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Chapitre 27 : L’Illusion du Mouvement 2

Author: Darkness
last update Last Updated: 2026-01-19 22:44:51

Dario

Je ne passerai pas à autre chose. Je ne le peux pas. Tout ce mouvement n’était qu’un leurre, une course sur place pour épuiser le désir. Le désir est intact. Il s’est simplement mué en autre chose : une acceptation résignée de la distance, une faim qui ne cherche plus à se rassasier, mais seulement à savoir.

Je redémarre. Je m’éloigne de la lumière de la fenêtre. Je retourne vers la maison blanche, silencieuse, qui n’est ni un foyer ni une prison, mais simplement le lieu où j’attends. Non
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    DarioJe n'ai pas dormi.Le jour est une offense. Sa clarté arrache les ombres, dissout le mystère, transforme la vigie de la nuit en acte d'un déséquilibré. Je bois mon café froid dans la cuisine vide. Les domestiques passent comme des ombres efficaces. Ils savent ne pas me parler quand mon visage a cette couleur de cendre.Clara m'appelle.Je laisse sonner.Elle insiste.Je décroche, le regard perdu sur les cyprès du jardin.— Dario ? Tu n'étais pas venu hier soir. Je me suis inquiétée.Son inquiétude est une tenue qu'elle endosse chaque matin, comme son tailleur. C'est son rôle. La gardienne, la créatrice de mondes factices. J'ai honte, soudain. Honte de l'avoir laissée s'épuiser à tisser des toiles d'araignée pour y loger mon fantôme.— Je suis fatigué, Clara.Un silence. Elle perçoit ce que je ne dis pas. Elle est trop intelligente, trop dévouée. Elle a fait de mon bien-être sa mission impossible.— Tu es retourné là-bas, dit-elle. Ce n'est pas une question.Je ferme les yeux. Le

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    DarioLa maison blanche m’avale. Son silence est plus lourd que celui de la rue. Là-bas, il était tendu, chargé d’un but. Ici, il n’est que vide. L’écho de mes pas sur le marbre est une profanation.Je monte dans mon bureau. Je ne rallume pas. La clarté lunaire suffit, elle est de la même nature que cette nuit : froide, impersonnelle, révélatrice de formes mais pas de chaleur. Je me tiens devant la baie vitrée qui donne sur les jardins. Mon reflet me fait face, un fantôme pâle encadré par les ténèbres.Je l’ai vue. À la fenêtre. Immobile, comme moi. Un instant, nos regards ont dû se croiser dans le noir, sans se reconnaître, deux aveugles se devinant à leur respiration.Et puis elle a reculé. Elle s’est cachée.Ce n’est pas de la peur. Isabella n’a jamais eu peur de moi. C’est du rejet. Une volonté active de se soustraire à mon champ de vision, de nier ma présence, de me renvoyer à mon rôle de spectre.Ça devrait me glacer. M’achever. Prouver que la frontière est scellée.Alors pourqu

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    DarioLa nuit est une substance. Épaisse, tiède, elle remplit l’habitacle, se colle à ma peau. Je suis devenu un élément du décor urbain, une statue de chair et d’attente posée au bord du trottoir. Le moteur est coupé depuis des heures. Seul le tic-tac fantôme de la pendule de bord marque le passage d’un temps que je cherche précisément à annuler.Je suis venu ici pour souffrir, je crois. Pour me prouver quelque chose. Que la distance est réelle. Qu’elle est un gouffre. Voir la lumière de sa fenêtre , pas la sienne, celle de l’autre, du mort , allumée, puis éteinte, c’est une forme de pénitence. Je scrute les carrés de lumière jaune comme un astronome étudierait des étoiles mortes, dont la lueur met des années à nous parvenir. Tout, ici, est un retard. L’amour, la douleur, le remords. Tout arrive trop tard.Et puis, soudain, une silhouette se découpe à la fenêtre du salon.Mon corps, engourdi, se fige dans une tension absolue. C’est elle. Je ne distingue pas ses traits, mais je sais.

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    DarioJe ne passerai pas à autre chose. Je ne le peux pas. Tout ce mouvement n’était qu’un leurre, une course sur place pour épuiser le désir. Le désir est intact. Il s’est simplement mué en autre chose : une acceptation résignée de la distance, une faim qui ne cherche plus à se rassasier, mais seulement à savoir.Je redémarre. Je m’éloigne de la lumière de la fenêtre. Je retourne vers la maison blanche, silencieuse, qui n’est ni un foyer ni une prison, mais simplement le lieu où j’attends. Non plus activement, mais passivement. Où je vis avec le fantôme de ce que j’ai détruit et l’impossible espoir que, d’une manière ou d’une autre, à une échelle que je ne contrôlerai pas, une forme de paix puisse un jour s’installer. Pour elle. Pour lui. Et, par ricochet, peut-être, pour l’ombre que je suis devenu.---Isabella---Clara, ma voisine et seule amie proche, pose son verre de vin avec un claquement sec sur ma table de cuisine.—Lâche l’affaire, Isabella. Sérieusement.—De quoi parles-tu

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    DarioLe silence est devenu une chambre d’écho qui ne renvoie que mes propres questions, sans réponse. L’attente, cette vigilance de chaque seconde tournée vers un téléphone qui ne sonne pas, vers une porte qui ne s’ouvrira pas, est devenue une torture trop raffinée. Je suis un homme d’action. Le passivité me ronge de l’intérieur, plus corrosive que n’importe quelle rage.Alors, je décide de passer à autre chose. C’est ce que font les gens, non ? Ils tournent la page. Ils remplacent. Ils noient le visage d’un être dans une foule d’autres visages.Je recommence à accepter les invitations. Les réceptions dans les hôtels particuliers du 16e arrondissement, les galeries privées, les lancements de fonds d’investissement. Je reprends mes costumes sur mesure, armure familière qui pèse différemment sur mes épaules. Je redeviens Dario Moretti, l’homme aux affaires nettes, au sourire précis, à la poignée de main ferme.Je parle. Je souris. Je discute marchés et œnologie. Je fais semblant de ne

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