Trois ans plus tard, le manoir n’était plus un lieu que l’on observait, il était habité.Pas seulement par des meubles, des habitudes ou des voix, mais par une circulation invisible, presque organique, qui liait chaque espace à ceux qui y vivaient. Lina traversa le salon pieds nus, un torchon sur l’épaule, en évitant soigneusement une petite voiture rouge abandonnée au milieu du passage. Alba était installée sur le tapis, concentrée sur une construction bancale, la langue légèrement sortie dans cet effort sérieux qu’elle mettait désormais dans tout ce qu’elle entreprenait.— Maman, regarde, dit-elle sans lever les yeux. Ça tient.Lina s’arrêta, observa la tour asymétrique, sourit.— Ça tient très bien.Alba releva enfin la tête, satisfaite, puis retourna à son œuvre avec application.Dans la cuisine, Louis protesta, pas vraiment un cri, plutôt une sommation sonore, insistante, ponctuée de petits coups de pied contre la chaise haute. Adrien était penché vers lui, une cuillère en suspe
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