Belle du Seigneur' d'Albert Cohen est une œuvre magistrale qui explore les tourments de l'amour passionné à travers la relation entre Ariane et Solal. Le roman s'ouvre sur une description de Solal, haut fonctionnaire à la Société des Nations, dont la vie semble parfaite en surface mais qui cache une profonde mélancolie. Son existence bascule lorsqu'il rencontre Ariane, une jeune femme mariée, lors d'une réception mondaine. Leur attraction est immédiate et irrésistible, plongeant Solal dans un tourbillon de désir et de jalousie.
Les premiers chapitres dépeignent leur
idylle naissante, marquée par des conversations enflammées et des rendez-vous secrets. Cohen y expose leur complicité intellectuelle, mais aussi les obstacles sociaux : le mari d'Ariane, Adrien, et la position de Solal, qui craint le scandale. Pourtant, leur passion les pousse à braver les conventions. Au fil des pages, leur relation devient de plus en plus fusionnelle, presque destructrice, avec des scènes où Solal, torturé par ses sentiments, oscillant entre adoration et possessivité.
La seconde partie du livre plonge dans les tensions croissantes. Solal, obsédé par Ariane, abandonne peu à peu ses responsabilités professionnelles, tandis qu'elle se consume dans leur amour. Les dialogues deviennent plus âpres, reflétant leur incapacité à trouver un équilibre. Cohen introduit aussi des personnages secondaires, comme les collègues de Solal ou les amis d'Ariane, qui servent de contrepoint à leur passion dévorante, montrant un monde extérieur indifférent à leur tragédie.
Vers la fin, l'œuvre bascule dans une tonalité plus sombre. Solal, rongé par la jalousie, impose à Ariane des épreuves humiliantes pour tester son amour. Leur relation devient un jeu cruel, où chacun souffre tout en s'accrochant à l'autre. Les derniers chapitres sont poignants : Ariane, épuisée, se soumet à ses caprices, tandis que Solal, malgré son pouvoir, est incapable de trouver la paix. Le roman s'achève sur une note ambiguë, leur amour à la fois sublime et désespéré, comme une mélodie qui ne peut finir que dans le silence.