Se connecterPOV : Mathias — Appartement de Zongo, 08h00Le café était prêt quand elle sortit de la chambre, enveloppée dans un drap léger, les cheveux en bataille et les yeux encore gonflés de sommeil. Elle me sourit, ce même sourire qu'elle m'avait offert à l'aube, et s'assit à la table sans rien dire. Je posai une tasse devant elle, et elle la prit à deux mains, souffla sur le liquide brûlant.— Tu as bien dormi ? demandai-je.— Mieux que jamais.— Pas de regrets ?Elle leva les yeux vers moi, et je vis qu'ils étaient clairs, sans ombre.— Aucun. Et toi ?— Aucun.Un silence confortable s'installa, ponctué par le bruit des cuillères contre les tasses. Puis mon téléphone vibra sur la table. Un message de ma secrétaire : « Les dossiers pour la réunion de ce matin sont prêts, je vous attends à 10h. »— Il faut que je passe chez moi, dis-je en me levant. Je dois récupérer des documents avant la réunion.— Vas-y. Je t'attends.— Tu veux que je revienne ?— Oui. Quand tu auras fini.Elle se leva, m'a
POV : Mathias — Appartement de Zongo, 00h30La porte se referma derrière nous avec un clic discret, et le silence de l'appartement nous enveloppa. Ayana se tenait devant moi, légèrement vacillante, ses yeux brillants sous la lumière tamisée du salon. Elle avait retiré ses chaussures, et ses pieds nus foulaient le carrelage frais.— Tu es sûre ? demandai-je une dernière fois.Pour toute réponse, elle s'approcha et posa ses lèvres sur les miennes. Le baiser était doux, presque timide, comme une question qu'on ose à peine formuler. Puis ses mains glissèrent sur ma nuque, et la réponse devint une évidence.Je la soulevai doucement, elle noua ses jambes autour de ma taille, et je la portai jusqu'à la chambre. La lumière de la lune entrait par la fenêtre, dessinant des carrés d'argent sur les draps. Je l'allongeai avec précaution, comme on dépose un trésor, et je restai un instant à la regarder. Ses cheveux défaits, ses joues encore rosies, sa respiration qui s'accélérait.— Qu'est-ce que t
90 joursPOV : Ayana — Hôtel Azalaï, 20h00Le promoteur Koné avait organisé ce gala pour une raison précise : montrer à tous les investisseurs, aux journalistes et aux curieux l'état d'avancement du complexe hôtelier. Pas un achèvement, la tour de quarante-deux étages sortait à peine de terre, les grues tournaient encore le jour, mais une étape cruciale. La structure du centre de conférences était terminée, la galerie commerciale prenait forme, et les premiers plans de la façade vitrée étaient exposés dans le hall.Ce soir, il ne s'agissait pas de célébrer une victoire finale. Il s'agissait de montrer l'évolution du travail, la compétence de l'architecte, et de rassurer ceux qui avaient misé des millions sur ce projet. Et pour cela, Koné avait mis les petits plats dans les grands : nappes blanches, champagne, musique douce, et une immense maquette du complexe trônant au centre de la salle, entourée de panneaux explicatifs.Je me tenais près de cette maquette, un
110 joursPOV : Mathias — Résidence Akinlabi, 06h30Le jour se levait à peine quand je garai la voiture devant chez elle. J'avais préparé un sac avec de l'eau, des fruits, des sandwichs, une couverture, rien de sophistiqué, juste de quoi tenir une journée de route. La veille au soir, elle m'avait dit « j'ai envie de voir d'autres endroits avec toi », et ces mots-là, je les portais en moi comme sur porte un trésor fragile. Quelqu'un a choisi qui pouvait se briser au moindre geste brusque, mais qui brillait assez fort pour éclairer tout le reste.Elle descendit les escaliers en jean et paniers, un foulard noué dans les cheveux, un petit sac à dos sur l'épaule. Elle avait l'air reposé, le regard plus clair que les jours précédents, et quand elle me vit appuyé contre la portière, elle sourit. Un vrai sourire, qui plissa ses yeux et creusa une fossette sur sa joue gauche.— Tu es matinal.— J'avais peur d'être en retard.— En retard pour quoi ? On n'a nulle part où
119 joursPOV : Ayana — Chantier du complexe hôtelier, 10h00Le chantier vibrait sous le soleil, et c'était la première fois depuis des jours que je sentais autre chose que le vide. L'odeur du béton frais et de la poussière m'a frappée dès que je suis descendue de voiture. Une odeur âcre, vivante. Mon chantier. Il avait continué sans moi.Les grues tournaient dans le ciel blanc. Les ouvriers s'affairaient sur les coffrages du septième étage. La structure se dressait, massive, exactement comme je l'avais dessinée. Le chef de chantier m'a aperçue et s'est approché, un sourire large.— Madame Akinlabi ! On a reçu les poutrelles hier. Conformes. On attaque la façade vitrée la semaine prochaine, avec une semaine d'avance.— Une semaine d'avance ? Comment c'est possible ?— Votre mari vient tous les jours. Il connaît le dossier aussi bien que moi.Je me suis tournée vers Mathias. Il se tenait à l'écart, les bras croisés, les yeux levés vers le bâtiment. Il ne me rega
120 joursPOV : Ayana — Appartement de Zongo, 09h00Le soleil entrait par la fenêtre ouverte, et pour la première fois depuis des jours, je le remarquai. Les oiseaux chantaient dans le manguier de la cour, la rue s'animait doucement, et le monde continuait de tourner malgré tout. Je m'étais levée avant que Mathias n'arrive, j'avais pris une douche, noué un foulard autour de mes cheveux, préparé du café. Rien d'extraordinaire, mais c'était déjà énorme.Il frappa à la porte à neuf heures précises, comme chaque matin depuis près d'une semaine. Je lui ouvris avant qu'il n'ait à insister.— Tu es debout, dit-il, surpris.— J'ai dormi un peu.— C'est bien. Très bien.Il portait une chemise légère, les manches déjà retroussées, et son sourire était discret mais présent. Il tenait un sac de viennoiseries qu'il posa sur la table, et nous prîmes le petit-déjeuner ensemble, face à face, dans le silence paisible de ceux qui n'ont plus besoin de meubler chaque seconde.— Ce soir, dit-il
PDV : Adrien Son corps se souleva. Retomba. Et puis...Tous les yeux rivés sur le moniteur.Ligne plate.Ligne plate.Mon cœur s'arrêta.Ligne...Bip.Bip.Le monde entier retint son souffle.« Bip bip bip bip. »—« ON A UN RYTHME ! » hurla l'infirmière, sa voix explosant de joie incrédule.Le mon
POV : Dr. Adrien KoffiLa mort a une odeur. Pas celle qu'on imagine, douce, paisible, éthérée. Non. La mort sent l'antiseptique, le sang, et cette chose indéfinissable que seuls ceux qui ont passé des années dans les salles d'opération peuvent reconnaître : le désespoir humain.Et en ce moment, mes
L'instant où tout s'effondre.Mon cœur se mit à battre plus vite. Un rythme sourd, primaire, viscéral. Ce genre de battement qui vient des fonds de notre cerveau reptilien, cette partie ancestrale qui sait reconnaître le danger avant même que notre conscience ne l'identifie.Instinct primaire. Quelqu
Chapitre 1 :POV : Ayana MensahLes gens disent toujours que le bonheur est une question de perspective. Que c'est une construction mentale, un choix conscient, une architecture de l'esprit.Moi, je construisais des buildings.Et ce matin-là, debout dans mon cabinet d'architecture situé au cœur du







