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SelynaLe palais n'a pas changé. Les couloirs sont toujours aussi vastes, aussi sombres, aussi chargés de magie ancienne. Les murs d'écailles ondulent doucement, les veines lumineuses palpitent, et les courtisans qui croisent notre chemin s'écartent sur notre passage avec des regards chargés de curiosité et de méfiance. Mais je ne les vois pas. Je ne vois rien d'autre que le chemin qui mène à lui.Le garde me conduit à travers des salles immenses, des escaliers interminables, des galeries ornées de bas-reliefs qui racontent des batailles oubliées, des rois déchus, des mondes engloutis. Mes pas résonnent sur la pierre, et mon cœur bat si fort que je l'entends dans mes oreilles. Chaque battement est une supplique, une prière, un cri silencieux. Chaque battement me rapproche de l'instant que je redoute et que j'espère depuis six ans.Enfin, nous arrivons devant une porte massive, sculptée de dragons enlacés. Le garde la pousse, et elle s'ouvre sur l
SelynaTrois jours. Trois jours entiers passés à tourner en rond dans cette chambre crasseuse, à veiller Aurore, à compter les pièces qui restent dans ma bourse, à guetter le moindre signe de danger. Trois jours d'angoisse, de peur, d'espoir mêlé de désespoir. Trois jours à chercher un moyen d'approcher le palais, de franchir ses murs infranchissables, d'atteindre le guérisseur royal.Et au bout de ces trois jours, une seule conclusion s'impose à moi, évidente, inévitable, terrifiante.Je ne peux pas y arriver seule.Les murailles du palais sont trop hautes, les gardes trop nombreux, les protections magiques trop puissantes. J'ai tourné la question dans tous les sens, la nuit, pendant qu'Aurore dormait d'un sommeil fiévreux. J'ai envisagé de me déguiser, de soudoyer un serviteur, de m'introduire par les cuisines, de trouver une faille dans les défenses. Mais chaque plan s'effondrait aussi vite que je l'échafaudais. Même si je parvenais à
DorianLe conseil des Anciens est réuni dans la salle circulaire au sommet de la plus haute tour. Ils sont assis en arc de cercle, leurs silhouettes massives se découpant contre les murs de pierre noire. Leurs visages sont ridés, marqués par les siècles, et leurs yeux brillent d'une lueur ancienne qui semble voir au-delà du présent. Ils sont les gardiens de la loi, les dépositaires de la tradition, les garants de l'ordre immuable qui régit le royaume des dragons.Ils savent.Je le vois à la tension de leurs mâchoires, à la crispation de leurs mains, à la manière dont leurs regards convergent vers moi quand j'entre dans la salle. Ils savent que la rumeur est arrivée jusqu'à eux, et ils en ont tiré leurs propres conclusions. Des conclusions qui, j'en suis sûr, n'augurent rien de bon.Le plus âgé d'entre eux, Maître Thalor, prend la parole. Sa voix est un grondement de pierre qui roule, une voix de séisme et de montagne qui a prononcé des sentences depuis des siècles.— Majesté, nous avo
DorianLa nouvelle ne tarde pas à atteindre les oreilles de Lady Morgana. Elle la reçoit comme elle reçoit toutes les nouvelles importantes : avec un calme parfait, un visage impassible, une lueur de calcul dans les yeux.Je l'observe depuis l'autre bout de la salle du conseil, où elle se tient debout, entourée de ses fidèles. Sa robe bleu sombre ondule autour d'elle comme une eau noire, et ses cheveux blonds, tirés en arrière, brillent d'un éclat glacial. Elle est belle, toujours aussi belle, d'une beauté froide qui n'a rien de réconfortant. Et elle est dangereuse, plus dangereuse que jamais.Je sais ce qu'elle a fait. Je sais que la prophétie était fausse. Je sais qu'elle a orchestré le bannissement de Selyna, qu'elle a manipulé le conseil, qu'elle a tissé sa toile de mensonges pour écarter la femme que j'aimais. Mais je n'ai pas de preuves. Pas encore. Et tant que je n'en aurai pas, elle restera intouchable.Morgana s'approche de moi, son sourire mince étiré sur ses lèvres comme un
DorianLe palais aux mille écailles est un corps vivant, et comme tout corps, il est parcouru de nerfs, de veines, de canaux par lesquels circulent les informations. Rien de ce qui se passe dans ses murs ne reste secret longtemps. Les murs écoutent, les serviteurs observent, les courtisans complotent. Et les rumeurs, ces serpents invisibles, se faufilent partout, plus rapides que le vent, plus dangereuses que le poison.La rumeur commence comme un murmure, un souffle à peine audible qui glisse d'une oreille à l'autre. Une humaine. Une enfant. Une femme qui ose marcher dans les rues de la ville basse. Une femme qui ressemble à celle qui est partie il y a six ans. Une femme qui est revenue.Elle enfle, la rumeur. Elle grossit, se transforme, se déforme. Chaque bouche qui la répète y ajoute un détail, une exagération, un mensonge. Une humaine avec une enfant aux yeux d'or. Une femme qui pose des questions sur le guérisseur royal. Une revenante qui cherche à approcher le palais. Une espio
SelynaQuand Aurore se réveille, en début d'après-midi, la fièvre est retombée, mais elle est faible, si faible qu'elle peut à peine se tenir debout. Elle me sourit pourtant, de ce sourire pâle qui me déchire le cœur, et elle dit : J'ai faim, maman.J'ai faim. Une phrase si ordinaire, si banale, et pourtant si précieuse. Tant qu'elle a faim, elle est vivante. Tant qu'elle est vivante, il y a de l'espoir. Cette phrase est une flamme minuscule dans les ténèbres, un fil ténu qui me rattache à la raison, une promesse que tout n'est pas encore perdu.Nous sortons de l'auberge, main dans la main, et nous nous aventurons dans les rues de la ville à la recherche de nourriture. Il y a un marché, non loin, une place poussiéreuse où des marchands vendent des fruits, des pains, des viandes séchées. Mais dès que nous y entrons, les regards se tournent vers nous.Les immortels nous dévisagent avec une hostilité à peine dissimulée. Leurs yeux de braise, d'or, de glace, s'attardent sur moi, sur Auror







