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À jamais bannie, à jamais aimée
À jamais bannie, à jamais aimée
Author: Dledition

CHAPITRE 1 : RÉVEILLÉE PAR LE FROID DES GARDES

Author: Dledition
last update publish date: 2026-07-27 01:26:04

Selyna

Le froid m'arrache au sommeil avant même que je comprenne ce qui m'arrive.

Ce n'est pas un froid naturel. Ce n'est pas la morsure d'un vent d'hiver, ni la caresse glacée d'une aube de givre. C'est un froid vivant. Un froid qui a des doigts. Des doigts d'acier qui se referment sur mes poignets nus et les écrasent contre la pierre froide du lit.

J'ouvre les yeux.

La lumière est encore pâle. Les brasiers qui brûlaient hier soir dans la chambre ne sont plus que cendres fumantes. Les tentures de soie écarlate qui enveloppaient le lit sont arrachées, déchirées sur un côté, comme si on les avait écartées avec violence. L'air sent la fumée froide, la cire consumée, et autre chose. Quelque chose de métallique. Quelque chose qui ressemble à la peur.

Des mains me maintiennent plaquée contre le matelas. Des mains trop grandes pour être humaines. Des mains dont la peau est dure, rugueuse, parcourue de crêtes comme des écailles. Je tourne la tête, le cou raide, les cheveux collés aux tempes par la sueur de la nuit, et je les vois.

Deux gardes. Des dragons.

Leurs armures ne sont pas de métal ordinaire. Elles sont faites d'écailles noires, soudées entre elles par un feu qui ne s'éteint jamais, et qui luisent d'un éclat sombre même dans la pénombre de la chambre. Leurs visages sont humains en apparence, mais il suffit de regarder leurs yeux pour comprendre. Des pupilles fendues. Des iris qui brillent dans l'obscurité comme des braises. Des mâchoires trop anguleuses, trop dures, taillées pour broyer plus que pour parler.

Je ne les ai jamais vus avant aujourd'hui, et pourtant je sais qu'ils ne sont pas là pour me protéger.

Leurs doigts s'enfoncent dans ma chair. Pas assez pour me briser les os, mais assez pour que je comprenne que je ne peux pas me débattre.

Je respire trop vite. Ma poitrine se soulève et s'abaisse à un rythme désordonné, et mon cœur, ce cœur humain que je sens battre dans ma gorge, cogne contre mes côtes comme un oiseau prisonnier. Je cherche l'air, mais l'air lui-même est devenu lourd, chargé de cette odeur métallique, chargé de la présence écrasante de ces créatures qui ne sont pas de mon monde.

L'un d'eux parle enfin, et sa voix est un grondement de pierre qui roule.

— Debout.

Un seul mot. Aucune explication. Aucune nuance.

Ils me redressent sans me lâcher, et le drap de lin glisse sur ma peau nue. La fraîcheur du matin me saisit tout entière, et je frissonne, mais ce n'est pas seulement de froid. C'est la honte. La nudité exposée devant ces gardes qui me regardent sans me voir, comme on regarde un objet, une chose qu'on déplace.

La chambre danse autour de moi. Les murs de pierre polie, veinés de filons lumineux qui palpitent d'une lumière organique, me paraissent soudain hostiles. Hier encore, cette chambre était un sanctuaire. Le lit immense taillé dans un bloc d'obsidienne, les coussins de velours pourpre, les vasques d'encens qui fumaient doucement, les coupes de cristal où nous avions bu un vin couleur de rubis. Tout était chaud. Tout était vivant. Tout était à lui.

Maintenant, ces mêmes murs me regardent comme une étrangère. Les filons lumineux clignotent faiblement, comme si le palais lui-même retenait son souffle. Comme s'il savait.

L'un des gardes me pousse vers l'avant, et mes pieds nus rencontrent le sol glacé. Le choc est presque électrique. Je vacille. L'autre garde me rattrape par le bras, sans douceur, et me force à me tenir droite.

— Avance.

Je ne comprends pas. Je ne comprends rien.

Où est Dorian ?

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