation qui finissent par se confondre en une seule sensation continue, sans début ni fin identifiable. Il suppliera, au début. Puis il cessera de supplier, quand il comprendra que ni les cris ni le silence
Chalet loué, quelque part dans les montagnes - Le soir. Après la clinique de Ventura.Ours prépare du café dans la petite cuisine, pendant qu'Alex reste assise près de la fenêtre, le regard perdu sur les sapins qui se découpent contre le ciel qui s'assombrit.- Qu'est-ce que tu comptes faire, pour Julian ? demande-t-il enfin, posant deux tasses sur la table.- Je ne sais pas encore.- Tu as toujours su, Alex. Depuis le début. Chaque étape, chaque détail, planifié des mois à l'avance.- Pas pour lui.Elle prend la tasse sans la boire, la fait tourner lentement entre ses mains.- Avec les autres, c'était simple. Marcus savait qu'il se taisait par lâcheté. Charles savait exactement ce qu'il enterrait. Daniel a fini par comprendre, à sa manière. Mais Julian... je ne suis même pas certaine qu'il ait jamais vraiment compris ce qu'il a fait, Ours. Pas seulement à Clara. À qui que ce soit.- Comment ça ?- Il a passé sa vie à confondre le fait qu'on l'aime avec le fait de mériter d'être aimé.
Motel de Bakersfield - Chambre 14. Un soir, seul.Julian est assis sur le bord du lit, une bière tiède à la main qu'il ne boit pas vraiment. Dehors, les camions passent sur l'autoroute avec ce bruit régulier qui, avec le temps, a fini par ressembler à une sorte de silence.Il se demande, ce soir comme tant d'autres, à quel moment exactement tout a basculé. Ce n'est pas une question qu'il se pose pour se trouver des excuses — enfin, pas seulement. C'est une question qu'il n'arrive plus à éviter, maintenant qu'il n'a plus rien d'autre à faire de ses soirées que de la retourner dans tous les sens.…Il pense d'abord à son enfance, comme toujours. La grande maison silencieuse. Charles absent, en réunion, en voyage, en négociation, toujours en train de bâtir quelque chose de plus grand que la présence qu'il aurait pu offrir à son fils. Eleanor, aimante à sa façon, mais occupée à maintenir les apparences d'une famille parfaite plutôt qu'à en construire une vraie.Personne ne lui a jamais di
Clinique privée, Comté de Ventura - Premier jour de bénévolat. Elle se présente sous le nom de Noëlle Aubry, trente-deux ans, ancienne infirmière reconvertie dans le bénévolat après "une pause de plusieurs années à l'étranger" — une histoire simple, vérifiable en apparence, fabriquée avec le même soin que chacune de ses vies précédentes.La directrice de l'établissement l'accueille avec soulagement — le service manque cruellement de personnel pour les activités occupationnelles.- Vous serez surtout avec les patients en soins de longue durée, explique-t-elle. Lecture, promenades dans le jardin, un peu de compagnie. Certains n'ont presque plus de visites.- J'aimerais beaucoup, dit Noëlle avec un sourire doux.On lui montre une liste de patients. Elle s'arrête sur un nom, comme si elle le découvrait pour la première fois.*Eleanor Vane.*- Celle-ci est particulière, prévient l'infirmière Dolores. Délires persistants. Elle vous parlera probablement d'un complot, d'une femme qui aurait







