La conscience me revint comme une marée poisseuse, lente et chargée de débris. Avant même d’ouvrir les yeux, je sus où j’étais. L’odeur de bois ciré, de fourrure humide et du foyer allumé ne trompait pas : la maison de Kaelen. Mais ce n’était pas le confort rustique qui m’accueillit, c’était la douleur. Elle n'était plus une alerte, elle était mon horizon, nichée dans chaque articulation, dans chaque muscle, dans chaque parcelle de peau qui semblait avoir été recousue à vif.Je soulevai mes paupières avec l’impression de soulever des dalles de plomb. Ma vision était étrange, tronquée, comme si une moitié du monde avait été effacée à la peinture noire. Mon œil droit, le seul valide, luttait contre un vertige constant pour faire la mise au point. Je levai mes mains devant mon visage, un geste qui me parut durer une éternité, mes bras pesant le poids de l'acier.Elles étaient méticuleusement emmaillotées. Mon poignet était solidement ligaturé sous une couche de lin propre, une attelle ri
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