Gabrielle naquit au début du printemps, par une matinée ensoleillée.Elle était en avance – trois semaines – mais elle était en bonne santé. Petite, 2,7 kilos, mais vive, criarde, les poings serrés, les yeux déjà grands ouverts. Des yeux verts, comme les miens. Des cheveux blonds, comme son père.– C’est une fille, dit le médecin.– Gabrielle, murmurai-je.– Gabrielle, répéta Julien.Il pleurait. Je pleurais. Les infirmières souriaient.– Elle est belle, dit l’une d’elles.– Elle est petite.– Elle est vaillante.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Julien prit Gabrielle dans ses bras. Elle pleurait, se débattait, réclamait sa mère. Il la berça, lui parla doucement.– Bonjour, ma chérie, dit-il. Je suis ton père. Je t’aimerai toujours.Elle ouvrit les yeux. Elle le regarda. Elle se calma.– Elle t’a reconnu, dis-je.– Elle a reconnu ma voix.– Elle a reconnu son père.– Elle a reconnu son amour.– C’est la même chose.– Non. C’est différent.Il la posa sur ma poitrine. Elle
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