Je la trouve dans la cour des communs, agenouillée devant un baquet d'eau savonneuse, en train de laver du linge. Ses mains sont rouges et gercées, ses cheveux sont cachés sous un fichu d'esclave, sa robe est en toile grossière. Elle a maigri. Ses joues se sont creusées, ses poignets sont devenus plus fins. Mais son dos reste droit, et ses gestes sont toujours précis, économes. Même dans l'humiliation, elle conserve une dignité étrange, une noblesse qui refuse de plier. Elle ne me voit pas arriver. Ou plutôt, elle fait semblant de ne pas me voir. Elle continue de frotter le linge, imperturbable, comme si je n'existais pas. — Laila, dis-je. Elle s'arrête et lève la tête. Ses yeux noirs me transpercent, et j'y retrouve la même haine que dans le cachot. Une haine intacte, brûlante, qui ne s'est pas éteinte malgré les semaines de servitude. — Maîtresse, dit-elle d'une voix neutre. Elle a prononcé le mot. Le mot que je lui avais ordonné de dire. Mais la façon dont elle le prononce, ave
Read more