LOGINChapitre 36 — La fête des vendangesLyraLe domaine est en effervescence. Les vendanges sont arrivées, et avec elles, une agitation joyeuse qui transforme la villa et les vignes en un théâtre de couleurs, de bruits et de parfums. Les ouvriers s'affairent dans les rangs, les paniers débordent de grappes mûres, les tracteurs vont et viennent entre les parcelles, et l'air est chargé de cette odeur sucrée, entêtante, qui monte des raisins écrasés. C'est la fête, la grande fête annuelle, celle que Damiano attend chaque année avec une impatience d'enfant.Je me tiens sur la terrasse, appuyée à la balustrade, et je regarde ce spectacle avec un mélange d'émerveillement et d'angoisse. Rosa m'a expliqué que le soir venu, tous les ouvriers, les amis, les voisins, se réuniraient au domaine pour un grand banquet. Il y aura de la musique, du vin, des danses. Et moi, je devrai jouer mon rôle de maîtresse de maison. Sourire, accueillir, trinquer. Être Serena, encore et toujours.— Vous êtes bien sile
Chapitre 35 — La confession au prêtreLyraL'église de Montepulciano est vide à cette heure de l'après-midi, plongée dans une pénombre fraîche qui sent l'encens et la pierre ancienne. Je suis entrée par la petite porte latérale, sans bruit, comme une pécheresse qui cherche à se faire pardonner sans être vue. Les vitraux filtrent la lumière du soleil, projetant sur les dalles des taches colorées, rouges, bleues, dorées, qui dansent doucement au rythme des nuages. Je m'avance dans la nef, les mains jointes, le cœur lourd.Je ne suis pas venue ici par hasard. Depuis des jours, depuis la nuit du cellier, depuis l'appel de Serena, je porte un poids qui m'écrase. Un poids de mensonges, de culpabilité, de peur. J'ai besoin de parler. J'ai besoin de dire à quelqu'un ce que je vis, ce que je suis, ce que je fais. Et ce quelqu'un, je l'ai trouvé en passant devant cette église, un matin, alors que les cloches sonnaient et que les fidèles sortaient de la messe.Le confessionnal est là, dans l'omb
Chapitre 34 — Le téléphone qui sonneLyraJe suis dans la bibliothèque quand le téléphone sonne. Un vieil appareil fixe, posé sur le bureau de Damiano, qui ne sert presque jamais. La sonnerie est stridente, métallique, et elle déchire le silence de la nuit comme un cri. Je sursaute, le livre glisse de mes genoux, tombe sur le tapis. Je reste figée, le cœur battant, les yeux rivés sur l'appareil.Il sonne encore. Trois fois. Quatre fois. Cinq fois. Personne ne répond. La villa est silencieuse, endormie. Rosa est dans sa chambre, Damiano est sorti inspecter les cuves, les domestiques sont chez eux. Je suis seule, avec cette sonnerie qui n'en finit pas, et je sens que je devrais répondre. Que quelque chose, quelqu'un, attend à l'autre bout du fil.Je me lève. Je traverse la pièce. Je décroche.— Allô ?Silence. Un silence long, pesant, chargé de respiration lointaine. Je sens une présence à l'autre bout, une présence qui écoute, qui hésite, qui se délecte peut-être de mon angoisse.— All
Chapitre 33 — La vigne des amantsDamianoJe l'emmène à travers les collines, loin des parcelles travaillées, loin des bâtiments, loin des regards. Je veux qu'elle découvre cet endroit, mon endroit, celui que je ne montre jamais à personne. Le chemin est étroit, bordé de genêts sauvages et de pierres anciennes, et le soleil de fin d'après-midi dore les herbes hautes qui ondulent sous le vent. Elle me suit sans poser de questions, silencieuse, attentive, et sa confiance me touche plus que je ne saurais le dire.— Où allons-nous ? demande-t-elle enfin, le souffle légèrement court.— Vous verrez.Nous franchissons un petit bois de chênes, puis le sentier débouche sur une clairière. Une vigne est là, minuscule, à peine quelques rangées de ceps anciens, entourée de rosiers sauvages. Les roses sont rouges, éclatantes, et leur parfum flotte dans l'air comme une promesse. C'est un lieu à part, protégé, presque secret. Un lieu que la main de l'homme a caressé avec amour, sans jamais le domesti
Chapitre 32 — La gouvernante parleLyraRosa m'attend dans la cuisine, assise à la grande table de bois, un verre de vin rouge devant elle. C'est la première fois que je la vois boire. Son visage est grave, ses mains entourent le verre comme pour y puiser de la chaleur. Elle me fait signe d'entrer, de m'asseoir. J'obéis, le cœur battant, car je sens que le moment est important, que Rosa a décidé de me parler, de tout me dire, ou presque.— Asseyez-vous, Signorina. Vous avez le droit de savoir.Je m'assois en face d'elle. La cuisine est silencieuse, éclairée par une seule lampe suspendue au-dessus de la table. Les autres domestiques sont partis se coucher, ou bien ils respectent une consigne tacite de nous laisser seules. Rosa me regarde longuement, puis boit une gorgée de vin.&m
Chapitre 31 — Le tableau dans le grenierLyraLe grenier est un royaume d'ombres et de poussière. J'y suis montée par curiosité, poussée par cette envie de comprendre la maison qui m'entoure, de déchiffrer ses secrets, d'explorer les strates du passé qui dorment sous les poutres. L'escalier est étroit, grinçant, et débouche sur une pièce immense, basse de plafond, encombrée de meubles recouverts de draps blancs, de cartons empilés, de malles anciennes aux serrures rouillées. La lumière du jour filtre par une lucarne minuscule, découpant des rais de poussière dorée dans l'air immobile.J'avance lentement, comme une intruse dans un sanctuaire. Chaque objet semble porter une histoire, un souvenir, un fragment de vie. Des jouets d'enfant abandonnés, des livres d&eacut







