DarioLa nuit est une substance. Épaisse, tiède, elle remplit l’habitacle, se colle à ma peau. Je suis devenu un élément du décor urbain, une statue de chair et d’attente posée au bord du trottoir. Le moteur est coupé depuis des heures. Seul le tic-tac fantôme de la pendule de bord marque le passage d’un temps que je cherche précisément à annuler.Je suis venu ici pour souffrir, je crois. Pour me prouver quelque chose. Que la distance est réelle. Qu’elle est un gouffre. Voir la lumière de sa fenêtre , pas la sienne, celle de l’autre, du mort , allumée, puis éteinte, c’est une forme de pénitence. Je scrute les carrés de lumière jaune comme un astronome étudierait des étoiles mortes, dont la lueur met des années à nous parvenir. Tout, ici, est un retard. L’amour, la douleur, le remords. Tout arrive trop tard.Et puis, soudain, une silhouette se découpe à la fenêtre du salon.Mon corps, engourdi, se fige dans une tension absolue. C’est elle. Je ne distingue pas ses traits, mais je sais.
Last Updated : 2026-01-30 Read more